Un regard

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Je suis une enfant unique issue d'un milieu aisé. J'ai fait mes études à l'Ecole publique jusqu'en 6ème puis dans des écoles privées et j'ai terminé mon parcours scolaire avec un BTS. J'écris  [+]

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«Le plus beau sentiment du monde, c’est celui du sens du mystère, celui qui n’a jamais connu cette émotion, ses yeux sont fermés» EINSTEIN

Yvette P rentra dans ce restaurant, à Midi. Elle appréciait son ambiance conviviale et sa cuisine simple, copieuse et servie rapidement.
Après son repas, elle pourrait encore se promener avant la fin de son une heure et demie de pause. Yvette aimait ces moments de liberté où elle laissait son esprit flotter. Elle ne pensait à rien d’autre qu’à son plaisir.
Elle s’assit à une table pour une personne, au fond de la salle. Rapidement, le serveur vint pour prendre sa commande : comme d’habitude, le plat du jour et un dessert. Elle put commencer à manger quelques minutes après. Pendant son repas, elle ne cessa de regarder autour d’elle. Son imagination l’amena à rentrer dans la vie de ses voisins de table. Le jeune homme qui lisait son journal était fiancé et riche. Il pensait avoir enfin trouvé la perle rare. Le couple qui venait d’entrer, mangeait ensemble mais ne trouvait rien à se dire comme les vieux couples qui ne s’entendent plus. Quand ils se disaient quelque chose, c’était d’une platitude à faire pleurer ou rire, cela dépendait. Un jour, elle vit rentrer un vieux monsieur, bien habillé. Elle ne l’avait pas vu avant. Des cheveux mi-longs grisonnants lui encadraient le visage. Des yeux gris firent le tour du restaurant, puis se plongèrent pendant une seconde dans les siens. Elle put le contempler à loisir. La salle devint une forêt. Sa serviette de table, un tapis moelleux de feuilles mortes et les voix de ses voisins et voisines, un gazouillis d’oiseau. Ils étaient enlacés, dévêtus. Ils s’aimaient tendrement. Son corps frémissait sous les caresses de cet homme plus âgé qui l’embrassait. Il lui titilla les tétons, puis doucement descendit sur son corps. Plus il l’embrassait, plus elle se sentait bien. Quand il fût arrivé là où tout peut se passer, ce fût l’extase. Dans sa tête, c’était comme un ouragan orgasmique. Tout son esprit restait concentré sur cette pensée pendant que son corps se nourrissait du plat du jour, excellent comme toujours. L’homme souriait et avait commencé lui aussi son repas. Yvette était bien. Elle ressentait quelque chose de très fort même si ce n’était pas partagé. Cela n’était que dans sa tête. Sa réalité de vie bien rangée de secrétaire dans un cabinet d’architecture lui pesait. Ses rêveries quotidiennes lui donnaient l’impression d’être libre et heureuse, de vivre sa vie telle qu’elle la désirait. Travail et dodo ne lui convenaient pas. Elle était passionnée. L’amour représentait pour elle une licorne, un phœnix, un oiseau lyre. Elle ne pouvait se contenter du regard qu’elle recevait des hommes. Derrière tous ces regards intéressés par sa poitrine – d’ailleurs jolie - elle ne voyait que lubricité et malveillance. Elle serait le kleenex qu’on jette, une expérience vite consommée et vite oubliée. Elle désirait plus, le grand amour, celui qui avait une majuscule, qui durait, qui était pensé et partagé. Se donner oui, mais à celui qui serait son élu, qui correspondrait à un désir réfléchi, partagé et responsable. Un désir est par définition fugace et vain, mais c’est comme cela qu’elle voulait être aimée.
L’œil ne voit que le dixième du visible. Pour appréhender l’autre dans sa dimension d’humain pluriel, il faut pouvoir le regarder avec son cœur, avec son âme. Yvette avait cette aptitude. Elle ne s’en servait que pour se distraire.
Son repas terminé, elle paya et sortit, la tête encore encombrée de ses rêves. Elle ne vit pas arriver la voiture qui la heurta brutalement mais pas mortellement. Le choc lui causa un grave traumatisme crânien. Des clients du restaurant sortirent ainsi que le monsieur qui mangeait en face de sa table, pour lui porter secours et appeler les urgences. Il s’avéra que ce monsieur, avec qui elle avait fait l’amour en rêve, était un neurochirurgien de renom. Il accepta de lui sauver la vie en l’opérant d’urgence et gratuitement. Il lui dit plus tard, quand elle sortit du coma, qu’il avait ressenti quelque chose, au restaurant, qu’il lui avait fait du bien. Il pressentait que cette douce brise dans cette vieille âme venait d’elle. Il en avait été profondément ému et il voulait la remercier. Ils devinrent de bons amis, chacun dans sa vie, l’un avec sa femme et ses enfants, et l’autre avec ses rêves et sa bienfaisante empathie.

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Arlo G · il y a
Excellent TTC écrit avec beaucoup de brio. Le vote d'Arlo qui vous invite à découvrir ses deux poèmes *sur un air de guitare* retenu pour le prix hiver catégorie poésie et "j'avais l'soleil au fond des yeux"en finale de la matinale en cavale. Bonne journée à vous. http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/javais-lsoleil-au-fond-des-yeux
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CathyH · il y a
merci weesos !
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J. Chablik · il y a
Du rêve à la réalité, des fils se tissent. +1
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CathyH · il y a
merci dolotarasse !
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Dolotarasse · il y a
Une belle rencontre qui se termine par une amitié. La lecture de votre texte est agréable. Mon vote.
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CathyH · il y a
Merci de votre commentaire.
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CathyH · il y a
Merci beaucoup pour ton commentaire Patricia.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Si vous avez une minute "à perdre", un avis sur mon texte est toujours précieux. Merci. Bonne journée.
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/comme-chiens-et-chats-2
Petit "truc" qu'on m'a donné quand j'ai publié mon texte : pour que quelqu'un soit averti qu'il y a une réponse à son commentaire, il faut cliquer sur le mot "répondre" juste sous le commentaire ( j'aime . répondre), une case décalée apparaît.

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CathyH · il y a
J'ai lu votre histoire et cette amitié entre animaux est très plaisante à lire et rafraichissante en ces temps de morosité. Vous avez mon vote. Merci pour votre petit truc !
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Patricia Burny-Deleau · il y a
De rien, je ne fais que transmettre, merci pour le vote. Bonne journée.
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une belle histoire qui rend au rêve son vrai rôle : ensoleiller le quotidien. Une belle rencontre amicale... et vitale! Je vote.
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CathyH · il y a
merci pour ton commentaire
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Jean Calbrix · il y a
Une belle histoire qui aurait pu tourner au tragique et qui finit bien. Bravo, Cathy, pour ce texte que l'on déguste comme un bon repas avant d'autres agapes quelque peu érotiques ! Vous avez mon vote.
J'ai un fauteuil qui chuchote des souvenirs coquins à l'oreille, ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/le-fauteuil-rimbaldise

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CathyH · il y a
merci de ton commentaire,keith