Un sac à dos un peu trop lourd

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En compétition

Romancier et poète, mon besoin d'écrire est maintenant vital depuis que je suis à la retraite. J'ai trouvé l'initiative de short édition très originale et qui colle parfaitement à notre temps  [+]

Image de Été 2020

Je me promène dans la forêt avec un sac à dos chargé de solitude. Il pèse de plus en plus sur mes épaules, à mesure de ma progression dans une végétation dense et fournie. Celle-ci m’accueille à l’instar d’un étranger, m’empêchant d’avancer à ma guise, comme si elle souhaitait m’éloigner. Ma famille m’a relégué, mes amis m’ont quitté, et si même cette futaie me refuse, que vais-je devenir sinon ce spectre qui sombre dans la bruine pour rejoindre son gibet ?

Les arbres me toisent de leur hauteur, les buissons me griffent, et les oiseaux se moquent de moi en émettant des rires ironiques depuis la canopée. Mes chaussures s’enfoncent dans un humus humide, et font un bruit de succion à chaque pas. La sensation de marcher sur un sable mouvant qui ne demande qu’à m’absorber, m’engloutir totalement dans une tombe marécageuse dans laquelle je me noierais en silence.

Je pourrais me débarrasser de ce sac. Le lâcher là, par terre, posé sur un lit de feuilles pourries, mais je m’y refuse. Pas question d’abandonner ma solitude. La seule compagne qui me survit, même si elle est trop présente, pesante et prégnante. Sans elle, il ne me resterait que le reflet de mon âme qui se perdrait dans le halo de ma détresse. Je serais obligé de la regarder en face, de l’assumer avant qu’elle ne m’envahisse, qu’elle ne grignote chaque parcelle de mon essence, comme un champignon ronge peu à peu l’écorce des chênes qui m’entourent.

Alors, le dos courbé, le pas alourdi, le souffle court, je persévère tant bien que mal, continuant à me battre contre les éléments, écartant toutes les branches qui contrarient mon passage. Je ne sais pas pourquoi je poursuis ce chemin qui ne mène nulle part, mais un sentiment tout puissant m’anime, une énergie que je puise au plus profond de mes entrailles, sans que ma conscience y soit pour quelque chose. Alors, j’avance, j’avance en espérant un événement, une existence ou bien une clairière.

À peine ai-je évoqué cette possibilité qu’elle se découvre devant moi, ouverte, lumineuse, prête à m’accueillir. En son centre, un rocher plat m’attend, et je m’empresse de m’y installer en déposant mon havresac à mes pieds. Une douce quiétude m’envahit aussitôt, comme si un élixir de jouvence, envoyé par des elfes bienveillants, m’avait enveloppé de sa fragrance et de son pouvoir. Mon angoisse, la mélancolie qui m’avait submergé, et mon mal-être se sont envolés à l’instar d’un brouillard qui se dissipe sous les rayons du soleil.

Je reste ainsi une heure à contempler tout ce qui m’entoure, à écouter respirer la nature, à humer tout ce que la vie peut exhaler. Une volée d’hirondelles m'observe en zébrant l’azur, un écureuil s’aventure près de moi et même les arbres ont l’air de se pencher pour entendre mon cœur.

Rassasié par cette eucharistie partagée, je décide de repartir, sachant que le crépuscule ne devrait pas tarder. Je me lève alors et saisis mon sac à dos. À ma grande surprise, celui-ci est devenu beaucoup plus léger, s’étant libéré de tout le poids de ma solitude que je laisse aux farfadets dont je devine le souffle à travers la brume qui commence à envahir la clairière.

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RAC · il y a
Très évocateur ce texte. "Libéré, délivré" ?!
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Gérard Muller · il y a
Merci RAC. Délivré bien sûr
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Keith Simmonds · il y a
Une plume superbe pour cette balade allégorique, Gérard !
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Gérard Muller · il y a
Merci Keith pour ce commentaire envole
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Fabienne Luisa · il y a
Ces quelques mots m’ont promenée entre deux états que je reconnais. Vous les avez décrits avec beaucoup de poésie. Merci d’etre un guide vers la lumière!
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Gérard Muller · il y a
Merci Fabienne. Je ne suis qu'un simple messager.
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Zouzou · il y a
Mes voix pour ce sac à dos allié de tous les marcheurs solitaires !
En lice poésie, si vous aimez...

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Gérard Muller · il y a
Merci Zouzou, j'ai voté pour votre "Magie"
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Fred Panassac · il y a
Un texte bien écrit, une promenade symbolique qui retrace l’existence, en employant une métaphore chère aux voyageurs au long cours, jamais seuls malgré les apparences.
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Gérard Muller · il y a
Merci Fred pour ce commentaire éclairé
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jc jr · il y a
J'ai bien aimé ce sac, qui pèse sur ce cheminement sans but, combattant une nature agressive. Qui ne l'a jamais ressenti ? On ne peut pas s'en débarrasser, mais quand on arrive à l'accepter, c'est là qu'il gagne en légèreté et change le regard sur l'extérieur.
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Gérard Muller · il y a
Merci JC. La solitude a été magnifiquement chantée par Barbara et Moustaki
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Ombrage lafanelle · il y a
Belle métaphore de cette chose trop lourde à porter qu'on se trimballe des fois contre son gré. La nature a des vertus et elle aide à se sentir moins seule... Bravo pour ce joli texte ponctué de subtils descriptions
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Gérard Muller · il y a
Merci Ombrage. J'ai voté pour votre "trop"
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P.Y. Bossman · il y a
La nature a effectivement ce pouvoir régénérateur puisque nous n'en sommes que les enfants. Nous, espèce humaine, n'avons jamais cessé d'en être qu'une petite partie, que nous le voulions ou non. SI nous l'oublions, nous nous séparons de nous-même. Nous nous coupons en deux.
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Gérard Muller · il y a
Merci PY. Vous avez tout à fait raison, nous ne sommes qu'un élément de nature indisociable du reste.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Une immersion dans la nature qui est toujours bienveillante et accueille tous les cœurs .
Une belle page poétique .

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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Si cela était toujours possible ? doux rêve, j'ai aimé, une visite sur mon site peut-être ? merci
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Gérard Muller · il y a
Merci Daniel. J'ai voté pour votre maman
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Daniel Grygiel Swistak · il y a
Merci beaucoup

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