Un mauvais sort

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En des temps lointains, vivaient un maharaja et sa fille unique, Naisha. Pour pallier aux problèmes financiers du royaume, le maharaja souhaitait marier son héritière à un riche prince étranger. Ce dernier avait favorablement répondu à l’invitation du souverain à venir dans son palais, prêt à rencontrer Naisha. Mais la jeune femme refusait catégoriquement l’idée de se marier avec un homme qu’elle ne connaissait pas.
- Je n’épouserai jamais ce prince pour des raisons diplomatiques ! cria-t-elle furieusement à son père. Si je me marie un jour, ce sera avec un homme que j’aime et que j’ai choisi. Je ne veux même pas en entendre parler.
Alors qu’elle retournait calmer sa colère dans ses appartements, son père soupira. Sa fille ne comprenait décidément rien à la politique.

Naisha, désespérée par l’attitude de son père depuis que sa mère n’était plus de ce monde, courut se réfugier auprès de son seul ami, un vieux magicien qui vivait reclus dans les collines. La légende racontait que l’homme était fou et personne n’osait l’approcher, pourtant la princesse intrépide le côtoyait en secret depuis son plus jeune âge. Ses nombreux pouvoirs l’impressionnaient toujours, mais sa particularité restait de donner la parole aux animaux. Ainsi, la fille du maharaja était constamment entourée d’une animalerie aussi bavarde qu’attachante.

Mais aujourd’hui, elle venait pour une toute autre requête.

- Si je ne fais rien, mon père m’obligera à prendre ce prince pour époux. Je t’en prie, jette un sort à cet homme pour que sa vie devienne si pénible qu’il s’en retourne chez lui !
- En es-tu bien sûre ? demanda le magicien.
- Oui !
- Alors qu’il en soit ainsi. Le prince étranger sera bientôt un prince maudit.

Naisha passa les jours suivants dans les jardins à s’occuper de ses animaux enchantés. Elle leur parlait, jouait, inventait sans cesse de nouvelles idées pour les amuser. Ce qu’elle ignorait, c’est que le prince la contemplait, dissimulé derrière un buisson. Peu à peu, en l’observant, il tomba amoureux d’elle. Sa générosité, sa compassion, sa douce folie et son incroyable énergie le firent succomber pour la jolie brune si spéciale.

Et puis, brusquement, une série de catastrophes s’abattit sur le prince. Parti en promenade afin de réfléchir à la situation inextricable dans laquelle il s’était volontairement engouffré, il trébucha sur une branche et se tordit la cheville. En voulant rentrer au palais, il s’aperçut que son cheval avait disparu. Alors que quelques secondes plus tôt un grand soleil brillait dans le ciel, une pluie aussi glaciale que soudaine le trempa jusqu’aux os. Se traînant sur sa jambe blessée, le prince buta sur une motte de terre qui se révéla être un nid de fourmis rouges.

Et pour couronner le tout, lorsqu’enfin il parvint à rentrer, la princesse avait disparu.

Pour fuir les directives injustes de son père, Naisha l’insoumise avait pris la décision de s’enfuir. Elle grimpa sur Aristote, son dromadaire loquace, et prit la direction du désert en compagnie de tous ses fidèles animaux ensorcelés. Après une longue marche de plusieurs jours, elle eut une longue discussion avec ses amis à poils qui aboutit sur un grand bouleversement. Elle allait ouvrir un cirque d’un genre nouveau, dans lequel les animaux seraient bien traités, et offrirait un spectacle de divertissement aussi extraordinaire que respectueux des bêtes.

Emballée par cette idée, elle mit tout en œuvre pour créer son spectacle et commença une gigantesque tournée. Elle inventait des sketchs mettant en scène l’intelligence des singes, la mémoire des éléphants ou encore la malice des renards du Bengale. Au fil des mois, le succès de son cirque original fut tel que les gens se battaient pour obtenir des billets. Bien sûr, personne ne savait qu’il s’agissait de la fille du maharaja.

Et puis, un jour, un vagabond se présenta à elle. Il annonça qu’il désirait faire partie de son cirque en tant que clown. Intriguée, elle le laissa lui faire une démonstration. Mais alors qu’il amorçait une tentative de jonglage avec des quilles, l’une d’elle lui tomba sur la tête. Il se trémoussa dans les sens pendant de longues minutes avant que Naisha comprenne qu’un lézard du désert venait de se glisser sous sa blouse. Une fois l’animal extirpé, l’inconnu voulut faire intervenir l’éléphante dans son numéro, mais le pachyderme éternua malencontreusement sur lui et il se retrouva projeté au sol sous la force du souffle. La princesse, amusée, finit par s’écrouler de rire quand le clown manqua s’étouffer en essayant de gonfler un ballon. Elle finit par l’engager.

Petit à petit, le mystérieux clown et elle passèrent de plus en plus de temps ensemble. Elle découvrit un jeune homme attentionné, fidèle et bourré d’humour. Par-dessus le marché, une fois nettoyé de la crasse qu’il avait apportée avec lui, elle s’aperçut qu’il n’était pas mal du tout...
Quand elle se décida à lui parler de ses sentiments, il finit enfin par lui avouer :
- Naisha, j’ai connu de nombreuses mésaventures depuis que je suis venu dans ce pays. Mais même si ma vie n’est pas facile, j’ai renoncé à tout et je ne reviendrai jamais sur mes terres. Car depuis que je t’ai vue dans les jardins du maharaja, je suis fou amoureux de toi.
Sous les yeux ébahis de la princesse, il ajouta :
- Je suis le prince maudit que tu devais épouser. Mais t’avoir rencontrée est aussi une bénédiction.
Naisha, abasourdie, comprit qu’il s’agissait du prince oublié à qui elle n’avait jamais daigné accorder une chance. Alors elle monta sur Aristote, prit la route jusqu’aux collines où habitait toujours le vieux magicien, et le supplia d’annuler la malédiction.

Et c’est ainsi que le prince, privé du sortilège, devint finalement un piètre clown.
Mais il se révéla un excellent mari.
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