Une histoire à raconter.

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Comment dire ? C'est toujours difficile d'écrire, quelques fois pénible, très pénible même. D'autant qu'on ne refera plus le Voyage, pas plus qu'on ne refera Le monde selon Garp. Alors on  [+]

Dehors la chaleur attend sous la pluie.
Il joue avec le tranchant de sa lame. Il vient de la Guyane britannique.
Peau noire cuivrée. Cheveux noirs, denses. Latino.
Des mains larges, un sourire carnassier (blanc). Cuistot. Serveur.
Ici c’est l’homme aux couteaux, bien aiguisés, aux paroles affûtées, celui qui taille dans le vif.
Criblée d’impacts urticants, la peau de mes jambes n’est plus qu’un pitoyable champ de bataille.
Les moustiques te mordent ? – il s’adresse à moi en anglais, utilise un mot d’argot familier pour dire moustique – Moi ils ne me mordent pas.
Après une pause il reprend, c’est parce que ton sang est sucré.
Je comprends bien que son sang à lui ne doit être ni doux ni sucré. Plutôt amer. Noir et épais. Il ajoute qu’il est un guerrier, que les guerriers n’ont pas le sang sucré.
La pluie se marre. Lui aussi. Je ruissèle.
Ma peau toute entière me démange, mes ongles s’énervent, s’impatientent.
Attendre que la pluie cesse. Rien d’autre à faire sous les tropiques. Une autre bière.
Il raconte qu’au Surinam des nuées de moustiques l’ont dévoré. Et que si ces millions de foutues bestioles l’avaient mordu, lui, nul doute qu’elles m’auraient tué.
Le ciel s’ouvre et se déverse, heurtant le sol dans un vacarme de machinerie infernale.
Je lui demande une autre bière. Il quitte la terrasse, il joue toujours avec son couteau.
Qu’il aille se battre lui, le guerrier, j’aurais une histoire à raconter.
19 novembre 2013, Santa Elena de Uairén. Etat de Bolivar, Venezuela.

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