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une seconde après le bip....

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Elle le foudroyait du regard. Inerte, immobile, lui ne bougeait pas d'un poil. Elle l'invectivait, lui criait dessus, véritable Virago. Il restait pourtant stoïque, sans voix, sans paroles, sans ébauche d'un quelconque réconfort, insensible à ses déambulations dans la chambre. Elle marchait de long en large en se démaquillant. Elle s'arrêtait devant lui, reprenait de plus belle ses griefs , se parlait à voix haute, brisait ce silence qu'elle ne supportait plus. Cela avait commencé dès sa sortie de la salle de bain. Elle avait pourtant passé une bonne soirée, serrée contre lui. Petits repas entres amis, à la manière décontractée d'une fin de week-end. Ils avaient parlé de boulot, du nouveau chef de service qui s'était perdu dans le labyrinthe des corridors, d'un tel que l'on soupçonnait d'être amoureux en secret d'elle au vu des regards langoureux qui lui lançaient, et surtout des nouvelles déconvenues sentimentales de Lorena. Pauvre Lorena. « Ca ne m'arrivera pas à moi pensa Mel en l'effleurant du bout des doigts ». Au dessert, elle l'avait serré plus fort contre elle pour s'assurer qu'il était toujours là, réconfortée, rassurée de sentir sa présence. Ils décidèrent, devant la nuit clémente, de prendre un dernier verre. Elle suivit d'un cœur léger et alors qu'ils déambulaient par les rues, Mel se prit à rêver. Tout a si bien commencé. Tout a été si parfait jusqu'à présent. Pourtant a 23h devant son silence elle était devenue moins sure d'elle tout à coup, laissant le doute s'immiscer entre eux. Arrivée chez elle, il resta dans l'entrée, puis dans le salon. Elle espérait qu'il daignerait émettre un son, un bruit, quelques choses, quoique ce soit qui la soulage. Mais rien et cela la mettait en colère. Il la suivit dans toutes les pièces qu'elle arpentait en retraçant l'histoire, l'interpellant sans succès. Il n'avait rien à lui répondre. Elle en hurlait que davantage de le voir ainsi si tranquille, alors qu'elle, de nouveau nourrissait ses peurs, ses manques à chacun de ses cris. A bout de souffle, vidée, elle se tut. Lui n'avait pas vibré, ni émis aucun bruit. Elle sentit des larmes libératrices couler sur ses joues. Elle le regarda alors, sourit, le prit dans ses mains et le glissa dans son sac. « Après tout ce n'est qu'un téléphone ».

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Zurglub · il y a
Excellent !!
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Valérie Bernède · il y a
Merci - heureuse que cela vous ait plu
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