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Tel le Phoenix ?

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Florent Valley

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Les laboratoires ont travaillé jour et nuit, dans toutes les langues. Des expérimentations même hasardeuses ont été lancées, tous les savoirs ont été échangés, tous les produits ont été mélangés, tout ce qui rime avec arrêt de la propagation a été entrepris. Mais rien n’y a fait. Ni le zéro absolu, ni le feu, l’électricité, la radiation. Si la radiation a donné des résultats. Mais aucun espoir n’en est sorti.

Qui se souvient du premier feu. Personne. Il y a bien trop longtemps qu’il a eu lieu. Et pourtant rien n’a changé depuis ce temps. C’est le même embrasement, la même chaleur, la même fournaise. Mais l’espoir n’y est plus. Il y a encore le feu, seulement le feu. Mais l’éradication tant espérée n’est plus. Le ralentissement de la propagation, c’est tout ce que l’on gagne. C’est tout ce que l’on a gagné, mais plus maintenant. On a tout perdu.
Il y a eu ce premier feu et tous les espoirs. Mais plus les feux se multipliaient et plus les espoirs s’amoindrissaient. Un feu dans une plaine quelle que soit la saison, personne n’y trouve rien à dire. C’est ainsi. C’est la nature, la chaleur, le soleil, la sécheresse. Puis le feu revient plus souvent. De plus en plus souvent. Jusqu’à se demander ; « c’est bizarre, il n’y a pas eu de feu cette année ? ». Avant qu’il ne reparte de plus belle. Des plaines, le feu gagne les villages, puis très vite les villes. Là encore quoi de plus normal ; les normes ne sont pas toujours respectées, il y a du laisser-aller. Mais tout va bien tant qu’aucun lien n’est fait entre les feux et les décès. Pourquoi un feu aurait un lien avec une ou deux personnes retrouvées sans vie sans raison apparente. Et puis personne au début ne vérifiait si dans les flammes il y avait des corps calcinés. Pas de recensement, pas de décompte, pas de recherche. Une vie toute simple pour tous ceux qui doivent prendre des mesures sans en référer à qui que ce soit. Une plaine calcinée et trois victimes, pas de quoi souffler mot. Mais lorsqu’il s’agit d’un village qui brûle avec ses trois cent soixante dix huit habitants qui disparaissent, là il y a peut-être matière à article. Mais les réponses sont souvent les mêmes pour trouver des raisons à des incendies faisant des morts ; une accumulation de circonstances aggravantes qui n’ont fait qu’amplifier l’issue indéniable de cette tragédie. Ou c’est la faute à pas de chance. Il y a eu aussi comme excuses les catastrophes naturelles. Des lieux inaccessibles, coupés de tous soutiens logistiques. Les effondrements des sous-sols, aussi. Sans oublier la rapidité de l’embrasement, et les vents qui n’ont pas permis de s’approcher d’avantage des flammes.
Force est de constater que pendant très longtemps, le virus s’est propagé. Des hommes incendiaires l’ont combattu, tuant tant et tant de victimes. Mais des victimes malades, atteintes par ce virus. Les personnes saines ont été épargnées, surtout au début. Le schéma est toujours le même. Le virus est détecté, le périmètre est établi, le feu remplit ce périmètre. Puis le temps passe jusqu’à ce que le virus ne fasse à nouveau parler de lui. Ailleurs, juste à côté de l’ancien foyer ou complétement de l’autre côté du globe.
Bien évidemment les hommes de l’ombre, les décisionnaires ne restaient pas à attendre sans rien faire, sans rien entreprendre entre deux attaques virales. Ils collectaient des informations sur le virus pour pouvoir le combattre. Ils lançaient des recherches, des simulations, des expériences pour pouvoir enfin l’exterminer. Comme avec pleins d’autres germes. Et pas seulement des virus, mais aussi des bactéries, des champignons. Même des courants de pensées, mais ceci serait une autre histoire. Mais là rien. Aucune avancée. Pas la moindre piste, pas la moindre prise sur ce virus. Même les « sciences extra-terrestre » ont été mise à contribution. Sans le moindre résultat.
Il n’y a que le feu. Mais le feu ne le détruit pas. Il freine seulement sa course. Aussi d’un simple foyer, la terre est devenue un gigantesque brasier, une vraie fournaise.
Le brasier qui a mis la puce à l’oreille des anti complotistes, celui qui les a ralliés, a été le foyer de La Cathédrale. Lorsque cet édifice, plus que millénaire est parti en fumée avec plusieurs centaines de fidèles, là les autorités ont eu du mal à cacher l’étendu des dégâts. Tout le monde y est allé de sa version. Et personne n’a cru la version du voisin. Toujours est-il que la version officielle, que les versions officielles n’ont jamais trouvées leurs auditeurs. Jusqu’à ce que tous les décideurs, réunis dans une même place, le teint et le costume sombre annoncent d’une même voix que cela fait longtemps que le combat incendiaire anti viral a commencer. Que l’espoir n’est malheureusement plus de mise. Mais que chacun fera jusqu’au bout, avec toute la détermination maximale, tout ce qui est possible de réaliser pour essayer d’endiguer le fléau. Et que tant qu’il reste de la vie, aucune personne présente ne fléchira, ne baissera les bras. Comme avant eux leurs prédécesseurs.
Après tant de mensonges, d’omissions, de trahisons, d’arrangements entre puissants, tous les peuples se sont sentis... minables, misérables. Et de la révolte de cet incendie meurtrier à la résignation de notre non-futur, les dommages ont été encore plus importants. Plus d’avenir, plus de joie. Les êtres humains sont devenus bestiaux. Plus de règles, plus d’autorités. Dès lors certains foyers n’ont pas brûlé que des victimes du virus. Les décideurs ont brûlé des anarchistes et des anarchistes ont brûlé tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Aussi les feux consument d’autant plus rapidement la terre. Et les hommes disparaissent autant plus vite aussi.
Il n’y a presque plus de Monde. La terre se meure et elle n’aura pas d’héritière. Même les océans sont jonchés de débris calcinés. D’anciens refuges superflus pour certains êtres aisés, ou simples aventuriers, mercenaires ou doux rêveurs, moins fortunés venus chercher la même sécurité. Plus personne ne parle du changement et du réchauffement climatique, tant décrié pendant longtemps. Il est certain que l’empreinte humaine est plus que responsable de cette atmosphère surchauffée, de ce ciel rougi par les flammes et noirci par toutes ces épaisses fumées qui sortent de tout ce qui brûle. Il y a bien longtemps que les calottes polaires ne sont plus que d’anciennes images sur des sites historiques spécialisés. On ne sait pas qui a fait le plus de victimes ; les humains combattant le virus ou les humains se combattant entre eux ? qu’importe le résultat d’ailleurs. Tout comme je crois que tout le monde se fiche de savoir ce qu’adviendra du virus une fois l’humain exterminé. Que deviendra-t-il sans son hôte ? aura-t-il lui aussi perdu ?
Il n’y a plus d’espoir, il n’y a plus rien. C’est bientôt la fin, c’est inéluctable. Il n’y a même plus d’enfant nulle part. Est-ce que l’humain renaitra de ce brasier ? est ce que la terre renaitra de cet enfer, de cette fournaise, de ces flammes, tel le Phoenix ?

