Trop tôt pour naître

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C'est d'un pas décidé que je me suis dirigé vers l'hopital. Des passants intrigués par mon air pressé et les sueurs glacées parcourant mes tempes s'écartaient du trottoir sans demander leur reste. Cela était mieux ainsi. Eviter le regard des autres, être seul en moi-même pour me préparer à ce qui m'attendait là-bas, dans la blancheur asceptisée des longs couloirs.

Le jour se levait à peine, au travers d'un ciel grisâtre d'été parisien. Je presse le pas. Il est peut-être déjà trop tard. Ou peut-être trop tôt. En tout cas pour moi c'est cette deuxième option à laquelle je songe, levé par ce coup de télephone et sorti de l'appartement sans prendre le temps d'un café. La voiture qui, en panne forcemment, a décidé de me faire découvrir autrement ces rues que je n'ai jamais arpenté en temps que piéton. Pas de monnaie sur moi, de toute façon j'ai en horreur le métro, cet endroit sous-terrain où s'entassent chaque matin des milliers de mes concitoyens. L'hopital est à quelques rues d'ici, qui plus est, ce qui à pied m'évitera une correspondance et une attente entre deux rames.

D'habitude j'ai le droit à l'autoradio, aux nouvelles du monde que j'écoute d'une oreille distraite, attendant un morceau entendu la veille que je puisse fredonner. Mais aujourd'hui c'est un calvaire, sans rien pour m'occuper l'esprit je pense à ces dernières années passées tous les deux. Dire que bientôt elles seront révolues...
Penser par la négative, la solution de facilité par excellence, je lui avait pourtant promis de ne pas recommencer ces raisonnements lorsqu'elle m'avait averti de son état. De toute façon je lui disais toujours oui, j'étais prêt à tout pour elle. Mais a tirer un trait sur ces années...

Je manque de me faire renverser. Je trouve la situation cocasse en pensant que si ca se trouve on m'amenerait auprès d'elle ainsi. Mais pas la peine, je ne suis plus qu'à quelques mètres de l'entrée. Quelques marches. J'entre.

Les odeurs mélangées de produits ménagers, de médicaments et de vieux en train de mourir me font tourner la tête. Je me précipite à l'accueil, manque de tomber sur la jeune femme derrière le comptoir. Demande quelle chambre, haletant, j'ai dû courir sans m'en rendre compte afin d'éviter le flot de pensées dont j'ai perdu l'habitude. Elle pointe du doigt tout en remuant les lèvres, et moi comme un con je me demande si il y aura une machine à café pas très loin. Elle me lance un regard désaprobateur, tel celui qu'on lancerait à un enfant venant de dire son premier gros mot. Je m'aperçois que j'ai pensé à voix haute. Non, vraiment, ça ne me réussit pas.

Les escaliers. Trop de marches. Trop de monde dans l'ascenseur pour avoir envie d'y entrer.

Enfin. Elle est là.

Elle m'attend comme toujours avec son sourire. J'ai l'impression de ne jamais lui rendre à sa juste valeur. Elle est en nage. La fatigue se lit sur son visage. Sur le mien aussi, mais m'est d'avis qu'après un café ça ira sans doute mieux.

Elle me tend les bras tremblante, des larmes ruisselant le long de ces joues que j'ai si longtemps rêvé d'embrasser auparavant. Dans les bras il y a ce bout de nous, ce morceau de nos vies communes nouvellement arrivé. C'est con j'en pleure.

je la regarde, je ne l'ai jamais trouvé aussi belle.
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