Un dîner presque parfait

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Né au XVIIème siècle, Chaz’ est le plus grand auteur de la littérature Française («Les Misérables», «Les Fleurs du Mal», «Le Petit Prince» …). Lauréat à quatre reprises du prix  [+]

C’était un dîner parfait.
Notre première Saint Valentin. Dans l’un des restaurants les plus chics de la ville. Table impeccable, menu divin, accord des vins parfait et le plus beau mec de la salle assis sur la chaise en face de moi.
Je pense que les moments de ma vie où je me suis sentie vraiment aussi bien, aussi sereine, sûre de moi, doivent se compter sur les doigts d’une main. J’ai l’impression d’être le centre du monde, que tous ces couples autour de nous n’ont d’yeux que pour nous. Ou plutôt pour lui. Toutes les femmes doivent en ce moment fantasmer sur mon homme, en jetant de temps en temps un regard dépité sur leur mari, eux qui doivent se sentir tellement minables à coté de lui, refusant même un début de comparaison.
Navrée de gâcher leur soirée à tous, même si la petite garce qui est en moi ricane un peu, pour une fois.
Il me caresse la main en me disant des mots tendres, je l’écoute à peine, seule la musique de ses mots me suffit.
Six mois qu’il est dans ma vie, et je tombe chaque jour plus amoureuse. Comment est-ce possible? Comment un être humain, aussi beau soit-il, peut-il à ce point déclencher autant de choses en moi ? Pourquoi lui ? Qu’a t’il donc de plus ? Pourquoi tous les autres (il n’y en a pas tant que ça non plus, il ne faut pas exagérer) essayent en vain de trouver les codes, les mots de passe, pour éveiller mon intérêt, alors que lui, d’un seul regard, d’un seul souffle, arrive à me faire chanceler ? Pourquoi cette chaleur brûle en moi juste en pensant en lui, ma respiration s’accélère en sa présence, mes jambes défaillent, mes défenses tombent avec mes certitudes ? Comme si lui seul avait trouvé mon interrupteur intérieur, celui qui m’embrase, qui allume ce feu en moi, inaccessible aux autres. Et sa peau ! Juste sa peau contre la mienne et je me transforme en tigresse. J’ai l’impression parfois que tous mes atomes appellent ses atomes, comme un aimant.
Mon Dieu, c’est vrai qu’il est beau. Ces yeux bleus si pénétrants, son menton carré avec sa fossette, ces cheveux bruns à peine grisonnants, ces épaules larges contre lesquelles on a envie de se blottir, de vivre et de mourir. Son charisme, son assurance. Je suis une princesse, ce soir, une petite fille. Je me trouve presque belle dans cette robe bleue. Je suis sa Julia Roberts. Et lui, c’est mon Richard.
Ce côté fleur bleue que je découvre en moi m’agace et me fascine en même temps, je ne peux pas lui résister, je n’en ai même pas l’envie. Je suis comme hypnotisée, comme ces idiots d’insectes qui volent se faire griller sur cette lumière bleu. Comment elles s’appellent, ces machines ? J’entends déjà le « Clac ! », mais je m’en fiche. Je suis tellement gaga, en plein guimauve, que j‘ai envie d’écrire des poèmes pour le prix de la Saint Valentin de Short édition. Il ne manque que les violons et le chocolat.
Il se lève. Mon dieu, qu’il est grand. Il tire ma chaise, je me lève à mon tour, il place mon manteau sur mes épaules. Toutes les discussions se sont arrêtées autour, elles le matent toutes, la mâchoire inférieure dans leurs assiettes, et eux ont des envies de disparaître.
Il me raccompagne à ma voiture, l’air est si doux ce soir. Je me tourne vers lui, ses yeux tout là-haut sont baissés sur moi, son petit sourire qui ne l’a pas quitté de la soirée fait encore accélérer mon cœur. Il se baisse, je grimpe sur la pointe de mes pieds et nos lèvres se rencontrent. C’est Hiroshima dans mon cœur comme à chaque fois. Je suis irradiée, contaminée pour la vie, ça m’est égal, je souhaite juste que le temps s’arrête. Je suis bien.
Je lui murmure au creux de l’oreille:
-« J’ai envie de terminer la soirée avec toi ».
Il se recule un peu. Je vois le voile qui glisse sur son visage. Son sourire et sa fossette sont toujours là, mais ce n’est plus le même. Il n’est plus là. Je fais un effort surhumain pour ne pas m’effondrer, pour ne pas que mon sourire qui pèse maintenant trois tonnes s’écroule. C’est bizarre, je le trouve moins grand, un peu moins beau peut-être...
- Mais voyons, on est le quatorze février, je dois rentrer à la maison, ma femme m’a sans doute préparé une surprise.
Je fais l’effort de ma vie pour lui répondre dans un souffle :
-Oui, bien-sûr.
Il se détend un peu
-Je t’appelle, on se revoit lundi, d’accord ?
Il est déjà parti quand je murmure à nouveau :
-Oui, bien-sûr...
Ou pas.
Peut-être que lundi j’aurai la force de te dire d’aller te faire foutre.
Peut-être que lundi, j’appellerai ta femme.
Peut-être que lundi je craquerai et que je replongerai encore une fois, comme une camée.
C’était un dîner presque parfait.
Saint Valentin, mon cul!
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