Transmission culinaire

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Nous sommes arrivés dans la matinée chez mes grands-parents car le jour où mon grand-père se lançait dans la recette des raviolis siciliens de sa propre mère, c’est toute la famille qui participait !!!
La pâte était déjà prête depuis quelques heures et pendant qu’il découpait ces longues bandes blanches avec sa petite roulette en bois que je trouvais fascinante, ma grand-mère se retrouvait à aligner dessus des petits tas de farce à la ricotta. Cette préparation onctueuse, assaisonnée avec soin et où ce fromage sicilien était agrémenté de gruyère râpé et d’œuf, était tellement appétissante que je ne pouvais m’empêcher de plonger avec gourmandise un petit doigt dedans !
J’étais ensuite invitée à m’approcher, équipée d’une simple fourchette en inox, pour pouvoir fermer hermétiquement, à l’aide des longues dents de mon outil, les petits carrés que l’un de mes grands-parents avait façonné avec la régularité exemplaire de celui qui sait détenir un savoir familial !
Mon grand-père, passant le relais à celui de la famille qui voulait bien le prendre, se tournait alors vers la casserole posée sur la vieille gazinière de couleur marron, et tournait la cuillère en bois dans un nectar rouge ! Je l’entends encore, tout en faisant sauter quelques saucisses crépitantes dans une petite poêle à côté, me dire : « Caroline, n’oublies jamais quand tu feras cette sauce tomate, d’ajouter un morceau de sucre pour casser l’acidité ! »
Le souvenir de l’odeur de ce concentré de tomate, marié au vin blanc, aux herbes et dans lequel il rajoutait les saucisses coupées en petits tronçons me fait encore saliver...
Pendant que l’eau frémissait à côté dans une grande marmite, attendant le moment où seraient jetés dedans ces petits raviolis prêts à gonfler de façon impressionnante, je sortais les bols de fromage râpé qui allaient accompagner ce festin de rois... siciliens ! Et alors qu’en les apportant jusque sur la grande table dressée de la salle à manger, je quittais à contrecœur cette cuisine en Formica aux odeurs de soleil, où grouillaient toutes ces personnes réunis autour du travail titanesque que représentait ce plat familial, transmis de génération en génération, je souriais intérieurement car je savais qu’à la fin, c’est moi qui lécherai la cuillère maquillée de rouge, sous le regard bienveillant de mon grand-père!
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RAC · il y a
Adesso ché ho letto questa storia, ho fame ! Grazie & a tavola ! (Faccio anch'io i ravioli ma con il "gruyere râpé", mai !)
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Guy Bellinger · il y a
La cuisine, comme l'amour (on est ravi au lit !), un des grands plaisirs de la vie : "Le festin de Babette" de Karen Blixen, et peut-être plus encore son adaptation cinématographique par Gabriel Axel, l'illustrent la chose à merveille. Ce petit texte n'est pas en reste qui, à la jubilation de la préparation en famille et à la perspective joyeuse de la dégustation à venir, ajoute un élément plus grave, celle de la disparition annoncée du "nonno", compensée il est vrai par l'assurance que son savoir ne sera pas perdu.