Temps de vérités

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À l'aube du XIIIème siècle, lors d'une nuit d'automne Mlle Descoubre se réveilla dans un fiacre qui voyageait vers une destination dont elle ignorait tout. Mais la première question qui lui vint à l'esprit était : que faisait-elle là ? Elle eut beau creuser dans ses souvenirs, elle n'y décela qu'un éblouissement qui éclipsait tout le reste, c’était comme une frontière infranchissable qui la séparait de son identité, de sa vérité et de sa réalité. Déboussolée elle regarda par la fenêtre et elle s'aperçut qu'il pleuvait dru, le vent sifflait entre les feuilles mortes; soudain elle fut submergé par un sentiment qui la brisa intérieurement, elle se sentit défaillir : la solitude empiétait sur son cœur. Ce sentiment l’oppressait et lui montait à la gorge, elle eut le besoin de crier au monde toute la haine qu’elle éprouvait, une fureur sans nom, un venin qui ne demandait qu’à sortir pour abroger la douleur qui faisait corps avec elle, se dernier réagit avec violence à celle-ci, il se recroquevilla en un tas informe de chair puis se cambra quelques instants plus tard dans des gémissements accompagnés de craquements d’os. La détresse se peint ensuite sur les traits fins de Mlle Descoubre ; allongée sur la banquette elle essayer tant bien que mal de reprendre ses esprits et par la même occasion son souffle : que m’est-il arrivé ? Comment la seule vue de la pluie l’avait-elle emportait dans un déluge de souffrance et de sentiments ? Quand enfin elle ferma les yeux en implorant de retrouver un foyer et la chaleur réconfortante des flammes dansants dans l’âtre, cette impétuosité maîtrisée lui rappela une image d’une tendresse infinie, les chevaux courants dans les prés fleuris de son grand-père. « Grand-père... » elle sursauta et tomba de la banquette, se relevant avec fougue elle réfléchit précipitamment, pourquoi est-ce un souvenir si futile qui lui revient en premier ? Reprenant contenance elle se tut écoutant la pluie et le vent qui ne faisait même pas ciller le fiacre, en ce concentrant, elle compris que se souvenir ne l’ébranlait pas qu’à cause de son grand-père mais le problème venait des chevaux, c’était comme s'il lui adressait un signe, elle n'entendait pas les martèlements de ces créatures qui aurait dû tirer le fiacre, soudain une sensation de légèreté la saisie au plus profond d'elle même, dans les profondeurs de son être, elle eut l’impression de s’être retrouver en apesanteur. Ouvrant la fenêtre, elle se pencha la tête en bas, les gouttes ruisselaient sur son pâle visage tiré par la fatigue, la peur et tant de sentiments qui se bousculaient sur son expression. Mais ce fut la surprise qui l’emporta : les roues du fiacre ne touchaient pas le sol...
« Je vole » murmura-elle, des larmes commencèrent à couler sur ce visage enfantin ; que se passe-t-il ? n’arrêtait-elle pas se demander. De la magie était à l’œuvre, cette réalité fut comme un nouveau poids sur ses frêles épaules, tant de questions sans réponses la tourmentaient mais elle n'eut pas le temps de se remettre de cette découverte, qu'elle entra dans une sinistre forêt, le hurlement d'un loup retentit au fin fond de son âme, une vérité était coincé en elle et ne demandait qu’à s’évader. Des corbeaux s'envolèrent à tire d'ailes dans un chœur terrible de croassements à l'arrivée du fiacre. Les arbres tendaient leurs bras vers la jeune fille dans une allure spectrale. Après de nombreuses heures dans cet environnement insondable et redoutable, elle tourna la tête et découvrit dans la lueur mourante du dernier quartier de lune, une bâtisse imposante entourée de nappes de brouillard. Le même qui commençait à se dissiper dans son esprit. Des brides de mémoires lui revinrent, jeune orpheline, perdu depuis le décès prématuré de ses parents était entouré d'une aura surnaturelle, elle ne savait plus ce qu'était ce monde. Monde vivant et bruyant devenu soudainement sombre et mortifère. Qui sommes nous réellement au fond se répétait-elle, cela la rongeait de l'intérieur et ne faisait qu'empirer aux abords de la demeure isolée. Une phrase lui revint, « Plusieurs chemins s’ouvrent à nous et se sont nos choix qui les choisissent et nous définissent, le temps de se perdre dans la brume et les doutes est révolu, battons nous pour ce qui nous paraît juste et devenons le héros de notre histoire. » En se rapprochant de la bâtisse elle nota, les fenêtres brisées, les volets qui claquaient sous sous la force des bourrasques, la toitures paraissait misérable prête à s’écrouler sous les assauts du vent. Une ruine, voilà ce qui s'étendait devant elle. Elle arriva devant une porte colossale en bois gravé de noms et de phrases, l’une retint son attention : « Nous avons tous fait un geste désespéré pour une quête inespérée ». Perdu dans ses pensées, elle l'effleura, le battant s'ouvrit brusquement. Là, Mlle Descoubre devint blême, le teint livide elle tremblait de tous ses membres, une fine pellicule de sueur glacée recouvrir son visage. Une peur survenue de ses entrailles la pétrifiait, ses cheveux se dressèrent sur sa tête, dans laquelle tout lui revint en flèche, chaque partie de son corps lui fournissaient des souvenirs en masse. Elle s'effondra sous le choc de la réalité:
«Voilà qui je suis...qui nous sommes...»
Fille au destin tracé, sans racines, ni passé, seule compagne de ses pensées. Pourchassée par des ambitieux, avides et malicieux. Personne ne doit s’en emparer. Se sacrifier pour la protéger des dangers, tout oublier pour mieux recommencer, sacrifice pour l’envoyer loin de cette société, l’éloigner des temps capricieux, loin de leurs yeux. La préparer à la réalité, sécurité loin de la vérité. Étranger pour ne pas être tué. Prisonnière de son identité. Être dieux en ces lieux, glorieux mais fastidieux. Une lignée prête à être assassinée, oublier pour ne rien dévoiler. L’Héritier caché, chez des Alliés amenée. Véritable combat silencieux, on se sacrifie pour eux. Une cruauté implantée depuis des années, montée en puissance, déchéance de la bienséance, ère de la souffrance et du silence. Avec une descendante a sonné l’heure de la vaillance, de la défense, d’une grande puissance, mais surtout de l’espérance.
Cette prophétie raisonnait dans sa tête dans une langue très ancienne et pourtant Mlle Descoubre arrivait parfaitement à comprendre.
Vivre c’est se relever en permanence, se rappela t-elle.
Les yeux grands ouverts devant la porte béante; tout se qu’elle retenait enfouit depuis des heures ou bien des années sortit. Elle cria d’un son venu d’un autre monde, d’une puissance venu des profondeurs de l’univers, un pouvoir enfouit se réveilla...
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