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To be fantasy, or not to be

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Guillaume

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Mon fils m'avait adjuré de relire un texte qu'il avait écrit dans le cadre d'un concours. J'étais ravi qu'il s'intéresse enfin à la « vraie littérature » !
Mais qu'elle fut ma déception quand je commençai la lecture : le genre littéraire astreint – son préféré – si tant est qu'il puisse être qualifié de tel, est la science-fiction. Je souhaitais qu'il eût distingué une calligraphie non déraisonnable et plus classique. J'ânonnai sans pétulance et initiai ma recension.

Le thème était cependant intéressant de part son périmètre : la brume. Et je fus plus que satisfait de l'imagination dont il témoignait pour traiter le sujet. Il en fit métaphore de l'hiver nucléaire et arriva à traiter un sujet de circonstance. Qu'il fut analeptique de le lire paraphraser de La Fontaine pour instruire son intrigue : « Un Kim survint irradiant qui cherchait aventure, et que l'aliénation en ces lieux attirait ». Donald n'était pas en reste, et Pandémonium devint cité terrienne.

Je me dirigeai subséquemment vers la pièce adjacente à sa chambre, où se trouvait sa bibliothèque. Aucune littérature, si ce n'est des écrits fantastiques. Étais-je donc fautif, d'avoir laissé s'accumuler ce miasme philologique ? Je me ruai vers mon bureau et pris Hamlet de Shakespeare parmi mes Essentiels de la littérature. Je me persuadai qu'à sa consultation, son habileté et ses attraits linguistiques s'exalteraient.

Je pris les livres du Cycle de Fondation d'Isaac Asimov, et les jetai par terre sans autre forme de procès. Cela pour libérer l'espace nécessaire à la nouvelle appétence herméneutique de mon aîné. Je contemplais avec transport mon entreprise ainsi achevée. C'est alors que je remarquai l'agitation paralysée de la persienne. Au dehors, une ventosité suprême caressait une atmosphère sclérosée. L'éther était telle la brume dense, électrique et médusante que je venais de feuilleter.

Je me retournai avec affres, et, ah ! Stupeurs, et tremblements ! La porte n'était plus : me voici acculé.
Je me pinçai : me serais-je transporté dans une cauchemardesque et vivace hallucination ? L'irréalité de ma situation contrastait avec mon authentique sensation d'être.
La température devenait diligemment algide, il me fallait me couvrir. Rencogné sans vomitoire, et emmalloté d'ouvrages, je m’anticipais déjà laisser mes houseaux. Cependant, je notai la présence alogique, pourtant salubre, d'un briquet sur le deuxième livre du Cycle de Fondation.

Les cinq opus constituant le Cycle étaient entassés à même le sol : je les brûlai et trémulai ignescence corporelle. J'escomptai une félicité fugace, l’enflammée était néanmoins traînante. Tantôt ai-je amnistié la fantasmagorie de ma tribulation, qu'une nébulosité s'éploya et se condensa en brumasse ambiante. C'est alors qu'un homme certifiant se prénommer Hari Seldon m'apparut sous forme d'hologramme : son amphigouri concernant une Encyclopédie et une Fondation me flétrit davantage. L'hologramme laissa place à des scènes majestueuses de pérégrinations interstellaires à bord d'astronefs de la dite Fondation.

Sans flamme cessait la brume et ses canevas ondoyants. Je brûlai alors du George Orwell. 1984 ne pouvait être plus souhaitable phlogistique, mais n'était-ce pas là une allégorie dystopique de ma sérénité perdue ? Des affiches « Big Brother is watching you » s'apposèrent le long de l'architecture, et je compris alors que la brume tisonnait l'affabulation de l'opuscule riffaudé. Contempler l'affliction de Winston Smith, perquisitionner les venelles attenantes des maisons victoriennes d'un Londres onirique, et guigner de clincorgne l'âpreté des guerres opposant régimes totalitaires : je pris conscience de lectures malheureusement soustraites à mon instruction.

Je m'abîmais ensuite dans les péripéties archéologiques de Dan Sylveste et je regrettais l'amnésie mienne du Cycle des Inhibiteurs de Reynolds.

La littérature précède la pellicule. Icelle aubade cette première qu'elle glose sur écran. C'est ce que je conclus en béant les canevas ostensiblement seyants et conformes à l'écrit des réalisations suivantes : le Seigneur des Anneaux de Tolkien, Harry Potter de Rowling, le Trône de fer de Martin, la Planète des singes de Boulle...

Certes je me tempérais le corps. Seulement, en immolant de la littérature, je m'accablais l'intellect. La survie de ma chair signifiait la décrépitude de mon esprit. Cette survie agonique n'eût pour seul mérite de me débâcler de mes présomptions ignares sur les genres narratifs fantastiques.

Je finis par rutiler l'intégralité de ces manuscrits fantastiques et ne pus m'arbitrer à aliéner un soupçon d'ardeur contre l'homicide tourmentant du chef d’œuvre Shakespearien.
Je le pris et m'en délectai avec un soulas voluptueux, érigeant lubricité euphorique.
Le frimas m'emmitouflait progressivement dans un songe superfétatoire qui préludait mes fiançailles avec la parque. Car dans le sommeil de la mort, quel rêve s'ensuit ?

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Fabienne BF · il y a
Etrange univers dont je n'ai pas toutes les clés mais malgré cela je suis allée au bout de votre Fantasy shakespearienne ! Que la chance vous accompagne (avec le dictionnaire, obligatoire !)
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Atoutva · il y a
Quelle richesse de vocabulaire ! On ne sait plus trop bien si c'est naturel ou si c'est de l'humour, une certaine façon de se moquer gentiment du genre SF. Mais c'est original !
Aurez-vous le temps de venir visiter "Le loup" ? http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-loup-7

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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...

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Pascal Depresle · il y a
Un texte riche, une ode à la SF bien servie par un vocabulaire maitrisé. Je vote. Peut-être aimerez vous "L'héroïne" "Tata Marcelle" ou "Le Grandpé".
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Fitzgerald · il y a
Ecrivez-vous toujours avec un vocabulaire aussi recherché ou est-ce un exercice de style?
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Jfjs · il y a
Ah tous ces clins d'oeil à la SF-anticipation. J'ai aimé (et même "stupeurs et tremblements" pas très SF. Belle recherche pour ce texte.
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Maour · il y a
Belle plaidoirie en faveur de la SF... si j'ai bien compris ! J'ai tout de même eu besoin d'un ou deux dictionnaires.
À bientôt !

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Guillaume · il y a
Vous avez bien compris ;)
Merci !

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Otopsya · il y a
"Je brûlai alors du George Orwell." Quelle infamie !
Je suis ébaubie devant la profusion poétique de votre style.

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Elena Hristova · il y a
Votre brume est assez déroutante, mais je me suis laissé perdre avec plaisir
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Guillaume · il y a
Merci Elena pour votre agréable commentaire.
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