Une nuit sans lune

il y a
2 min
64
lectures
42
Qualifié
Image de 2018
Il fait noir. Ils sont partis.
Par la lucarne, elle devine une ruelle déserte, un réverbère éteint. Son visage, ses bras et jambes, ses poignets entravés derrière son dos sont à vif. Elle respire mal l’air vicié de la pièce étroite et puante où stagne comme une odeur de sang. Son sang et leurs sueurs aigres et sa peur. Ils l’ont bâillonnée, tabassée, enfermée.
Ils s’excitaient mutuellement à plus de cruauté, semblables à des hyènes saoules, hystériques. Quatre hommes aux barbes noires, trop longues, quatre lâches dont les yeux aux pupilles dilatées luisaient d’une rage insondable, dont les bouches haineuses crachaient un poison archaïque. C’était sans appel, c’était elle le monstre, la chienne, ils laveraient le déshonneur de la famille.
Quand ils reviendront, cette nuit sans lune sera sa dernière.

Son crime ? Elle et Jamil s’étaient aimés au premier regard, comme dans les livres. Ils avaient quitté le pays et traversé la Méditerranée pour vivre leur union au grand jour. Elle n’avait rien voulu renier mais juste choisi une vie nouvelle, paisible, avec leur enfant... Elle avait cru leur échapper. Peu à peu la peur s’était estompée , quelques années avaient passé, elle s’était crue hors de danger. Les rêves violents, terrifiants avaient cessé..
Comment avaient-ils faits pour la retrouver, par quels mystérieux réseaux étaient-ils parvenus à leurs fins ? Ces hommes sans pitié qui étaient ses frères, ses petits frères qu’elle avait bercés, dont elle avait consolé les premiers chagrins...

Ça avait été un soir comme un autre. Ils avaient diné tous les trois. Jamil l’avait embrassé et taquiné Gabriel puis il était parti travailler. Il était gardien de nuit dans un grand hôtel, un bon travail. Elle rangeait la vaisselle sur l' égouttoir et Gabriel chantonnait en dessinant un soleil au-dessus d’une maison en forme de pomme avec une cheminée fumante et puis son Papa et...
La sonnette a retenti « Ah encore Milou! Que lui manque-t-il ce soir ? Un œuf, du beurre, un oignon peut être, il m’en reste deux ». Elle était allée ouvrir gaiment à sa voisine de palier. Elle avait ouvert sa porte au malheur.
Sa mère, tout de noir vêtue, écarta les bras et poussa un hululement qui lui glaça le sang. Tout alla très vite. Une seule pensée fulgurante «  Gabriel » !
Elle fit un pas en avant et claqua la porte derrière elle, pour protéger l’enfant. Sa mère lui avait jeté un regard méprisant. Elle ne sait plus qui, de ses quatre frères surgis de l’étage au-dessous, l’avait frappé en premier, elle avait perdu connaissance.

Il fait noir, ses yeux ne s’accoutument pas. Elle prie silencieusement, elle espère : «  Milou, Milou malgré le volume de ta télé tu as dû entendre quelque chose, des cris, des piétinements, Milou appelle la police, Milou... »
Milou avait tout entendu. Par l’œilleton de sa porte elle avait vu. Affolée elle s’était précipité pour appeler la police. Qui était arrivée, rapide mais impuissante. Il n’y avait pas d’autres témoins que Milou. Aucune trace des ravisseurs.
Milou a les clés de l’appartement, elle trouve l’enfant recroquevillé sous la table de cuisine. Son dessin est noirci de coups de crayons, la maison a disparu, une silhouette noire tient un couteau couvert de gouttelettes rouges.


Il fait noir, c’est une nuit sans lune. Du bout de la ruelle lui parvient le moteur d’une voiture qui s’y engage et roule lentement tous feux éteints. Quelque part un chien aboie.
Ils reviennent.
Qu’ils soient maudits.

42

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,