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Un soleil chaque jour

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Yoann Bruyères

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Tes rêves s’éveillent, s’échappent de ton corps endormi. Les yeux encore paresseux, tes pensées s’animent malgré tout, doucement. Rien ne presse. Sauf elle. Son corps qui te pousse, non pas pour t’éloigner, mais pour mieux se blottir contre toi. Tu es son cocon d’un instant, un instant qui s’étire dans la nuit.
Toi aussi tu t’étires, un bras qui se déplie, un doigt qui danse, la vie qui circule. Et puis le frais du matin qui vient envelopper ta peau. Un rappel suffisant pour prolonger la trêve, celle qui sépare l’avant de l’après, le douillet du réel. Il est trop tôt pour avoir froid.
Ton bras l’entoure, ce doux contact tellement vécu et pourtant si nouveau à chaque fois, tellement plein de ce qui n’a pas de mot, ou peut-être bien un seul : l’amour. Ta peau contre elle, c’est arrêter l’écoulement du sablier, déserter la seconde qui va suivre, négliger celle qui vient de s’écouler. C’est une pause dans ton être. Vous êtes comme deux notes en harmonie, ce silence musical résonne en toi telle une vibration figée, une onde qui t’emplit sans jamais refluer. Cette vague de plaisir sans ressac, c’est tout ce qui fait sens à cet instant.

Dehors la lumière cherche à entrer. À travers les persiennes et les voiles clairs, tu sens le jour qui reprend son cours. Qu’importe ce temps qui souhaite s’échapper, les vagues se prolongent. Elles font écho à la véritable mer, là-bas, derrière ces murs, celle qui porte cette odeur si spéciale jusqu’à ton corps qui se ravive. S’y mêle le bruit des mouettes, et les images se créent. Tu n’as pas besoin d’ouvrir les yeux pour les voir. Le rêve est plus réel que l’authentique.
Ce calme qui accompagne l’étendue d’eau, ce rythme lent qui t’envahit, accordé au bruit des vagues. Les arêtes blanchies qui, bientôt, scintilleront de la lumière d’une aube qui se termine, mais se font encore discrètes. Et qui avancent. Lentement. Sûres.
La mer vient à toi, et tu ne sais plus si tu es encore sur terre. Là-bas, déjà, l’immensité t’enlace. Tes yeux noyés dans l’horizon, tes jambes se couvrent en rêve, l’eau est fraîche mais les rayons du jour saoulent ton visage. Le temps, une fois de plus, se distend. Il s’apaise. Fraction par fraction, tes muscles suivent la cadence, ils s’allègent.

Elle remue un peu, pousse un soupir. Ce petit être contre toi te ramène là où tu es vraiment. Sous cette couette, en phase avec le jour qui se révèle, dans ton corps de femme. Un corps avec son histoire. Les années ont passé, les levers de soleil se sont succédé. À cette même place, sous cette même couette. Contre ce même petit corps chaud et endormi.
Le temps ici n’érode rien. Les saisons qui défilent derrière la fenêtre, la chaleur de l’été comme le confort de la couette en hiver, ses yeux grand ouverts quand elle entend les oiseaux et son abandon quand tu la prends dans tes bras. Ta vie qui change, et sa vie à elle qui suit tes pas, où que tu ailles.
Votre lien, cet amour, est d’un autre univers. Un univers où rien ne se transforme, hors du temps. Elle contre ton corps, c’est une certitude qui n’aura pas d’épilogue.
« que tu as grandi
... que nous avons grandi »
Tu te souviens. Votre première rencontre, un samedi d’été, tu avais d’autres projets ce weekend-là, une fête. Ces souvenirs se font petits, mais en ressort ce moment, en très grand, quand tes yeux se sont posés sur elle. Le chemin improbable qui t’a mené à cet évènement reste flou, les sentiers que tu n’as finalement pas foulé ce jour-là s’effacent, à l’opposé de ce souvenir particulier qui grandit : la première fois que tu l’as vue.
Une lumière jaune baigne cette image, d’une chaleur un peu écrasante, néanmoins réconfortante. En fond, les cigales, savoureuse ambiance de délassement. Les gens qui étaient là perdent consistance, ils font à peine partie du décor. Se dégage avant tout de ce tableau sa petite bouille, l’innocence de ses yeux et l’étonnant contraste entre sa fragilité manifeste et la vivacité pleine de force qui brille dans son regard. Une douce mais farouche vitalité.
Puis ce contact de sa tête dans ta main, son corps qui épouse tes bras et la tendresse immédiate qui te submerge. Une décharge, le lien se crée. Une connexion qui, quelle que soit sa durée, pourtant assurément éternelle, laissera une trace ineffaçable dans ta chair. Soudain dans cette petite bulle englobant ton univers, tu n’es plus seule, elle sera toujours là, quelque part dans tes pensées.

