Un tableau lunaire

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La lune est là, toute ronde et blanche au-dessus de moi. Elle est là pour les loups, les fous,les âmes errantes. Mais qui a dit qu'elle rendait fou ? Elle est là, c'est tout, mystérieuse de l’attraper. La lune est joyeuse, elle se moque, de qui, de quoi ? Des âmes trop sensibles, de ceux qui oublient de dormir, des assassins noctambules. Elle est là, tout en haut. Les rêveurs n'ont qu'à bien se tenir.

Par une nuit de pleine lune, Pierrot s'enfuit de la forêt bleue, il tient par la main sa colombine, son amour interdit. Mais la lune haut perchée sait tout, elle a tout vu, tout entendu. Alors elle brille au-dessus des grands arbres, éclairant les deux amoureux dans leur fuite. Ce n'est qu'un tableau mystérieux où des arbres bleus ressemblent à une vraie forêt, où Pierrot et Colombine, main dans la main, protégés par la lune blanche s'évadent pour se cacher dans la vraie vie.

C'est au creux de cette nuit que je suis partie, loin, je voulais fuir ces grands arbres. Je cherchais la rivière promise . Un homme m'attendra près de la barque. Qui me l'a dit ? La lune éclairait mon chemin et j'avançais pas à pas. Elle a une belle âme ma douce lune, elle ne me mentira pas. J'ai longé la rivière. La lune toute blanche est tombée au fond de l'eau. Je plonge ma main, j'essaye de la capturer, mais elle se faufile entre mes doigts comme un poisson d'argent. C'est alors que j'aperçois la barque. L'homme, immobile, m'attend. Je sais que c'est lui, ce ne peut être que lui. Je m'approche, sereine, mais la lune s'est mise à trembler, sa faible lumière vacille. Soudain je ne suis plus certaine de vouloir partir. Aller sur l'autre rive ? J'ai des craintes maintenant, si c'était lui, l'assassin de la nuit ? Peu à peu la lune s’éteint, je distingue à peine l'homme qui m'attend, qui me veut du mal. Alors je me suis éloignée et j'ai repris mon chemin en avançant lentement, trébuchant sous la faible clarté lunaire. Au détour du chemin j'ai aperçu une petite cabane en bois, peut-être que des enfants avaient joué ici à l'abri des hommes ? Doucement je me suis approchée de l'ouverture écartant quelques branchages. Pierrot et Colombine m'attendent, cachés, à l'abri du soleil et de l'homme de la rivière.

C'est ainsi que la lune m'a guidée. Désormais je ne crains plus les forêts qui emprisonnent, ni ce soleil qui aveugle. Comme Pierrot et Colombine j'irai me cacher dans le tableau. Vous pouvez chercher, vous ne me verrez pas. Je suis ici, je suis ailleurs. J'ai trouvé mon chemin de nuit loin des hommes et du soleil. Mais sans doute faut-il être fou pour aimer la lune ?

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Dimaria Gbénou · il y a
Bien.