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Une partie de pêche

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Momo69190

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De nos jours, sur la commune d’Ussac, dans le département de la Corrèze, Polo et Fredo, deux célibataires endurcis, de joyeux drilles connus dans la région, sous le diminutif de soiffard, s’apprêtent à partir, en ce bel après-midi de mai, pour se livrer à leur passe-temps favori la pêche. La vieille cariole est prête, une Renault 4 équipée, par nos deux protagonistes, pour s’adonner, à leurs excursions, chargé de victuailles de toutes sortes, nos deux amis apprécient la bonne chaire et surtout le bon vin, Polo, le plus âgé mais aussi le plus hardi, un solide gaillard un peu bourru mais sympathique, il frôle la cinquantaine, rappelle son camarade à son devoir :
—Mon Fredo, n’oublie pas les bières dans le frigo, avec cette chaleur, c’est indispensable.
Nonchalamment, trainant ses guêtres, son compagnon, applique à la lettre les directives, il n’est pas homme à prendre des initiatives, il se laisse guider par son ami, par habitude, il répond :
—T’inquiète, tout est dans le coffre, tu prends le volant, je conduirai au retour.
Un coin de pêche connu d’eux seul, un petit paradis à moins de trente kilomètres du village, les deux loustics s’acharnent depuis belle lurette, à la capture d’un brochet, qui les nargue, et dont ils se délectent d’avance, Fredo aborde le sujet :
—J’ai préparé des appâts, il ne peut pas nous échapper, je te garantie qu’aujourd’hui les carottes sont cuites pour lui.
Polo sirote une bière, ce commentaire il l’a maintes fois entendu, il se contente de murmurer :
—Compte dessus et bois de l’eau fraîche, ce poisson nous prend pour des ahuris, il nous taquine, mais l’espoir fait vivre comme on dit.
Fredo, actionne le poste radio à la recherche d’une station météo, le vieux « Blaupunkt » grésille, un son inaudible se dégage, des informations en boucle défilent, impossible de capter, Polo l’invective :
—Eteins cette chiotte, il fait beau, tu nous casses les oreilles avec ça, de toute façon on arrive, gare-toi à l’ombre, je vais dégager la barque.
Les deux hommes s’affairent au déchargement, puis s’installent à bord de l’embarcation, Polo prend les rames, Fredo le guide il a flairé des traces, à la surface de l’eau, il ricane :
—Tu peux toujours te planquer, vieille branche, tu vas finir au court bouillon, mon salaud.
Deux plombes en plein cagnard, rien Polo prépare le casse-croute, un verre de vin blanc à la main, Fredo a les yeux levés vers le ciel, des nuages noirs pointent à l’horizon, des éclairs et le grondement du tonnerre se font entendre au loin :
—Il va faire vilain, on devrait se mettre à l’abris.
Polo est captivé, par des remous, il est persuadé que le brochet l’observe, et ne prête pas attention au temps, soudain une boule de feu énorme s’abat à une centaine de mètres d’eux, la barque tangue, et une épaisse brume enveloppe l’atmosphère, l’obscurité en plein jour, nos deux amis sont abasourdis, et tentent de se maintenir à flot, Polo enjoint son pote :
—La lampe électrique dans le sac, allume on n’y voit rien, que s’est il passé, tu es là Fredo répond.
Ce dernier, récupère la torche et cherche en vain à la faire fonctionner, mais rien, l’inquiétude fait place, désemparé il interpelle son camarade :
—J’ai du mal à distingué les choses, regarde les poissons remontent par centaines, ils sont morts.
Les deux hommes se glissent au fond de la barque, et s’agrippent de toutes leurs forces, des lourdeurs les poussent dans un, somme, les heures passent dans une profonde obscurité.
Lorsqu’ils reviennent à eux, un spectacle effarant les attend, un paysage consternant, pas âme qui vive, un silence de mort, et le plus étrange, l’immense forêt a disparu, laissant place à la désolation, Polo veut se rafraîchir Fredo l’en dissuade :
—Regarde l’eau est claire, on voit le fond, mais il n’y a pas un seul insecte, c’est étrange, le temps semble arrêter, regagnons la rive.
Polo lui fait remarquer :
—Il n’y a plus de ponton, ni de cabanon, et la Titine, elle est où tout a disparu, on est peut-être mort.
L’angoisse les gagne, ils se regardent bouche bée, Polo prends les devant :
—Regagnons la terre ferme nous aviserons par la suite, ils se retrouvent à l’endroit habituel, Fredo en est persuadé, mais rien n’est comme avant, Polo ramasse une plaque et la contemple, puis il s’exclame :
—Vue l’état de ce morceau de ferraille, on est dans le future mon pote, regarde c’est l’immatriculation de la Renault 4, comment qu’est ce qu’on fout là, il nous reste à boire, il faut avancer trouver une route, quelqu’un, je n’y comprends rien.
—c’est cette chose qui est tombé du ciel, regarde là-bas, elle a fait un cratère, allons jeter un œil.
Polo, le met face à l’évidence :
—Tu ne trouveras rien, on a avancé dans le temps, seul au monde, il faut se faire une raison, cherchons plutôt un abri.

