Un nouveau départ

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Je connais depuis longtemps le plaisir de lire. J'ai eu envie de partager le plaisir d'écrire  [+]

Image de Automne 2017
Mon cœur palpite, mes mains sont moites et pourtant je grelotte, je ne cesse de grelotter et mes dents s’entrechoquent avec une régularité imparfaite.

Je tente de respirer profondément pour me calmer mais l’air glacé me brûle les poumons. Je sautille, me cogne, je suis serré, près, trop près de tous ces inconnus.

Certains se protègent du froid enveloppés dans des sacs poubelle, d’autre ont la chance de posséder des couvertures de survie dont la matière dorée donne une éclat particulier à cette matinée froide et pluvieuse.
Le mélange des odeurs me donne la nausée, des jus de fruits, des déodorant pour homme trop musqué, une banane rance, un café froid... J’ai un haut le cœur.

Le vent siffle dans mes oreilles, inlassablement, il souffle et me rappelle sa puissance. Il est face à moi, contre moi lui aussi, et va m’obliger à redoubler d’effort, je ne peux l’ignorer.

Je connais le chemin à parcourir, il est long, difficile, avec une terrible montée de plusieurs kilomètres qui oblige certaines personnes, régulièrement, à abandonner, épuisées et endolories. Leur parcours s’arrête là, le long de cette route, repoussant leur rêve d’une année supplémentaire, au minimum.
Il y aura, aujourd’hui encore, des oubliés de l’aventure, des larmes qui couleront dans cette montée, des blessures et des douleurs insoutenables qui contraindront des hommes et des femmes à abandonner. Je prie discrètement pour que je n’en fasse pas partie.

Je regarde autour de moi : des jeunes, des personnes âgées, un jeune homme handicapé, sans bras, une femme luttant contre une maladie orpheline... Des hommes et des femmes de toutes religions, de tous âges, ayant le même objectif, souhaitant toutes se rendre au même endroit...

L’arrivée est belle, paraît-il, il y a, là bas, de jolis bateaux, des terrasses élégantes, des boutiques de luxe et, pour certains, des proches qui les attendent, croyant en eux, les soutenant, quelques uns auront même un appareil photo pour immortaliser l’instant...
J’espère pouvoir voir cela, le vivre à mon tour. Personne ne m’y attend, je tente l’aventure seul mais l’espoir est vif...

La foule se resserre, je piétine des détritus, des bouteilles vides, des sacs plastiques, de vieux tee-shirts. Un mouvement se crée dans le goulet, je suis projeté le long d’une barrière métallique. Je me ressaisi, me redresse, ils ne partiront pas sans moi, je dois me frayer un passage, suivre cette foule et m’en extraire, prendre un peu d’avance...

Je souffle longuement une dernière fois, le moment est venu, enfin...

Les hauts parleurs crépitent, un horrible larcen me déchire les tympans et le décompte commence :

« 10,9,8,7,6,5,4,3,2,1... Et, c’est parti! Cette année, ce sont encore plus de 15 000 coureurs qui participent à la 39ème édition du Marseille-Cassis ! 15 000 coureurs qui vont affronter les 21 kilomètres de notre course emblématique ! Bonne chance à tous ! »

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Image de Randolph B.
Randolph B. · il y a
C'est exactement cela ! Vive le Marseille-Cassis !
Image de caroline Kruse
caroline Kruse · il y a
J'aime beaucoup cette description de l'ascension de la foule, comme une métaphore de l'espoir.

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