un jour comme un oiseau

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Elle avait suivi ce sentier comme elle l’aurait suivi, confiante, malgré le vertige, car à mesure qu'il progressait, le sentier n’en finissait pas de grimper.
Plus elle avançait plus son souffle menaçait de l'abandonner, son pouls s’accélérait, son cœur semblait vouloir bondir de sa poitrine, ses jambes tremblaient, sa gorge était sèche.
Le sentier avait disparu, c'était à présent un sol hostile sur lequel ses membres endoloris cherchaient quelques points d'appui; caillasse, racines enchevêtrées, buissons de ronces, l'abrupt était tel qu'il lui fallait poursuivre l’ascension à l'aide de ses mains.
Tant de fois elle était revenue sur ses pas pensant avoir déjà dépassé ses limites, ce jour-là elle ne renoncerait pas, elle atteindrait le haut de cette montagne qu'elle imaginait comme un refuge, loin du bruit et de la fureur.
À cette pensée, elle éclata de rire car au moment-même où, à bout de forces, elle se laissait tomber sur ce toit du monde, le ciel lui aussi éclatait. Qu'importe, elle aimait ce bruit, cette promesse d'orage, commune délivrance entre ciel et terre.
Elle avait retiré ses chaussures, l'herbe caressait ses pieds, elle voulait tout sentir, se laisser pénétrer par le vent, la pluie qui n'allait pas tarder. Des éclairs parcouraient le ciel, s’étant redressée, elle, parcourait le talus, jouait avec le vent, tournait sur elle-même, dansait avec la pluie, elle devenait le vent, elle était la vie.
Pour se sentir plus légère encore, elle avait ôté ses vêtements et riait, heureuse de sentir sur sa peau nue ce souffle chaud de vent et de pluie mêlés.
Se moquant du vide qui s'était rapproché, elle se pencha, prit une fleur dans ses doigts, comme elle aurait pris sa main, avec tendresse, mais ne l'effeuilla pas. Le tonnerre, ou le vertige peut-être, soudain la saisit d'effroi, l'horizon était boursouflé de nuages noirs, le jour déclinait, il lui fallait redescendre avant l'obscurité.
Alors une dernière fois elle caressa la fleur, se redressa, ouvrit ses bras pour emplir ses poumons, ressentir une dernière fois l’étreinte du vent, une dernière fois elle regarda l'horizon comme elle l'aurait regardé, intimidée, et pour la première fois, elle sauta.
Plus légère qu'une plume, elle tournoyait, volait, elle touchait le ciel comme elle l'aurait touché, avec douceur, elle était oiseau.

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