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un jour comme un oiseau

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Domi No

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Elle avait suivi ce sentier comme elle l’aurait suivi, confiante, malgré le vertige, car à mesure qu'il progressait, le sentier n’en finissait pas de grimper.
Plus elle avançait plus son souffle menaçait de l'abandonner, son pouls s’accélérait, son cœur semblait vouloir bondir de sa poitrine, ses jambes tremblaient, sa gorge était sèche.
Le sentier avait disparu, c'était à présent un sol hostile sur lequel ses membres endoloris cherchaient quelques points d'appui; caillasse, racines enchevêtrées, buissons de ronces, l'abrupt était tel qu'il lui fallait poursuivre l’ascension à l'aide de ses mains.
Tant de fois elle était revenue sur ses pas pensant avoir déjà dépassé ses limites, ce jour-là elle ne renoncerait pas, elle atteindrait le haut de cette montagne qu'elle imaginait comme un refuge, loin du bruit et de la fureur.
À cette pensée, elle éclata de rire car au moment-même où, à bout de forces, elle se laissait tomber sur ce toit du monde, le ciel lui aussi éclatait. Qu'importe, elle aimait ce bruit, cette promesse d'orage, commune délivrance entre ciel et terre.
Elle avait retiré ses chaussures, l'herbe caressait ses pieds, elle voulait tout sentir, se laisser pénétrer par le vent, la pluie qui n'allait pas tarder. Des éclairs parcouraient le ciel, s’étant redressée, elle, parcourait le talus, jouait avec le vent, tournait sur elle-même, dansait avec la pluie, elle devenait le vent, elle était la vie.
Pour se sentir plus légère encore, elle avait ôté ses vêtements et riait, heureuse de sentir sur sa peau nue ce souffle chaud de vent et de pluie mêlés.
Se moquant du vide qui s'était rapproché, elle se pencha, prit une fleur dans ses doigts, comme elle aurait pris sa main, avec tendresse, mais ne l'effeuilla pas. Le tonnerre, ou le vertige peut-être, soudain la saisit d'effroi, l'horizon était boursouflé de nuages noirs, le jour déclinait, il lui fallait redescendre avant l'obscurité.
Alors une dernière fois elle caressa la fleur, se redressa, ouvrit ses bras pour emplir ses poumons, ressentir une dernière fois l’étreinte du vent, une dernière fois elle regarda l'horizon comme elle l'aurait regardé, intimidée, et pour la première fois, elle sauta.
Plus légère qu'une plume, elle tournoyait, volait, elle touchait le ciel comme elle l'aurait touché, avec douceur, elle était oiseau.

PRIX

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Epicurien78 · il y a
Un très joli texte, haletant, qui me rappelle mon Suffocation (d'un genre un peu différent cependant). Je gage que vous devriez l'aimer... A bientôt dans nos lignes, chère Domi No :) http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/suffocation-2
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Domi No · il y a
Je reprends mon souffle et vais de ce pas suivre les vôtres...
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Didier Morel · il y a
J'ai fini le texte essoufflé. Superbe.
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Domi No · il y a
Si mes mots suscitent une émotion j'en suis heureuse, merci beaucoup !
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Jarrié · il y a
On vit votre texte comme dans un rêve.
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Domi No · il y a
Merci pour ce joli commentaire
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Alain Fauris · il y a
Toujours aussi agréable à lire
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Atoutva · il y a
L'écriture est agréable. Mais je ne vois pas beaucoup d'aube...
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Fred Panassac · il y a
Je suis moins enthousiasmée par votre nouvelle que par votre poème, mais votre écriture y est tout aussi belle. Le tragique y est présent, du moins si j’ai bien interprété le texte mais la présence métaphorique de l’aube ne m’est pas apparue clairement malgré vos explications lues plus bas. C’est un texte superbement écrit, empreint d’une grande tristesse entre les lignes, et qui vous vaut mes votes.
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Domi No · il y a
Soyez, tous, vivement, chaleureusement, remerciés. D'aucuns pour m'avoir lue, d'autres pour vos échos ou/et élans spontanés à indiquer à d'autres le chemin à suivre pour découvrir mon Aube nue,
Qu'importe que le nombre de votes attribués à mes deux textes soit insuffisant pour les désigner gagnants. Ce concours, le premier pour moi, je l'ai tenté d'abord parce-que le thème m'a immédiatement séduite, ensuite dans l'espoir d'appréciations, tout à fait impartiales ici, ce dont nous pouvons, à tort ou à raison, douter dés lors que nos seules publications se limitent à quelques réseaux sociaux. Ma participation à ce concours ne s'étant faite que très tardivement, je suis comblée autant par le nombre de lectures que par les commentaires qui les accompagnent, Aussi, avant d'aller à mon tour lire les œuvres en lice, je tenais à vous remercier encore pour l'émotion que vous m'aurez procurée et qui fait que quoi qu'il arrive à l'issue de ces votes, je suis déjà grandement récompensée. Merci ! Beaucoup !

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Fofi · il y a
Moi aussi, je trouve le thème assez absent, mais le texte est superbe. Alors je m'envole aussi !
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Paule · il y a
On s'envole nous aussi à la lecture de votre écriture, subtile et riche en images. Que de sensations j'ai ressenti en vous lisant. Bravo pour cette nouvelle aube !
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Cyrano · il y a
Très beau texte mais je dois l'avouer, j'ai eu l'impression qu'il manquait quelque chose. Heureusement en lisant votre explication dans les commentaires, j'ai mieux compris après une relecture.
De tous les textes que j'ai lu pour ce concours, votre texte est sans doute celui (pour moi) qui aborde ce thème de l'aube avec la plus grande subtilité.
Pour cela et pour la finesse de votre écriture, vous avez mon soutien.

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