Un besoin d'espace

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L'ignorance assumée est la plus courageuse des vertus. Sinon, vous pouvez aussi élever des écrevisses-revolvers ou des hippocampes alcooliques. Ça se fait bien dans une salle de bain ou au  [+]

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Voilà des années qu'Henri n'a plus éprouvé cela. Sa si longue thérapie se révèle enfin utile. Des années de tristesse accumulées disparaissent d'un seul coup, tandis que dans son corps une onde de chaleur part de ses chevilles, remonte dans ses genoux, caresse son ventre avant de doucement atteindre sa nuque. Son cœur bat si vite. Il ressent à nouveau. Il existe à nouveau. Et toujours cette fraîcheur sur son visage. S'il pouvait, il rirait.
Tous ces coups de téléphone, ces dossiers, ces personnes en détresse qui lui pèsent sur le cœur. Ces espaces confinés, ces ascenseurs, ces escaliers, ces embouteillages. Ce tas de factures qui l’accueille chaque mois dans sa boîte aux lettres. Il peut le gérer, il le sent. Dans son esprit, un soleil radieux consume ses idées noires.
Ce sentiment de puissance. Il comprend enfin. Il se secoue, se débat pour la première fois. Son destin, il le prend en main. Le monde a quelque chose de beau. Quelque chose de plus. Quelque chose qu'il ne pouvait voir avant.
Cette découverte lui coupe le souffle, il peine à respirer. Un tel bonheur, pourquoi un homme doit-il attendre si longtemps avant de le ressentir ? Des larmes giclent de ses yeux. Il grimace. Est-ce bien vrai ? Le monde est-il vraiment si beau ? Son inquiétude revient. Pas son souffle. Cette sensation d'oppression qu'il croyait loin derrière lui le rattrape. Pourquoi lui ? Sa vision n'a plus rien de net. Ses larmes le coupent, le sang perle sur ses joues. La douleur. Cette putain de douleur. Voilà qu'on lui appuie avec force sur tout le corps, ses oreilles sifflent. Son nez se tord. Ses bras semblent traîner derrière. Il ne veut plus. Qu'on le laisse. Qu'on le laisse tranquille ! La paix, bordel !
Son corps éclate sur le trottoir. Le vol a duré quarante-six étages.

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