Une barrière de tendresse

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Laurine
L’immense playmobil-corsaire me suit de près ! Mais maintenant que je me suis réfugiée dans ce champ de maïs si dense, il ne risque pas de me trouver... Pourtant, c’est bizarre, j’ai l’impression qu’une lampe est dirigée vers moi... Je me sens comme aveuglée.
Mais progressivement, je prends conscience que ce n’est qu’un rayon de soleil qui caresse mes paupières et que je suis en fait allongée dans mon lit en toute sécurité !
Cependant, ce soulagement ne dure que l’espace d’un instant. Un véritable coup de poignard me transperce le coeur ! Maman... C’est hier qu’elle nous a annoncé la nouvelle. Je n’arrive pas à y croire ! Elle est si forte, si belle, si gentille... ça ne peut pas lui arriver à elle ! C’est injuste, dégueulasse ! Elle nous a expliqué qu’elle allait sans doute devoir se faire enlever un sein.
J’ai tellement envie de lui ressembler. Mes seins à moi ne sont encore pas plus gros que des noisettes. Je me suis toujours dit que plus tard, j’aurai la même poitrine que maman ! Je sais que tous les hommes sont amoureux d’elle. Mais elle, elle ne voit que papa ! C’est une professeure de danse géniale et elle possède une « grâce naturelle », comme le dit toujours tante Geneviève.
Je sais très bien que beaucoup de gens peuvent mourir du cancer mais ça n’arrivera pas à maman !
Hier soir, comme je n’arrivais pas à dormir, j’ai décidé que j’allais la sauver. J’ai entendu des adultes dire que parfois les maladies peuvent être provoquées par les soucis. Peut-être que maman en a ? En tout cas, dès ce matin, je vais parler à Gaby (c’est mon petit frère). On va construire une barrière de tendresse pour protéger maman ! Déjà, il faut qu’on arrête de se disputer. Je vois bien que ça use les parents. Mais Gaby est tellement énervant quand il veut prendre mes jouets ! Et puis, on va plus obéir. Ces derniers temps, c’est vrai qu’on a un peu... beaucoup traîné la patte !
Et puis on va lui faire des petites surprises : mettre le couvert, préparer le petit déjeuner, ranger nos chambres, se laver les dents après chaque repas, et tout ça, sans qu’on nous le demande. Et puis on lui fera des milliers de bisous et de câlins ! Avec ça, la maladie n’a aucune chance !

Gaby
J’ai entendu Lolo tourner au moins jusqu’à minuit. Moins non plus je ne dormais pas. C’est la première fois que je vois papa pleurer. C’est que ça doit vraiment être grave ! Ma pauvre maman... Je ne veux pas qu’elle soit malade ! C’est impossible ! Elle a l’air d’aller bien. Je suis sûr que le docteur s’est trompé !
Pourtant... Les larmes de papa... Je dois la sauver ! D’abord, ils faut qu’on soit plus sages ! Et puis lui montrer combien on l’aime. Ça, ça va marcher, j’en suis sûr...
J’ai peur !

Papa
Je regarde Roxane encore endormie. Un trait de lumière illumine ses longs cheveux qui recouvrent partiellement son visage qui semble si serein ce matin. Je n’arrive pas à croire que la journée d’hier ait pu exister. Nous étions dans une période tellement heureuse. Je venais de trouver un nouveau poste beaucoup plus près de chez nous qui allait pouvoir me permettre d'être plus présent auprès des enfants. Roxane s’épanouissait dans cette nouvelle salle de danse dans lequel elle avait trouvé un poste l’année dernière. Laurine et Gaby marchaient bien en classe et semblaient bien entourés par une sacrée bande de copains. Tout cela avait-il donc pris fin ? Et pourquoi Roxane ?! Je ne connais personne qui fasse plus attention à son hygiène de vie qu’elle. Que puis-je donc faire ! Je vais mettre toutes mes forces, toute mon énergie et surtout tout mon amour pour la soutenir. On va la combattre ensemble cette bête immonde...

Maman
Tiens, Bruno est déjà levé. Ce n’est pas plus mal. Je vais avoir du mal à sourire ce matin. Je ne veux pas qu’ils soient malheureux mes amours ! C’est de ma faute .. J’aurais dû consulter plus tôt ! Est-ce que je vais m’en sortir ? A cette pensée, une monumentale bouffée d’angoisse m’assaille... Non, je veux vivre encore. Tout ne peut pas s’arrêter comme ça ! Qu’ils me l’enlèvent ce sein et qu’on n’en parle plus ! Ce sera très dur, mais je pourrais encore voir la joie pétiller dans l’œil de mes enfants...
Je me lève doucement, sans faire de bruit. J’ai l’impression qu’ils sont tous partis. Un café ! Voilà ce dont j’ai besoin... J’ouvre machinalement la porte de la cuisine et là...
La table du petit déjeuner est mise. Ils sont tous les trois les uns à côté des autres tenant une large banderole sur laquelle je parviens à lire à travers mes larmes :

Maman, chérie, ON T’AIME !!
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