Sur le Mont

il y a
2 min
17
lectures
4

Des mots, depuis longtemps. Posés sur le bout de ma langue, invités par la formule magique des "Il était une fois". Des mots qui me relient aux autres et au monde alentour. Des mots qui ont fini  [+]

Image de 2020
La première fois que je suis allée sur le Mont, j’ai goûté immédiatement aux charmes de cette étroite route sinueuse qui bifurquait dans le village de Séchilienne. Nous quittions l’évidence des tracés asphaltés.
D’emblée, j’étais séduite. L’amie qui m’emmenait là-haut m’avait laissé entendre que je serais surprise. Alors, rien qu’à cette pensée, je salivais déjà !
Je ne me souviens pas de quel jour il s’agissait, encore moins de l’année, mais je me plais à penser que c’était mercredi, le jour des enfants qui n’ont pas trop grandi.
Plus nous montions, plus les virages devenaient épingles et la voie sous les arbres n’aurait guère permis de se croiser à deux. Alors que j’écris ces lignes, je convoque les souvenirs qui ne sont pas d’hier.
À l’époque, les maisons des hameaux que nous traversions brandigolaient à souhait et j’imaginais presque voir surgir un Dahu ou une autre bestiole improbable. Les Mathieux, les Thiébauds, les Finets, les Sabots : des petits mots jolis qui laissaient le temps à mon imagination de vagabonder tout son sou.
Quand nous sommes arrivées, là-haut sur la montagne, je n’ai pas vu de chalet, pas plus neuf que vieux. Nous nous sommes garées à l’entrée du domaine. Je dis domaine mais aucun panneau n’indiquait quoi que ce soit. Puis nous avons marché. Il était bien midi et nos ventres disaient l’heure plutôt que les cloches d’église que l’on n’entendait pas. Nous avions apporté un pique-nique frugal. Il y avait encore des plaques de vieille neige, on ne pourrait s’asseoir au risque de mouiller nos pieds et nos derrières. Nous cherchions le soleil, espérant un coin sec.
Un fragile chemin est parti sur la gauche. Une barrière, un jardin et... des sièges de ciment. Nous avons fait comme si... et nous nous sommes assises. Personne pour nous en empêcher, personne pour nous en faire reproche. C’était bon de goûter cet instant attendu, c’était bon de goûter cette autorisation que nous nous étions faite. En croquant nos sandwiches, nous riions de malice. Quel festin !
Sans hâte, nous avons rangé les restes du repas puis ma compagne m’a conduite jusqu’à une tombe sise sur le bord d’un fossé. Étaient inscrits un nom et deux dates et surtout, surtout, quelque chose comme « Mort ici dans la neige ». Ainsi, à cet endroit, la tourmente, jadis, avait sévi et emporté une vie. D’ici j’apercevais les toitures d’un village. Comment avait-on pu mourir à deux pas de chez soi ?
Avec ces mots en tête, cette question aussi, nous sommes parties pour regagner la route et poursuivre jusqu’aux habitations toutes proches. D’anciennes granges vermoulues, aux toits désappointés, aux murs fissurés. Personne ne vivait plus là. Sans doute depuis longtemps. Nous remontions le temps. Ces bicoques tordues étaient monde des contes, de sorcières et de fées aux longues chevelures. Nous avons cheminé ainsi jusqu’à un puits qui trônait sa margelle tout au bout du hameau. Les premières pousses printanières crevaient les plaques froides, le soleil réchauffait les pierres et les murets. Et nous étions si bien, à l’écoute des oiseaux qui ne prenaient pas risque à enchanter nos songes. Au contraire.
Puis l’air a fraîchi, les ombres se sont allongées, il a fallu partir. Nous aurions pu rester ici sans plus savoir ce qui se tramait loin, là-bas, dans la vallée. Nous aurions pu oublier sans éprouver souci. Pour ça aurait-il fallu croiser un magicien...
Quand nous avons retrouvé le rythme « civilisé », derrière nous la montagne se dressait, protégée par ses ruines. Pourrait-elle s’écrouler un jour de vile manière en emportant les traces de ce que nous avions vécu, ce jour et puis tant d’autres où je suis revenue avec des compagnons qui rêvent ?
À cette question double je n’ai nulle réponse.
4

Un petit mot pour l'auteur ? 10 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Albane Charieau
Albane Charieau · il y a
très beau moment de lecture
Image de Véronique Pédréro
Véronique Pédréro · il y a
C'est encore mieux d'aller à la rencontre réelle de ce lieu.
Image de Marie Quinio
Marie Quinio · il y a
Une balade dans les souvenirs heureux, des instants de vie qui marquent... C'est bien souvent l'immersion dans la nature qui permet aux petits bonheurs de rester gravés dans les mémoires.
Image de Tnomreg Germont
Tnomreg Germont · il y a
Merci pour cette ballade...
Image de Véronique Pédréro
Véronique Pédréro · il y a
Balade-ballade. Mais où donc est-ce ?
Image de Tnomreg Germont
Tnomreg Germont · il y a
Serait-ce vers le replat du Mont-sec ? Les Thiebauds, la Bathie....
Image de Véronique Pédréro
Véronique Pédréro · il y a
Yes, bingo !
Vous connaissez j'ai l'impression.

Image de Tnomreg Germont
Tnomreg Germont · il y a
Pas précisément, mais avec les indications de votre poème, j'ai fait mon jeu de piste
Image de Véronique Pédréro
Véronique Pédréro · il y a
Ben vous êtes fort !
Vous êtes de quel coin ?

Image de Tnomreg Germont
Tnomreg Germont · il y a

Vous aimerez aussi !