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Chacun s’imagine une vie tracée, droite comme un i, un avenir en ordre de bataille, nuits et jours, soleil et lune, de naissance à mort...
... Moi seul en voit les cassures franches, les désordres fangeux des pâles soleils matinaux, vos éphémères tourments aussi détestés qu'invariablement oubliés, les chutes impromptues mais définitives. Jours après jours, nuits après nuits : tristesse et malheur.

Moi seul connais votre fin.

Chacun voit le temps qui passe, cette lente avancée des secondes, irrémédiable succession vers une fin certaine, misérable lutte interminable, pour durer encore et encore, en dépit de tout bon sens, de toute logique...
... Moi seul vous en décompte les minutes disparues et non restituées, moi seul vous nie ce temps, le réduit sans concession, le précipite avec délice vers ce néant que vous réfutez.

Moi seul abrège.

Chacun veut, désire des souvenirs, joies fugitives et embellies, plaisirs fugaces et simplistes d’un bonheur insipide, dérisoires instants de vie si vite gommés...
... Moi seul les disloque en un solitaire cri de haine, qui, certes définitif, vous laissera détruits, souillés dans un long, trop long, tunnel de tourments indicibles.

Moi seul vous efface.

Chacun désire des enfants, si piètre témoignage de votre passage, reproduction instinctive de l’espèce, mièvre progéniture qui vous oubliera sitôt le glas sonné...
... Moi seul nettoie vos éjaculations précoces, vos accouchements douloureux, vos naissances anodines, vos enfances braillardes, vos adolescences soulardes, d’une simple maladie infantile ou d’une overdose glauque dans une ruelle putride.

Moi seul dépeuple.

Chacun recule devant le danger, fuit l'angoisse, craint la peur, évite la douleur, appréhende la maladie, redoute le vide...
... Moi seul accueille avec délectation votre refus instinctif de ce que j’offre, un trépas ignoble et vulgaire, promesse d’un gouffre de souffrances illimitées, point final vers l’abîme.

Moi seul m’en repais.

Chacun désire vivre, survivre, avancer, aimer, jouir, croire, rire et pleurer... Désirs d’avenir, de beauté et d’espoir.
... Moi seul vomis ces futilités honnis, hais cette vie infâme que ma faux, lame froide et usée, vous ôtera dans une dernière éclaboussure poisseuse de sang vermillon.

Moi seul clos.

Chacun fuit la solitude, espère le couple, recherche le groupe, aspire à la communauté, l'ensemble, l’union, orgie de si piteux destins entremêlés...

Moi seul suis là.
Éternelle présence solitaire.
L’immortel gardien.
Depuis la nuit des temps.

Moi seul.
Je vous attends.
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Coralie Chaix · il y a
Me plaît beaucoup celle là !
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lestropied · il y a
This is the end !
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Paul Thery · il y a
Stop-crève ! écrivait Cavanna. Mais le zéro faux n'est toujours pas d'actualité !
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Ginette Vijaya · il y a
L'épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes !
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Frédéric Chaix · il y a
Tenue par un psychopathe...
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KAMEL · il y a
Très belles trajectoires verbales.
Bravo !

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Patrick Gibon · il y a
une faucheuse pas édentée qui a le mords et la mort aux dents longues, texte incisif et incisives, sarcastique et sardonique, bel ouvrage d'humour noir et d'amour rouge sang, "la vie est un faire-part, la mort le seul espoir..." je me cite moi-même, une partie du refrain d'une de mes chansons, un tube inconnu des moldus kikartonne pour tous ceux qui l'ont écouté et adoré...
oh! l'autre avec ses chevilles gonflées à l'hélium de fier mongol dans une montgolfière j'm'en va luis couper les jarrets de son talon d'hache île... non, non, la muerte je dois vivre jusque 96 ans, y'a erreur camarde rade!
allez en offrande et remerciement pour t'on innommable mansuétude mam' la mort aux rats, je partage sur mon fachebouc pour "quelques lecteurs de plus" comme disait le célèbre ouest terne!

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Volsi · il y a
Moi seul, moi seul... c'est bon hein ! Pas la peine de faire ton Caliméro !
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Frédéric Chaix · il y a
Caliméro, crac... tué dans l’œuf. Non mais...
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