Vie et rêves

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Naty raccroche le téléphone et essuie une grosse larme .
Elle va être éditée. Elle n’en revient pas. La logique voudrait qu’elle prévienne tout de suite Jean, son mari. Mais pour l’instant, elle ne fait que pleurer.

Dans ses larmes, il y a tout : sa vie, celle qu’elle décrit dans son livre. Il y a ses rêves nocturnes. Qui reviennent en boucle et qu’elle raconte inlassablement le matin à Jean et à ses enfants . Elle sait parfaitement ce qu’ils vont dire, et elle sait que ça va la blesser. Elle entend leurs rires moqueurs, mais elle continue de leur raconter, inlassablement.
- tu n’en as pas marre d’être engluée dans ton passé lui lancent-ils
- Nostalgie nostalgie lui répète son mari avec cet humour perfide qui la glace parfois.

Dans ses larmes il y a son enfance ,les dimanches passés dans la merveilleuse maison des grands-parents, le chocolat râpé sur les tartines, les dizaines de chats dans l’immense jardin baptisé « parc », la 4L de sa mémé, la bonté de son pépé, les jeux avec ses cousins-cousines, les câlins avec sa tata...

Dans ses larmes il y a bien sûr le piano, le conservatoire et les concerts dans cette majestueuse salle, le trac dans les coulisses, la sensation de plénitude quand elle pose ses doigts sur le Steinway.
Il a aussi Naty, l’autre Naty, son alter ego, son double, son amie de toujours, celle qui sait avant même qu’elle ouvre la bouche,sa vraie amie.
Il y a Florence, sa cousine, qu’elle aime plus que tout, sa jumelle, son tout.

Dans ses larmes, il y a ses parents et son jeune frère David, les souvenirs de départs en vacances, l’inquiétude d’une panne sur l’autoroute ; elle revoit son père vider le coffre de tous les bagages, pour découvrir l’énorme flaque d’essence qui flotte.
Il y a tout le reste, l’amour, les angoisses, les traumatismes.

Dans ses larmes il y a ses trois enfants, sa tribu, ses poussins. Des jeunes adultes qui continuent de la bouleverser, de l’émerveiller. Il est beaucoup question d’eux dans son livre, parce qu’elle est une mère tellement louve et lionne.
Il y a Jean aussi, son homme, celui qu’elle a choisi envers et contre tous. Elle ne sait pas comment il réagira quand il lira tout ce déballement sur leur histoire.
Quand les larmes cessent enfin, elle décide de lui téléphoner.
En saisissant l’appareil, elle observe sa main déformée par sa maladie neurologique. Ça aussi elle en parle dans le livre, un peu trop sans doute ; mais comment n’en parler qu’un peu, quand le ciel vous tombe sur la tête à 33 ans, et qu’un jour brutalement, vos deux mains autrefois si fines, musclées, courant sur le piano, deviennent deux monstres recroquevillés ne servant plus à rien..
L’émotion la dépasse désormais. Elle sanglote à nouveau quand elle réussit à composer le numéro de téléphone de la maison d’édition :
-Je ne viendrai pas signer le contrat.
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Chantal Sourire · il y a
La chute est terrible, quel dommage, elle avait pris sa revanche sur la maladie !