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Une journée à la plage

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Max

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Le ciel pâle ce matin embrasse une mer agitée, aux vagues plus gonflées, plus mates et plus denses, au fur et à mesure de leur avancée dans un enroulement progressif qui, soudainement, mais à une distance relativement régulière du bord, se résout dans une brisure assez bruyante et répétitive pour laisser entendre un roulement sourd et permanent, amplifiant chaque fois celui, égal, du roulis, tandis que quelques baigneurs matinaux et joyeux, amateurs de vagues plus que de nage, s'exclament à la face d'un mur d'eau qui leur fait front, puis, jaugeant l'instant où la vague va s'écraser, bouillonnante, plongent en son sein, la traversent en glorieux guerriers, disparaissent dans les rouleaux, ballottés un instant, pour ressurgir désorientés, le visage recouvert de leur chevelure détrempée, s'ébrouant comme des chiens fous, observant les spectateurs rares à cette heure qu'ils voudraient éblouir, et surtout les spectatrices, plus rares encore, mais qu'ils imaginent si fort dans leur ivresse, qu'elles en sont presque là, créées par leur esprit, capable d'apprécier leur courage et leur force, alors que prudents, sous le regard des mères craintives et conseillères, quelques enfants seulement, les pieds engagés jusqu'aux seules chevilles, près de la ligne sinueuse de la vague mourante, les regardent, admiratifs, rêvant du jour où ils pourront aussi, les mères restées désormais à la maison, se projeter et se perdre dans la masse liquide, pour en sortir, eux aussi, initiés et puissants, vainqueurs admirés des enfants et des belles, même si, pour l'instant, aucun d'eux ne songe à s'aventurer plus avant et s'ils exercent leur jeune bravoure en poussant de hauts cris comme s'ils prenaient des risques terribles, inquiétant un instant par là même les mères, avant qu'un sourire bienveillant et rassuré ne s'amuse de leur simulation, préférant toutefois les rappeler au bord, parce qu'il est bientôt l'heure d'aller déjeuner, l'escapade ayant permis d'occuper leur matinée, et de faire accepter sans trop de colère, que, cet après midi, profitant d'une journée moins accablante de chaleur, on aille visiter l'arrière pays, frottant leurs épaules avec les larges serviettes imprimées de couleurs vives, promettant que demain on reviendra, cette fois, l'après midi, après la sieste, pour une longue baignade prolongée jusqu'à la tombée du soir quand les derniers nageurs sortis de l'eau, les dernières familles ayant pris le chemin du retour, les derniers groupes de jeunes gens, guitares et sacs rangés, repartis vers les places de la ville, on se retrouve seuls ou presque, sur une plage étonnée d'être déserte, rendue au seul bercement de la mer, son ciel coloré de rose, disparaissant progressivement dans des ombres d'argent, réduite, quand il faut aussi partir, à son seul murmure qui enveloppe la nuit.
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