Un peu d’animation entre Lozère et Le Guichet

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Une passion pour l’écriture, souvent en ateliers. Mon genre préféré est le texte court. "Choper" un personnage, lui mitonner une petite tranche de vie... J'éprouve un grand plaisir à  [+]

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Écrivain amateur, j’aime saisir au vol les conversations d’inconnus afin d’en faire mon miel.
Assise dans le RER, après une soirée de travail, hélas alimentaire, bercée par le roulis, je commençais à somnoler.
A l’arrêt Lozère monte une femme qui me fait immédiatement quitter cette douce langueur.
Elle parle toute seule, avec animosité, sans même remarquer les regards courroucés des voyageurs.
Toute seule, pas vraiment, mais son interlocuteur n’est concrétisé que par une oreillette et un fil qui disparaît dans son sac.
Son interlocuteur est au moins à l’abri des coups, pour l’instant !
En effet, notre passagère en est arrivée à un tel niveau de colère qu’elle en bégaie, qu’elle suffoque.
Sûr que flanquer une bonne claque à la personne qui la met dans cet état lui procurerait un soulagement immédiat. Il n’est pas certain que cela règlerait le problème qui les oppose mais à court terme... A moins que, si c’était elle qui était souffletée ou qui recevait un seau d’eau fraîche sur la tronche...
Oh ! Mais je m’emballe, où sont mes beaux principes de non-violence ?
Comment faire cesser ces vitupérations, comment apaiser ce débat ? D’ailleurs, le débat, sur quoi porte-t-il ?
Maintenant, dans la rame, le courroux a été remplacé par de la curiosité, sur le visage des passagers.
Le couple assis en face de moi fait des hypothèses à voix basse :
« Tu crois qu’elle parle à son mari ?
- Non, plutôt à quelqu’un qui est en train de l’escroquer.
- Remarque que ça peut bien être son mari qui l’escroque ou son ex-mari ! »
Ah, ma foi, il y a du mieux, on dirait qu’elle l’écoute maintenant. Elle reste bien trois secondes sans parler. L’interlocuteur aurait-il trouvé les paroles justes ?
De plus belle, elle assène un : « NON NON ET NON, ÇA FAIT AU MOINS CENT FOIS QUE JE TE DIS QUE JE NE VEUX PAS ! »
Derrière mon siège, j’entends :
« Elle ne veut pas quoi ?
-T’as qu’à lui demander !
- T’es fou, c’est une tigresse, cette bonne femme, j’ai pas envie qu’elle me saute dessus ! »
« ALORS ÇA, DANS TES RÊVES ! TU VOIS, JE SUIS DEVANT LE COMMISSARIAT ET JE VAIS RACCROCHER POUR Y RENTRER ! »
« Menteuse !!!!!!!!!!!! » s’exclament plusieurs passagers en chœur.
Objectivement, ce mensonge éhonté fait basculer plusieurs passagers dans le camp de l’interlocuteur invisible.
« Tu parles d’une chieuse, confie un ado à son pote
-J’comprends qu’il en ait ras l’bol, l’autre »
Le RER ralentit, elle se lève, les portes s’ouvrent, arrêt : Le Guichet
« JAMAIS, JAMAIS, TU M’ENTENDS BIEN... »
Mais nous, nous ne l’entendons plus, les portes du RER se sont refermées.
Tous les regards des voyageurs, un peu tristes et déçus de ne pas connaître la suite, la suivent un instant.
Le RER redémarre.
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