Un dernier tableau

il y a
2 min
4
lectures
0
Entre les cartons et les “au revoir” au vu de notre déménagement prévu dans quelques jours.
Hier, j’ai été dire au revoir à Annie, une femme âgée de 83 ans, la marraine de ma maman plus exactement. C’est une artiste peintre époustouflante. Elle vit seule. Sans enfant. Ses interactions sociales se limitent à sa femme de ménage, ma mère, loulou (son chat) et moi. Chez elle, c’est une grande brocante. On y trouve des centaines de livres, des bibelots, des babioles, divers objets en tous genres. Parmi ce charmant bazar, on y aperçoit quelques vieux tableaux. De la peinture à l’huile puis des esquisses à l’aquarelle. Annie a perdu le plaisir de peindre depuis quelques mois. Les informations télévisées qu’elle écoute tous les soirs dans son canapé, lui font broyer du noir. Elle ne sort plus de chez elle et observe derrière sa fenêtre les pivoines rose bonbons de son jardin.
Ma visite lui est toujours tant attendue, nous nous connaissons que depuis quelques mois mais ce peu suffit à caresser nos âmes. Je suis admirative et émerveillée devant ses œuvres qu’elle prend à chaque fois le temps de me partager accompagnées de leur histoires, anecdotes et aventures. Les albums photos défilent sous nos yeux également avec quelques souvenirs merveilleux et d’autres bien plus douloureux.
Alors que j’arrive sur le pallier, Annie m’ accueille avec son masque remonté très précisément sous ses cils. Au cours de nos longues conversations, comme un geste naturel inconscient, elle le remettait correctement en place sur son nez en appuyant assez fort afin qu’aucun trou d’air ne puisse se faufiler. Le doux soleil matinal reflète sur la fenêtre du salon. La nostalgie s’installe. Annie comprend que ma présence se fera beaucoup plus rare. Ses yeux humides se font paraître mais elle insiste sur le fait qu’il ne faut surtout pas qu’elle pleure à cause du masque.
Au moment de se quitter, elle ne peut plus le dissimuler, très émue, les larmes s’écoulent. Émotionnée, je meurs d’envie de la serrer dans mes bras. De faire toucher nos cœurs les yeux fermés. D’oublier le temps, juste un instant.
Mais voilà, qu’elle me dit la voix tremblante, désemparée :
« Ma douce Léa, nous ne pouvons pas nous prendre dans les bras. Les infos Tv ont été intransigeants. Nous n’avons malheureusement pas le droit. »
J’ai une boule au ventre et le cœur serré. Les adieux se font à travers un regard humide et quelques mots bienveillants.

Trois mois se sont écoulés. Le téléphone sonne. Un appel que je redoutais. Annie nous a quitté pendant son sommeil. Un tableau était déposé à ses côtés sur son lit, accompagné d’un mot.
« C’était une journée d’été, les oiseaux chantaient et quelques papillons blancs planaient. Nous étions dans mon jardin verdoyant, moi, un pinceau à la main, loulou se prélassait sur les genoux de ma douce Léa, assise pied nu dans l’herbe fraîche. L’odeur des pivoines roses bonbons effleuraient notre visages radieux et heureux. Nous pouvions nous enlacer à volonté. J’avais jeté ma télé. »
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,