Une affaire qui roule

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Mathilde sort son agenda et note :" Le type qui est assis à ma gauche n’est pas clair, il a l’air inquiet. Et il me regarde bizarrement. Un timide ?»
Une vieille habitude de tout noter. Par prudence. Elle jette un coup d’œil alentour mais ne remarque rien d’anormal. Travailler dans un bar de mauvaise réputation demande un minimum de prudence. Pas de flic des mœurs pour le moment, à part moi qui la regarde avec un sourire en coin depuis quelques minutes.
Je l’aborde.
— Tu veux gagner un peu de fric ? je lui demande sans fioritures, elle doit avoir l’habitude.
Ça tombe bien, elle n’a pas travaillé depuis hier, alors se faire un client...
— Si c’est pour passer un moment allongés, c’est tarifé, tu sais.
— C'est pas pour ça, mais je peux te faire gagner un peu de fric quand même si tu acceptes de m’aider.
— Hem... Les embrouilles, je suis pas pour !
— T’inquiète, c’est juste une promenade de quelques minutes. Je paie cash. Voilà le topo : il faut que je devienne invisible ; j’ai des gars collés à mes basques. Pour ça, j’ai un bon moyen bien rodé : le couple. Si tu acceptes de passer pour ma meuf un moment ? Je te file 100 euros, c’est bien payé, non ? À prendre ou à laisser, j’ai pas de temps à perdre.
— Je prends ! Mais il me faut quelques explications avant. Alors dis-moi tout : qui te cherche ? Les flics ?
— Eh ! On n’est pas à confesse ! Je veux bien t’en dire un bout, mais pas trop. Le silence est d’or. Pas de noms.
— Bon, je t’écoute.
— OK. Avec un pote on a fait un petit casse. Pas grand-chose, juste quelques babioles bon chic bon genre qu’on voulait revendre aux nantis à la sauvette : on a une petite bande de branleurs qui attend plus que notre livraison pour aller au turf.
Mais ça s’est pas passé comme prévu ! Y a eu un os.
Pourtant j’aurais dû me méfier : ce loser m’avait déjà fait écoper de 3 mois fermes pour vol de basse-cour dans un camp de... Roms ! Pour un coup tordu, c’était un coup tordu : ils sont allés direct chez les flics. Mais lui, il a rien pris, il s’était planqué avant.
À ma sortie, il était le seul pote à m’attendre. Et il a du bagout, le mec. Ah ! Il a su me la faire briller, son embellie du siècle !
— « Imagine ! Un casse facile, qu’il me dit. Un entrepôt près de la gare, pas gardé, et plein à craquer de camelote facile à fourguer, je te dis pas ! Une ribambelle de trucs modernes. Ça vaut quelques euros, mais avec la quantité on va s’en mette plein les fouilles ! »
J’étais raide, je pouvais pas faire le difficile.
Après coup, je me pose des tas de questions. Pourquoi il a préféré que ce soit moi qui force le rideau ? Pourquoi qu’il a démarré avec le chargement en me laissant seul devant l’entrepôt vide et le rideau défoncé ? La trouille ? Ça explique pas...

Et d’un coup, ça s’est mis à grouiller de partout dans le coin ! Des gars vraiment excités. et bien équipés !
C’était pas des flics, plutôt des gars de la maffia, ça se voyait à leur gueule. Je les reconnais, c’est un gang avec un réseau de revendeurs à la sauvette bien organisé. Ils avaient dû savoir, pour la came en stock, et ils devaient être furax de s’être fait éliminer par un amateur. Maintenant, c’est moi qu’ils voulaient éliminer ! Pour l’exemple.
Quoi d’autre ?
... Mais qui les avait rencardé, hein ? Ça m’a sauté aux yeux : mon copain venait de me rouler dans la farine. En beauté ! Il avait certainement à éponger une dette envers la mafia, et il s’était affranchi en leur indiquant le jour et l’heure.
Bon, ça tenait pas trop la route.
Alors j’ai pensé à une vengeance, parce que je lui avais piqué sa meuf six mois avant. Et pourquoi ça serait pas lui aussi qui m’avait vendu aux flics pour le coup d’avant ? Ça se pourrait bien ! Oui, c’est ça : son attente à ma sortie et le reste... Il avait déjà son idée en tête, le salaud !
Bon, j’arrête les confidences. Je m’emballe, tu as pas besoin d’en savoir plus.
Les maffieux qui me cherchent sont d’un susceptible ! Il faut que je prenne un peu d’air. Ça te va comme discours ?
— Hmm ! Admettons. Qu’est-ce que tu veux faire, maintenant ? Tu as un plan ?
— Foutre le camp très loin, me faire oublier quelque temps.. Pour ça, il faut que, tu m’accompagnes jusqu’à la gare. Voilà le pourquoi du couple. Arrivés là, tu pourras me larguer, je pense que je les aurai semés. Alors ? Je paie d’avance.
Mathilde sort son petit carnet et note : 100 euros faciles avec ce cave qui meurt de trouille. C’est tout bon.

Le bruit de mes pas sur la passerelle de la gare, ça me rappelle la taule. De là, je surplombe les voies, j’ai une position idéale d’observation. Je prends mon temps : si jamais quelqu’un me suivait...
Bon Dieu, il me semble bien que mon vieux pote avait même prévu ça : je repère un guetteur qui se radine, pas de doute, je le reconnais bien.
Une seule chose à faire dans l’urgence, je cavale vers les quais, je bats des records. Mon cœur cogne.
Un train s’ébranle, je l’attrape à la volée et je jette un œil vers le quai : mon guetteur n’a pas pu monter. Je respire un peu et je m’installe dans un compartiment vide.

C’est pas la joie dans mon crâne ! J’ai une sacrée trouille. Se mettre à dos toute une bande de tueurs pour un malheureux vol de frivolités comme il disait, on peut dire que c’est pas mon jour ! La poisse me colle aux fesses ! Enfin, je suis à l’abri, on dirait.

Le train filoche maintenant dans la campagne. J’essaie de me décontracter. Quel sacré métier ! C’est jamais gagné d’avance. La preuve !
Mais j’ai pu m’en tirer quand même, et la frontière n’est pas loin. Je connais un passage...
Il doit me rester quelques biffetons pour payer mon billet, pas la peine de se faire remarquer par le contrôleur, en plus ! Le vent tourne.

Je fouille dans ma poche-révolver....
Bon Dieu ! Mon portefeuille ! J’avais bien senti que je perdais quelque chose pendant qu’on chargeait le bazar !

Et maintenant, pour échapper à la mafia, au contrôleur et aux fics, va falloir que je coure vite !
... Et loin !
... Et longtemps !
Oh oui ! Longtemps...
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