Du fond de ton lit, tu perçois la canicule qui aimerait s’imposer. Mais la fraîcheur de l’aube lui tient tête. C’est un moment nouveau qui se crée chaque fois que le soleil se lève. Les rayons percent leur chemin, la journée s’éclaire. Tout contre toi, elle se réveille à son tour. Tu passes ta main dans sa fourrure, et tout en étirant ses pattes elle se met à ronronner. Il n’y a décidément pas de meilleur moyen d’abandonner ses songes pour une chaleur de vie bien palpable.

PRIX

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MCV · il y a
C'est très habilement tissé. Quelques indices passagers, pour que la chute ait l'air tout à fait naturelle. Bravo!
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Yoann Bruyères · il y a
Merci :)
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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo, Yoann, pour ce récit bien mené avec sa belle chute !
Grâce à vos votes, “le lys des vallées” est maintenant en FINALE pour
le Grand Prix Automne 2018 ! Une invitation à renouveler votre soutien
si vous l’aimez toujours ! Merci d’avance et bonne journée !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-lys-des-vallees

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Chantal Sourire · il y a
Jolie chute féline, j'aime beaucoup !
Je suis en lice automne avec un TTC, la maîtresse, si le coeur vous en dit...

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Yoann Bruyères · il y a
Merci ! J'ai déjà lu et beaucoup apprécié votre texte, bonne chance !
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Chantal Sourire · il y a
Alors merci à nouveau !
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Potter · il y a
Une très belle histoire d'amour, félicitations !!!!
N'hésitez pas à venir jeter un coup d'œil à mon dessin Poudlard

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Florence Bourbon · il y a
Quelle chute, quelle surprise. Quoi qu'elle soit j'envie les mots que vous avez pour elle;)
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Yoann Bruyères · il y a
J'avoue que je me suis mis dans la peau de quelqu'un d'autre pour ce texte ;-) d'où l'emploi de la seconde personne, merci beaucoup !
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Chantal Noel · il y a
Merci pour ce joli moment de lecture.
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Yoann Bruyères · il y a
Tout le plaisir est pour moi :)
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Emsie · il y a
Et voilà, je suis encore passée à côté d'un texte pour lequel j'aurais voté avec grand plaisir ! Vous avez délicieusement semé le trouble avec ce "elle", jusqu'à la chute ! Et j'aime beaucoup cette écriture délicate, sensuelle et sensible… Bravo, vraiment.
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Yoann Bruyères · il y a
Merci !
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Jenny Guillaume · il y a
Très réussi, j'ai supposé plein de choses au fil de la lecture et le final m'a fait sourire. J'ai aimé votre description très fine de l'instant, c'était chouette d'arrêter le sablier avec vous :)
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Yoann Bruyères · il y a
Ravi que ça crée un bon moment :)
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Jenny Guillaume · il y a
Je vais prendre le temps de lire vos autres textes, à bientôt :)
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_theblowersdaughter_ · il y a
J’ai aimé de la première ligne à la dernière! Merveilleux moment, comme si on y était! Merci! :)
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Yoann Bruyères · il y a
Merci à toi !
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Zurglub · il y a
Chouette texte ! Ça fait du bien de lire quelque chose comme ça
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