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Une faim irrépressible

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Joye

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Cette faim irrépressible d’amour qui la rend comme un orphelin grignotant les moindres miettes de tendresse. Son ventre se tord de douleur tellement le manque est palpable. Elle veut crier, hurler et tout son corps dit : « aimez-moi ». Ca la ronge de l’intérieur, elle n’a déjà plus de larmes pour pleurer. Elle est submergée jusqu’à l’étouffement. Elle a un trou béant et hémorragique dans la poitrine. Tout le reste devient alors inodore et incolore. Elle essaye de combler et de duper son esprit par d’autres substances mais ce répit est si bref et les symptômes de plus en plus intenses. Comme un enfant malade, elle se parle et se rassure. Son âme commence à divaguer. Le présent se transforme alors en un sol brulant et insupportable de douleur. Elle se donne entière à tous ces partenaires dans l’espoir secret de combler ce déséquilibre. Elle est prête à combattre la culpabilité, la honte, l’humiliation et l’irrespect pour arriver à ces quelques minutes d’apaisement ou son esprit se calme, ou ses plaies arrêtent de saigner. Elle ressent le plaisir qu’elle a donné à l’autre, elle rêverait de pourvoir être à sa place car elle n’a pas appris à recevoir. Elle se l’interdit, persuadée qu’elle ne le mérite pas. Elle n’a appris qu’à donner.
Son seul refuge émotionnel se trouve dans le rêve, la différence humaine essentielle, souvent seul force de survie pour l’homme face à l’insurmontable. Elle se laisse aller à rêver d’être apaisée et remplie de cet amour qui lui permettrai enfin de dormir et d’accepter le temps qui passe. Elle sait que le virtuel d’une vie rêvée n’est pas une solution mais une échappatoire à un présent trop lourd qui lui rappelle à chaque seconde à quel point il est loin de son rêve. Elle observe les autres au microscope en se disant : « comment font-ils »et elle déteste alors sa sensibilité. L’impression que son costume va être éclaboussé par la vérité de la douleur de son âme.
Elle veut être une source de plaisir et de bonheur pour les autres. En refusant de faire du mal aux autres, elle se renferme dans une vie ou la recherche de son propre bonheur est secondaire. Elle renouvelle les petits plaisirs quotidiens pour se recharger en énergie et rendre heureux les autres sans jamais penser à elle.
Comme une tache indélébile qu’on essaye de camoufler, elle dissimule son passé tout en voulant rester vrai et sincère. Elle se noie dans les activités pour s’épanouir mais aussi pour être tellement épuisée de fatigue qu’elle arrive à dormir quelques heures sans cauchemar. Même la nuit, son passé continue de la hanter et le temps qui passe la terrifie. L’exigence qu’elle a de la vie est tellement élevée qu’elle ne peut se contenter d’être attentiste de son bonheur et, bien décider à le trouver, elle ne trouve pas le sommeil tant que son esprit n’est apaisé par une idée du bonheur, aussi bref et illusoire soit elle.
Elle ne joue pas et n’aime pas se plier aux jeux du mensonge et de faux mystères que réclame la séduction. Elle assume sa vérité et l’a dit sans détour ce qui la laisse la plupart du temps seule, les autres étant trop déstabilisés par cette vérité. L’indépendance étant remise en question par l’amour inconditionnel, on a peur de la responsabilité d’accepter l’amour de l’autre.
Sa pyramide de Maslo ayant comme fondation l’amour avant même manger et dormir, elle reste une énigme pour les autres.
Elle multiplie les partenaires et les sources d’affection sans jamais réussir à être combler plus de quelques minutes et n’arrive à se satisfaire des bonheurs à demi teintes.
Tant que je peux marcher je cours
Tant que je peux vivre je brule
Tant que je peux sentir je m’enivre
Tel était son leitmotiv. La nourriture terrestre qui la maintenait en vie se composait de compliments et de sourires d’inconnus. Malgré sa lucidité glaçante, elle aimait à se convaincre que c’était de l’amour et se réchauffait simplement du fait qu’elle puisse aimer. C’est tout ce qu’elle demandait après tout, pouvoir donner tout l’amour qui envahissait constamment son être et elle s’ouvrait tellement en se donnant à ses hommes que la moindre petite déception la blessait pour la meurtrir un peu plus profondément.
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