Zeitgeist

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Des vieux grimoires aux fibres étincelantes de lumières, des mots gravés dans la pierre à ceux forgés dans la pure énergie, l’histoire s’est toujours enchantée d’être écrite, pour nous conter, encore et encore les mêmes récits. Elle nous raconte cette fois ci nos plus durs déboires. Mais elle ment, elle ment terriblement. Car elle est tenue, tenue par la force entre les griffes ou par la voix entre les crocs. Elle est toujours dictée par une bête sauvage, un esprit incarné par une myriade, aujourd’hui des milliards. Elle est toujours dictée par l’humanité, enchâssée dans son armure invulnérable, le temps. Au bout de l’histoire, à mesure que les mots se dessinent, que les vidéos se jouent et que les sons s’évaporent dans l’air, c’est l’esprit du temps, le Zeitgeist qui règne. Du vertige du bout de la ligne, de la dernière image et de la dernière vibration, il enjoint à la folie.

La folie, nom commun, mais aussi maux communs. Elle est collective, infusée dans veines, elle parcoure nos nerfs et nos câbles de télécoms avec la même information, la même frénésie et la même stupeur. Le moment présent, dur et incompréhensible, doit en permanence se justifier, justifier les perceptions aux âmes et aux foules, dans une incroyable déraison. Cette construction est fragile, un fin cristal qui permet la réfraction des spectres du monde.

D’un coup, un frémissement, une onde de tempête. La maigre plastique de la matière grise lâche alors la petite chose fragile, qui s’ébrèche, se brise, voire vole en éclats. D’abord se sont les éclats de rires moqueurs contre une réalité qui ne suit plus les lignes droites, ensuite le doute d’un basculement possible, puis le désarroi. La raison collective, artefact du Zeitgeist, s’éparpille, en milles débris de verre tranchants. Les esprits s’épuisent, ne sont plus capables de s’accorder. L’harmonie cristalline du monde n’est plus.

Sur les pupitres, la douce mélodie de l’histoire devient un bruit chaotique et guerrier. Dans les pages, es cursives abandonnent leurs rondeurs pour être des choses abruptes et dentues. L’information devient un spasme, une recherche continue d’un point sur lequel se raccrocher comme pour marquer la fin de phrases, ou de phases, longues et décousues, ruptures dans le récit. Tel un navire pris dans la tempête les âmes individualisées deviennent des vaisseaux abandonnés à la tempête, cherchant le premier récif acéré à porter pour s’y sacrifier. C’est là que les idées dures gisent et que les épaves d’un monde convenu se décomposent.

Page blanche. Lorsque les hommes sont trop occupés à survivre, que le chaos s’installe, une ivresse s’installe. La main lâche la plume, le micro ou le clavier, face au besoin pressant, celui d’oublier. Alors les yeux, les oreilles et la bouche s’enivrent du présent, des sensations, pour la laisser s’exprimer, dans une douce animalité. Plus de règles, plus de durs cristaux enserrant les atomes, plus de devoir d’histoire et de mémoire. Il n’y a qu’un instant, vivant, transcendant qui relie tout. Ce moment est rare, il est brutal, car maintes idées sombrent, les hommes avec, mais il est beau car il est palpable.

Tout renaît. L’encre recommence à noircir ces instants vierges. Car dans le creuset du chaos, la formidable pression darwinienne à fait émerger des esprits pour agréger les autres, pour refaire société, refaire bloc dans un nouvel ordre. Lui seul fera régner l’esprit unique sur le moment et l’histoire se déroulera une fois de plus, dans son impitoyable fresque qui enlace l’humanité toute entière.
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