Une journée d'hiver en forêt

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Malgré la neige et le froid mordant de l’hiver, la jeune femme avait décidé d’aller chasser. Après tout, c’était son rôle au sein du village, bien que ses habitants n’en eussent aucune idée. Ils savaient qu’un Grand Chasseur les aidait à trouver de quoi se sustenter, même les jours de grand froid, mais ils ignoraient que cette personne était une femme. S’ils l’avaient su, jamais ils ne s’en seraient remis.

Imma était à l’aube de ses vingt ans, âge auquel les femmes étaient supposées se marier et commencer à fonder une famille. Mais cela ne faisait pas parti de ses plans, ni à ce moment, ni dans le futur. Elle était bien décidée à rester libre comme l’air. Ainsi préférait-elle aller chasser seule dans la forêt, quand les filles de son âge s’occupaient déjà de leurs bambins ou de leur mari. Déjà, à l’âge où les jeunes filles s’occupaient des tâches ménagères et de la couture, elle préférait jouer avec les garçons et s’entraîner à monter à cheval « comme un homme », et non en amazone comme le faisaient les autres filles. Elle ne portait jamais de robes, qu’elle trouvait si peu confortable pour les activités qu’elle exerçait, et rentrait toujours le soir sale comme une souillon.

Elle réalisa que le soleil était déjà descendu bien bas dans le ciel, et l’atmosphère se faisait plus glaciale à chaque minute. Imma avait bien chassé pour la saison et attrapé un sanglier, butin convoité en cette période de grand froid. L’hiver, la chasse se faisait plus difficile, les petits gibiers étant en hibernation, bien cachés au fond de leur trou. Les oiseaux, quant à eux, étaient déjà bien loin, sans aucun doute dans des contrées lointaines, où le soleil flamboyant se reflétait sur leur plumage brillant. Elle se mit à rêver du printemps, saison où les cerfs, biches et autres petits animaux seraient de retour. Si la chasse lui apportait de quoi se nourrir, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur à chaque fois que sa flèche touchait sa cible. Elle priait alors pour que l’âme du pauvre animal repose en paix, loin de ce monde brutal et pourtant si beau.

Elle avait à peine dix ans quand son oncle Archibald lui avait mis un arc dans les mains. Ce jour-là, il lui avait raconté que son père et sa mère, qu’elle n’avait jamais connus, étaient de grands archers capables de viser n’importe quelle cible, mouvante ou immobile. Depuis ce jour, elle n’avait cessé de s’entraîner à l’art du tir à l’arc, sous les instructions de son oncle. Elle était le Grand Chasseur du village depuis bientôt cinq années, et personne ne le savait sinon Archi et son meilleur ami Guillem, qui l’accompagnait pendant ses entraînements.

Se rendant compte qu’elle se perdait dans ses pensées, elle recentra son esprit sur le moment présent. Ce n’était pas le moment de divaguer. De plus, elle ne voulait pas rentrer avec un unique sanglier. Du coin de l’œil, elle surprit un mouvement dans un arbre dont les branches nues étaient recouvertes d’une fine couche de givre. Un faisan oublié par ses pairs y était posé et ne semblait pouvoir se décoller de la branche givrée. Prise de pitié pour le pauvre oiseau, Imma vint à sa rencontre. D’un geste précis, elle gratta la branche avec le bois de son arc, libérant ainsi l’oiseau prisonnier. Tant pis pour le repas, un sanglier suffirait pour aujourd’hui...

Elle se rendit compte qu’elle ne s’était jamais enfoncée aussi loin dans la forêt. Ces arbres nus lui étaient inconnus, de même que la clairière qu’ils dissimulaient. Elle fut alors éblouie par la beauté de ce paysage inconnu recouvert d’une fine couche de neige. Bien qu’elle eût la neige en horreur, comme cette dernière lui empêchait de chasser en paix, elle ne put qu’admettre qu’elle ajoutait une certaine beauté à des paysages, et son manteau blanc immaculé l’attirait. La clairière était restée intouchée, sa couche de neige parfaitement lisse. Imma hésita à avancer. Elle voulait fouler cette neige unie, mais elle trouvait cela tellement beau qu’elle ne souhaitait pas profaner cette image par ses pas.

C’est à ce moment que son regard se posa sur ce qu’elle pensait être une branche dépassant du manteau de neige, mais qui semblait trop régulière. Sans plus réfléchir, elle fit quelques pas dans la neige parfaite. Le craquement du manteau blanc sous ses pas lui fit oublier tous ses scrupules. C’était tellement satisfaisant. Elle courut alors jusqu’à l’objet non identifié, qu’elle attrapa et sortit de la neige avec perplexité.

C’était un arc, beau comme elle n’en avait jamais vu ! De magnifiques volutes étaient gravées sur son bois, et sa corde semblait éternelle, comme incassable. Elle découvrit une inscription gravée à l’intérieur de l’arc, mais ne connaissant pas ce langage, elle fut incapable de la déchiffrer. D’un poids léger, l’arc lui semblait trop parfait pour être réel. Et comme un miracle n’arrive jamais seul, un deuxième sanglier choisit ce moment pour pointer le bout de son museau. Imma tira le plus silencieusement possible une des flèches de son carcan, tout en gardant le regard rivé sur le sanglier, qui s’affairait à chercher de quoi se nourrir sous la couche de neige. Elle retint son souffle alors qu’elle encochait la flèche en visant, puis elle tira. Sa cible fut atteinte.

Alors, une voix retentit dans son esprit :
« Bravo Imma, je n’en attendais pas moins de la fille d’un roi ! »
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