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Voyage bleu

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Christel Lambot

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Ce jour-là, la mer était calme et parfumée. Une brise légère caressait la côte. C’est ainsi qu’est née une vague, une toute jeune vaguelette.

Émerveillée, elle se met à danser parmi les autres vagues, à s’éloigner vers le grand large avec enthousiasme. Elle roule au milieu de ses compagnes, la petite vague, guidée par le vent qui l’a engendrée. Parfois, un banc de poissons passe et la chatouille. Les mouettes lancent leurs cris perçants dans le ciel.

Petit à petit, la brise se fait plus forte et fait grandir la vaguelette. Toute la surface de la mer s’agite et la jeune vague se sent quelque peu secouée. Elle ne souffre pas de mal de mer, bien sûr, mais tout de même : monter et descendre sans arrêt ce n’est guère reposant.

En vérité, elle n’a encore rien vu, la vague ! Le vent continue à forcir, lui faisant prendre de la vitesse.
Le ciel, jusque là sans nuages, se couvre et s’assombrit.
Au loin, les éclairs zèbrent l’horizon. La vague frissonne.

Poussée par le vent, elle arrive vite au cœur de la tempête : là, sur la mer démontée, toutes ses sœurs sont des furies qui grondent, écument et claquent.

La vague a hâte de quitter ce vacarme.

Par chance, le vent la pousse plus loin, la mène vers des eaux calmes, où elle peut profiter du soleil, qui a réapparu et qui la réchauffe à la surface.

Soudain, quelque chose approche de la vague ou, plutôt, c’est elle qui s’approche de quelque chose, elle ne sait pas très bien. Une masse énorme, qui se fraie un passage dans la mer. D’ailleurs, voilà que la vague se sent traversée de part en part par cette chose immense. Elle ne comprend pas. Les hommes nomment ça un bateau.

Du plus haut des ponts du navire, une jeune fille laisse choir son mouchoir rouge. Il virevolte dans les airs au gré du vent, descend vers l’eau puis remonte un peu, ensuite descend à nouveau.

Enfin, le mouchoir se pose sur la vague, comme un papillon sur une fleur. C’est agréable, pense la vague, et, en plus, c’est joli : ce carré rouge me distingue des autres vagues.

Toujours poussée par le vent, la vague continue son long voyage sur la mer bleue, en compagnie du mouchoir rouge.
Elle avance, elle avance dans l’espace infini.

Enfin, après avoir parcouru des milliers de kilomètres, la vague approche d’une côte. C’est une longue plage de sable doré. Le vent ne la fait plus avancer aussi vite, maintenant : par moment, il semble presque vouloir la retenir. Attirée par la plage comme par un aimant, la vague s’en rapproche inexorablement, emportant le mouchoir rouge avec elle.

Il y a des gens, sur la plage. Parasols multicolores, serviettes de bain, ballons... Un enfant barbote sous le regard vigilant de sa mère. Tout à coup, il aperçoit le mouchoir qui vient vers lui. Il rit et son rire sonne comme un grelot. La vague n’a jamais rien entendu d’aussi doux. Elle se dirige vers le petit. Celui-ci saisit prestement le mouchoir rouge et le serre dans sa menotte : il a trouvé un trésor.

Quelques mètres encore, et la vague arrive là où la mer embrasse la terre. Avec un soupir, elle s’étale sur le sable blond.
Ça mousse un peu et puis c’est fini.

Fini, fini ?

Non, la vague vit maintenant pour l’éternité au creux d’un petit coquillage nacré que l’enfant a ramassé et enveloppé dans son mouchoir rouge. Quelquefois, il le porte à son oreille. Alors la vague murmure, rien que pour lui.
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