Victime collatérale

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Finaliste
Jury

Extrait bibliographie : - Intuitine, Éditions Le Manuscrit, finaliste du Prix du premier Roman en Ligne, - Madrigal, Éditions Assyelle, - Le Dernier Souffle du Monarque, ÉLP Editeur, - Une  [+]

Image de Été 2021
La journée avait bien commencé. Trois semaines auparavant, le meurtrier de la vieille antiquaire était venu se jeter dans la gueule du loup. Et tôt ce matin, le commissaire Lambert avait fini par confondre le petit neveu de l'octogénaire et ordonner son incarcération. Lambert ne put réfréner un rictus de jubilation contenue en relisant la première déposition de Philibert Calgari. Il ne s'expliquait toujours pas pourquoi les assassins éprouvent si souvent le besoin d'apporter spontanément et sans y être le moins du monde contraints un témoignage de faits supposés les disculper, mais qui a l'effet strictement inverse. Se jeter dans la gueule du loup. Il n'y avait pas de meilleure expression. En l'occurrence, le petit neveu zélé avait cru bon d'affirmer avoir découvert le corps de sa grand-tante gisant dans son sang au fond de l'arrière-boutique de la rue de Lappe le matin du 8 juillet à neuf heures alors qu'un certain Jacques Vautran, fidèle client de Marie-Thérèse Trochu et dernière personne à l'avoir vue en vie, avait reconnu lui avoir acheté un vase Ming le même jour à dix heures. « Eh bien, je me suis trompé d'heure, voilà tout », argumenta pauvrement Calgari. « Il était peut-être plus tard... » Les soupçons s'étaient d'emblée portés sur Vautran, le chineur qui écumait à longueur d'année les boutiques d'antiquaires de la région. Mais de fil en aiguille, Lambert et son équipe avaient démonté point par point le témoignage et les alibis du petit neveu. La découverte du testament de Madame Trochu qui faisait de Calgari son unique héritier avait fini par convaincre le commissaire de creuser cette piste. Trop tard malheureusement pour éviter les fuites malheureuses et prématurées dont la presse s'empara pour titrer à la une sur le chineur assassin !
Il était presque onze heures lorsque Lambert, dans l'euphorie du moment, se prit à rêver d'une journée qui se terminerait en apothéose, par la résolution de toutes les affaires en cours et le classement de tous ces dossiers empilés sur son bureau. Ah, goûter pour une fois au bonheur de rentrer chez lui serein, le cerveau désencombré de toutes ces hypothèses et conjectures dans lesquelles il finissait inéluctablement par se perdre...
La journée se poursuivit comme elle avait commencé. Plusieurs grosses affaires avancèrent bien et, l'âme légère, Lambert envisagea pour une fois de rentrer chez lui à une heure décente. Son dernier rendez-vous était programmé à 18 h 30. Avec un peu de chance, il pourrait emmener Marie chez le nouvel étoilé de la ville. Une soirée romantique en tête à tête : ils n'avaient pas connu cela depuis... La recherche de la date lui donna le vertige !
Lambert regretta de ne pas avoir joué au Loto, tant les événements s'enchainaient avec fluidité. Il jeta un œil à son agenda pour vérifier qu'il avait bien ce fichu rendez-vous de 18 h 30 : Nicolas De Bellegarde, un romancier qui avait sollicité un entretien pour peaufiner le scénario de son prochain polar. Il sourit. Lui aussi aimerait bien écrire un roman policier, un jour, quand ses obligations lui laisseraient un peu de loisirs. Il avait en tête mille idées d'histoires, inspirées de sa longue expérience de flic. Ce rendez-vous promettait d'être intéressant, car il ne manquerait pas de poser à son tour quelques questions de méthodologie à son interlocuteur.
Lambert ouvrit le navigateur de son PC et tapa Nicolas de Bellegarde dans l'onglet de recherche. Les résultats qu'il obtint en retour le laissèrent sur sa faim. Il ne trouva pas de romancier de ce nom. Mais il s'agissait sûrement d'un écrivain en devenir, peut-être pas encore connu, mais qui avait le mérite de persévérer et de donner de l'authenticité à ses récits en travaillant ses sources. Le commissaire alla se chercher un café serré à la machine et, vautré dans son fauteuil, les pieds croisés sur le coin de son bureau, il se laissa aller un moment au plaisir de la dégustation.
Le romancier était ponctuel. Lambert le fit asseoir, lui proposa un café et se mit à sa disposition. De Bellegarde planta brièvement le décor de son roman. L'intrigue était partiellement développée. Une histoire d'erreur judiciaire qui, bien que corrigée à temps, avait eu des conséquences désastreuses pour la victime accusée à tort : réputation salie, suspicion persistante, décrédibilisation professionnelle... « Vous voyez, commissaire Lambert, l'homme en question, un être sensible et fragile, finit par se pendre dans sa cave quelques jours après avoir été traîné dans la boue par la presse. »
Lambert fronça les sourcils. Un éclair de lucidité traversa soudain son esprit. Mais Nicolas Vautran, le frère de Jacques, s'était déjà jeté sur lui et le garrota jusqu'à la mort.

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Martine · il y a
À bientôt pour de nouvelles aventures !
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Anne KOHLER · il y a
Cela fait du bien de lire cette nouvelle en si peu de temps! Moi qui suis Vorace!
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Genevieve Vervan · il y a
Belle énigme...
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ROGER BEAUDRY · il y a
Roger La tremblade
Excellent

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ROGER BEAUDRY · il y a
Roger
Excellent

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Daniel Ducharme · il y a
Superbe ! Intrigue superbement menue. Bravo !
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Tiffany Bedu · il y a
Plume fluide, récit bien mené et chute inattendue ! Bonne chance pour la finale !
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Catherine Regnier · il y a
Très bien mené..bravo !
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Martine Vitour · il y a
Bravo, récit bien mené, quel final !
J’ai aimé.

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Jean-Luc Vitour · il y a
Une fin haletante, bravo

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