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Venise rêve interrompu

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Pimpante et joyeuse je descendis l’escalier de la cave pour aller chercher la grande valise, celle en toile verte, toute souple, extensible et légère, nous partions en voyage... à Venise.
Mon mari avait craqué, voulant me faire plaisir, mais aussi parce qu’il était las de m’entendre le lui demander sans arrêt.
J’avais trouvé un forfait très intéressant pour trois jours : billet d’avion +hôtel+ demi-pension ; c‘était la période du carnaval, j’étais impatiente de partir.
Comme les enfants, je nous imaginais costumés, sachant qu’on pourrait laisser libre cours à notre imagination... (Que je trouvais sans limites).
Dans mon cœur, ça battait la chamade ; dans mon corps, une fièvre montait, envahissante, douce et pailletée.
Venise, en soi, devait être magnifique, mais en période de carnaval, le dépaysement serait total.
Des amis, m’avaient raconté leur périple : train couchette et une nuit là-bas...
Mais moi, je préférais trois nuits là-bas pour m’imprégner de la ville, de son rythme, de ses couleurs et entendre parler italien...j’aimais cette langue, chantante, pleine de soleil...
Aller jusqu’à l’île de Murano en gondole, en amoureux, et voir les souffleurs de verre, visiter les nombreux palais, s’attarder dans les somptueuses demeures aux plafonds peints par les grands maîtres... emprunter des passages secrets, faire s’envoler les pigeons sur la place ST Marc, passer sous le pont des soupirs... J’y étais déjà...
Pour les masques, nous serions en harmonie bleue : lui en astre et moi en étoile ; j’avais déjà rassemblé toutes les paillettes, les soieries, les taffetas....il fallait la grande valise pour mettre tout ça, j’emmènerais aussi le nécessaire à couture pour le fignolage.
Heureuse, j’étais vraiment très heureuse.
La lampe de l’escalier était grillée et c’est dans le noir que je franchissais les dernières marches, cherchant à tâtons l’interrupteur en bas. Et c’est là que ma vie a basculé, en une fraction de seconde, ce qui m’attendait était l’horreur absolue.
Sous mes doigts, le crépi rugueux du mur m’invita à aller plus loin, je posais alors ma main sur l’interrupteur... une autre main, osseuse et froide le recouvrait !....un cri monta et s’arrêta dans ma gorge, aucun son ne pouvait sortir, une sueur froide, glacée me tétanisa ; toutes les belles images sortirent de ma tête en une fraction de seconde.
Le jour, la lumière avaient disparu à jamais, au bas de l’escalier. Dans le noir ,une présence feutrée m’enveloppa plus intensément, je tremblais de tout mon être, mes yeux exorbités scrutaient en vain les ténèbres, mes cheveux se dressèrent sur ma tête , une odeur fétide se répandit , je ressenti une violente douleur dans ma nuque et chancelante , je m’écroulais, presque évanouie ...un sursaut me secoua, il fallait que je retrouve la lumière ,la vie , mon mari... me traînant jusqu’à la rampe ,je remontais les marches en suffoquant ,l’effort était démesuré, les forces me quittaient mais il fallait que je sorte de cette cave...
Je m’écroulais, sur le palier, exsangue.
Mon mari se retourna, inquiété par ma chute, -« qu’est-ce qui t’arrive ? » et je l’aperçu dans un brouillard épais qui se dirigeait rapidement vers moi, il me prit dans ses bras, me porta sur le lit , posa sa main sur mon cou meurtri .
Dans un brouillard bleuté, j’entendis sa voix :
-« On part demain, l’avion décolle à 14H35, ne t’inquiètes pas, je m’occupe de la valise ! »
Je sentis ses larmes douces sur ma joue, il attendit que je m’endorme...
Fin
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