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Dranem · il y a
Rencontre du troisième type pour ces deux "gaillards perdus dans la brume " ? Peu importe la syntaxe, pourvu qu'on ait l'ivresse !
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Momo69190 · il y a
c'est tout à fait l'idée que j'en ai
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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Momo69190 · il y a
Deux joyeux drilles, amateur de boisson, faut-il une morale dans le monde de l'imaginaire libre à vous de la formuler merci pour votre commentaire très instructif
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Richard Laurence · il y a
Les dialogues sont de qualités, la narration un peu moins. La syntaxe tangue comme si le narrateur avait lui aussi, un peu forcé sur la boisson : témoin, par exemple, cette phrase, qui semble n'en jamais finir, tangue à droite, puis à gauche, trébuche et repart d'un pas incertain : "La vieille cariole est prête, une Renault 4 équipée, par nos deux protagonistes, pour s’adonner, à leurs excursions, chargé de victuailles de toutes sortes, nos deux amis apprécient la bonne chaire et surtout le bon vin, Polo, le plus âgé mais aussi le plus hardi, un solide gaillard un peu bourru mais sympathique, il frôle la cinquantaine, rappelle son camarade à son devoir..."
De plus, il n'y a pas vraiment de morale à cette histoire, aucun enseignement à en tirer... Reste que ces deux protagonistes sont très sympathiques et fort bien campés. On passe un bon moment en leur compagnie. ;)

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Momo69190 · il y a
Il faut faire place à son imagination pour trouver la solution merci
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Mjo · il y a
Soit le monstre du Lochness soit des créatures du genre pieuvres géantes ont changé le cours du temps, allez savoir!!!! bien écrit et très drôle .mes voix
Je vous invite à découvrir mon texte: "Perdu dans la brume"

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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ce texte bien mené et plein d'imagination ! Mes votes ! ***Je vous invite à partir en “Croisière” si vous ne craignez pas la brume en mer ! Merci d’avance !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Pascal Depresle · il y a
Un bien bon texte.
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Jusyfa · il y a
Un très bon texte , j'ai été accroché d'un bout à l'autre, les dialogues donnent envie de participer aux discussions, bravo, +5*****
Dans la même compet, j'ai un texte complétement déjanté, " Le mec était bourré ".Si vous me lisez, n'ayez pas peur, on s'en remet.
Ah oui ! j'ai aussi et surtout une nouvelle en finale, "un petit cœur collé sur un portable ", c'est beaucoup plus réaliste, si vous ne l'avez pas lu et si ça vous dit, faites le avant la date butoir fixée au 20/12. Bonne lecture

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