TRAIN D'ENFER

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Les livres m'ont sauvée de 7 ans de pension ... et un jour j'ai tenté ma chance , je ne me prends pas au sérieux mais j'écris sérieusement et pour le plaisir du partage et de l'échange  [+]

La fenêtre. Elle venait de s’éclairer. Son cœur battait à tout rompre. Il aperçut les hommes, silhouettes noires. Il fallait fuir. Ne pas se retourner, franchir le parc face à lui. Au loin l’aboiement d’un chien. Il poussa la grille et, affolé, atteignit la ruelle obscure. Il s’appuya un instant contre le mur où la neige qui était tombée tout le long du jour s’était accrochée. Il devait réfléchir, vite, sans s’affoler pour leur échapper. Ses pensées se bousculaient, il avait commis une erreur et il allait sûrement payer très cher le moment où son attention s’était relâchée. Mais il fallait reprendre la course. Là-bas au loin le bruit de ferraille du métro lui indiqua vaguement la direction à prendre. C’était son seul salut, il ne pouvait rester isolé.
Contourner la barre d’immeubles, rester dans l’ombre. Silencieux. Le sang de sa blessure laissait des traces, la peur lui vrilla le ventre. Mais déjà la gueule béante de la station était là, tout près, il ralentit sa course désespérée mais se hâta en dévalant les escaliers. On le frôlait, on le bousculait mais il ressentait comme un soulagement ; c’était bien la première fois qu’il appréciait cette foule anonyme, laide, harassée par une journée de travail. Le rythme de son cœur s’était apaisé, il fallait pourtant faire vite et il fût soulagé de voir arriver la rame à l’instant où il atteignait le quai. Il avait réussi tant bien que mal à dissimuler son bras blessé, et il comptait sur cette heure d’affluence pour ne pas attirer l’attention des voyageurs. Il monta dans le premier wagon, les portes se refermaient lorsqu’il les vit .Visages fermés. Inquiétants. Il était repéré et la course allait reprendre. Haletante .Il se cogna contre la vitre, de rage. A quelle sortie l’attendraient-ils ?il devait continuer, gagner du temps.
Il savait que les immeubles encore en ruines après la réunification lui permettraient de se cacher et de reprendre le contact quand il serait dans la partie Est de Berlin. Il avait pris place sur la banquette et s’efforçait de ressembler à un quelconque employé de bureau. Postdamer Platz. Unter den Linden. Friedriche strasse. Schillingstrasse. Strausberger Platz. Les noms défilaient et lui rappelaient maintenant les stations fantômes où à l’époque du mur et de la guerre froide les rames ralentissaient sans s’arrêter.
En face de lui une jeune femme et une petite fille ne l’avaient pas quitté des yeux. Il ne savait si la détresse se lisait sur son visage et inspirait une quelconque compassion ou bien si sa présence intriguait à cause de ses vêtements froissés par la course. Il ne devait pas être repéré. Il descendrait à la station suivante, celle qui conduisait au monument aux morts érigé en hommage aux soldats soviétiques. Les portes s’étaient ouvertes, on se bousculait pour descendre, pour monter et il avait profité de cette cohue pour s’engouffrer dans le tunnel qui menait vers la sortie. Il hâta le pas .On le suivait. Il en était sûr .Il se mit à courir. Plus que quelques marches et la nuit enfin pour l’engloutir. Il avançait d’un pas rapide protégé maintenant par les stèles immenses du mémorial puis il gagna les allées qui longeaient la Spree. Le bruit de l‘eau le guidait vers les bois qu’il savait proches et assez denses pour lui permettre de reprendre ses esprits .Sur l’autre rive quelques rares lumières d’immeubles. Le craquement d’une branche. Il sursauta et reprit sa course . Il savait qu’il fallait pourtant rétablir à tout prix le contact mais il était incapable de taper le code sur son portable, la tension était trop forte. Une ombre lui coupa la route et les battements de son cœur se firent plus oppressants mais le cerf s’éloigna d’un bond, plus effrayé que lui encore. La végétation se faisait plus épaisse, la planque n’était plus très loin.
L’arbre mort. C’était le repère pour accéder aux immeubles couverts de tags. Il s’y dissimulerait.
Au moment où il pensait avoir pris suffisamment d’avance il reçut le poignard dans la gorge et s’écroula sans un cri.
« On arrête là dit le colonel. Relevez-vous. Un espion en fuite ne se laisse pas avoir de cette façon, comme un bleu. Vous auriez dû vous méfier de la fille au lieu de lui sourire bêtement et puis perdez quelques kilos pour semer vos poursuivants. Remettez vous sérieusement à l’entraînement mon vieux si vous voulez qu’un jour on vous confie une mission. Allez on reprend tout à zéro».
La fenêtre. Elle venait de s’éclairer...
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Utilisateur désactivé · il y a
Ah bravo ! la chute est excellente !! Vous avez réuni l'art du suspense et celui de la surprise. C'est fort !!
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Joëlle Brethes · il y a
Ouf... Je me posais pas mal de questions et j'imaginais pas mal de suites possibles... sauf celle-là ! ;-)
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Dolotarasse · il y a
Ah me suis fait avoir par la chute ! Trop couru sans doute ;-).