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Un Train pour la Vie.

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Max Delvo

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Le TGV n’est plus qu’à quelques minutes de Paris, le prochain arrêt sera celui qu’il a attendu pendant 70 ans et là il pourra enfin retrouver une partie de sa vie d’enfant en faisant la paix avec un passé qui à été sans concession.
Puis la rame ralentit sensiblement et le cœur de Charles bat au point de se rompre. Le train pénètre en gare, sur le quai la foule est dense et se presse en suivant le mouvement des wagons qui ralentissent et s’arrêtent ; Charles scrute la masse qui abonde et s’impatiente le temps que le train s’immobilise.
Le couloir central est long, trop long et ça n’avance pas ! Le quai apparaît et les marches sont franchies d’un bon. Dans la foule il cherche un visage, une silhouette qu’il ne connaît que par une simple photo reçu quelques semaines auparavant. Une voix l’interpelle, il se retourne tremblant et devant ses yeux, elles apparaissent ; Lydie, Margot et Sarah, ses trois sœurs rescapées et épargnées elles aussi par le sort. Il faut plusieurs minutes avant que ne soit prononcé un seul mot, de simples gestes, des regards embués et de longues étreintes, ponctuent cette rencontre inespérée.
Sa première expérience avec un train à laissée des souvenirs terribles dans la mémoire de l’enfant qu’il était alors. Charles n’avait que sept ans lorsqu’on l’a fait grimper dans un wagon à bestiaux.
Ce fut l’exode vers l’ouest de la France pour échapper à l’invasion des troupes allemandes.
Le petit garçon entouré de ses parents et de ses trois sœurs y trouvait d’abord un certain plaisir. Pour lui l’aventure avait de quoi exciter son imagination, ignorant de ce que le destin allait réserver au convoi qui ce matin de mai 1940, s’ébranlât direction le sud du pays. Seul restaient en mémoire le tactac caractéristique des tronçons de rails qui défilaient, le chahut de la voiture au passage des aiguillages et le silence des personnes qui l’entouraient. Quelques sanglots étouffés, des mines affligées et les regards fixant un point improbable étonnait l’enfant qui ne comprenait pas les raisons de tout cela.
Les arrêts dans les gares provoquaient alors l’indescriptible cacophonie d’une population excédée par la faim, la fatigue et la promiscuité. Tout se faisait au vue et au sus de tous le monde aucune intimité ne pouvait exister tant les personnes étaient collées les unes aux autres. Les gens âgés ainsi que les malades mourraient de fatigue et les femmes accouchaient dans ce capharnaüm avec la douleur de voir naître leurs bambins en de telles circonstances. Tous cela s’est imprimé dans la mémoire de l’enfant qui confronté à la dureté de cette vie, finit par se rendre compte que cette aventure n’était pas comme il se l’avait imaginé et qu’elle n’avait rien de ludique.

Après un nième ravitaillement, le train s’était remis en marche et avait repris sa course routinière, le trajet allait encore être long avant d’arriver à destination. Le convoi souvent était arrêté en gare pour laisser passer des trains de marchandises et des convois militaires naturellement prioritaires. Le temps alors paraissait figé, on descendait pour se dégourdir les jambes ou voir des voisins, eux aussi regroupés un wagon, plus loin.
Mais ce jour là, allait définitivement changer le destin de ce garçon.
Vers 11.oo heures du matin, se fit entendre le hurlement strident des sirènes de quelques Stukas en piqué. La panique fut totale dans le wagon surpeuplé, les hommes s’acharnèrent à ouvrir la grande porte coulissante criant à tue-tête l’ordre de se coucher au sol. Pris en enfilade le train fut transpercé par les balles qui s’abattirent en provoquant d’énormes trous béants. En quelques secondes, ce fut un carnage dans cet espace réduit de quelques mètres carrés à peine. Ceux qui étaient en mesure de fuir sautèrent sur les voies, chutant violemment dans les fossés avoisinants. Les moins valides acceptèrent impassibles leurs destinées et furent fauchés par la rafale suivante.
Une main agrippa le col du petit parmi les cadavres éparpillés et l’extirpa sans ménagement hors de l’amas de corps empilés les uns sur les autres. Puis se fut la fuite à travers champs, tandis que derrière eux s’élevaient les flammes et les volutes de fumée acres, provoquées par les explosions. Dans le terrifiant hurlement des moteurs d’avion, on courut quelques kilomètres au hasard puis un fermier accueillit l’homme et l’enfant en leurs prodiguant les premiers soins ; une large plaie à la cuisse provoquée par un éclat de bois qui s’était plantée dans la chair du sauveur de Charles et une plaie au cuir chevelus pour lui.Il est curieux de voir que la douleur dans de telles circonstances n’a aucun effet ; elle ne se réveille que bien plus tard quand le cerveau réagit au faîte de ce qui vient de se produire. Charles faisait désormais partit de 90 000 enfants égarés ou disparus pendant cette exode. Ignorant de ce que sont devenus ses parents et ses sœurs il fut recueillit par une famille qui tentât avec beaucoup de patience et de conviction de lui redonner une vie acceptable.