PRIX

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M. Iraje · il y a
Une vision crépusculaire d'un avenir suffocant .
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Chantal Noel · il y a
Renaîtrons nous de cette apocalypse programmée ? Texte brûlant !
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Vrac · il y a
Comme une loupe qui concentre les rayons du soleil, brûlant les herbes et les insectes, mettant le feu
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Patrick Peronne · il y a
Je lis en ce moment - L'humanité en péril - de Fred Vargas, et je garde sous le coude - La sixième extinction - d'Elizabeth Kolbert. Avec votre texte, brillant, je reste dans "l'ambiance".*****
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Pierrotdu84 · il y a
cf. Barjavel, "Ravages"
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Joëlle Brethes · il y a
Ce brasier final sonne apparemment le glas de notre sotte civilisation car je doute que nous renaissions de nos cendres !… :(
Bonne journée, Florent :)

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Felix CULPA · il y a
Vous faites feu ! Vous faites feu de tout bois et votre récit est une oeuvre philosophique et contemporaine, et une belle histoire d'anticipation ! Bravo ! Mes 5 voix pour vous Florent !
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Ginette Vijaya · il y a
On sort abasourdi , estomaqué de la lecture de ce texte . C'est un ardent réquisitoire , une démonstration implacable de ce que va devenir l’humanité après avoir traversé autant de brasiers .
Une écriture incandescente qui qui ne peut plus reprendre son souffle .

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Sisi Benh · il y a
Mes voix pour ce texte apocalyptique ^^
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Pierrotdu84 · il y a
Wow, c'est plus que noir, plus que rouge : carrément apocalyptique !
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