Pendant des années dans les communes avoisinant le lieu du drame, il cherchât à glaner ça et là des renseignement,. Mais aucune information ne put corroborer les estimations qu’il s’était fait sur la probabilité de survie de l’un des membres de sa famille. Pas le moindre indice, rien qui puisse conforter ses espoirs. Charles finit par capituler il se mariât et les enfants naissants firent le bonheur du couple. Puis un jour grâce aux technologies modernes, Charles put retrouver les siens et combler le vide de toute une vie. Il reste toutes fois une ombre au tableau, puisqu’on n’a jamais put retrouver la tombe de leurs parents.

C’est là, sur ce quai de la gare de l’Est, qu’ils se sont retrouvés et 70 ans avaient passés.
La vie de ces enfants à été bouleversée par un voyage en train et la folie des hommes. C’est un autre train les à réunis pour toujours sur ce quai, après un ultime arrêt.

PRIX

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Virgo34 · il y a
Un récit plein d'émotion qui nous tient en haleine jusqu'à la fin.
Mon pantoum est en finale. Je vous invite à aller le relire Merci.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/reve-dailleurs-pantoum

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Patrick Peronne · il y a
Je me souviens de Walther dont j'ai lu l'histoire ce week-end. Une période du XXe à laquelle vous semblez attaché. C'est bien.
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Max Delvo · il y a
Voyez vous Patrick, ce n'est pas que j'y soit particulièrement attaché, mais ce qui me pousse à écrire ou décrire ces histoires qui sont arrivées, c'est que ceux qui me les ont racontés, ne sont plus de ce monde et que je me suis promis d'en porter témoignage ou et quand je le pourrais; aussi je vous remercie de votre lecture et de votre intérêt.
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Miraje · il y a
Douloureux souvenirs qui ne peuvent laisser indifférent.
(De mon côté, je t'invite à prendre le R.E.R de 6h12 ... http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/au-prochain-arret)

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Elena Hristova · il y a
le train-fantôme qui finira toujours par revenir
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ces belles retrouvailles ! Mes votes ! Je vous invite à découvrir “ De l’Autre Côté de Notre Monde”qui est en lice pour la Matinale en Cavale. Merci d’avance et bonne soirée!
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Max Delvo · il y a
Merci Keith, au plaisir de vous lire !
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Keith Simmonds · il y a
Mes remerciements, Max !
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Nualmel · il y a
Récit émouvant. Il ne faut pas oublier. Ces trains de la mort.
(Dommage pour quelques coquilles relevées pendant ma lecture. Je crois qu'on peut demander une correction à l'équipe de short après publication...)
Mais cela n'a pas affaibli ma curiosité et mon envie de lire cette histoire jusqu'à la fin...

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Max Delvo · il y a
Merci de votre appréciation, on vient en effet de m'informer de cette possibilité que je soupçonnais pas, j'ai écris ce texte ce matin là en quelques minutes sans avoir un instant de répit pour relire ou corriger, le résultat est décevant; merci à vous !
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Jean Calbrix · il y a
Pour le devoir de mémoire. Merci, Max ! +5
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Max Delvo · il y a
Très honoré Jean, merci !!
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Zazinette · il y a
Très bien écrit mon vote
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Max Delvo · il y a
Merci !
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Françoise Grand'Homme · il y a
Du train de la mort au train de la vie, Charles est un témoin de la barbarie.
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Max Delvo · il y a
Partir sur les routes à cette époque là, constituait un risque vital et une sorte de loterie dont la roue tournait chaque jour suivant, merci de votre lecture. bonne journée;
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Marie · il y a
La simplicité de l'écriture au service d'un souvenir traumatisant et d'une fin réparatrice. Un épisode de l'histoire qui reste éprouvant, même 70 ans plus tard.
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Max Delvo · il y a
merci Marie !
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