Souvenir d'une autre vie

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Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse  [+]

La photo en noir et blanc d’une famille. Une petite fille, à l’air satisfait, bien habillée. Elle est vêtue d’une robe blanche et deux rubans assortis couronnent ses cheveux tirés en arrière par des barrettes. Elle porte un chien. Elle le porte fièrement, comme un bébé, comme une poupée. Le chien marque le contraste des couleurs, sa robe est blanche et noire, il tire la langue. Il a, lui aussi, l’air satisfait. À droite se tient un homme assez vieux, il se tient très droit. Il a le front dégarni, son visage est soucieux, il parait ébloui. Le soleil n’éclaire qu’une partie de son corps, la partie droite. Il ne sourit pas, il se concentre — sans doute le temps d’une photo. Sa chemise blanche miroite la lumière, elle est froissée, les manches sont retroussées ; la chemise ressort du pantalon — l’homme ne s’est pas rhabillé pour la photo et semble presque pris sur le fait. Serré par une ceinture en cuir, son pantalon de toile semble clair mais peu éclairé par les rayons. Ses deux bras pendent et semblent toucher le pantalon. Une étrange impression se dégage de l’homme, il pose maladroitement, figé. Il n’est pas à l’aise. Il est désoeuvré. Peut-être est-ce seulement le soleil. La petite fille, à l’inverse, esquisse un mouvement vers l’objectif. Sa tête est légèrement penchée vers l’avant, ses sourcils sont froncés et elle sourit. Elle affronte la lumière et offre un regard heureux et conquérant. C’est elle qui porte le chien. Derrière eux un grand arbre ou une haie. Il semble faire très beau. Une belle journée en famille — c’est probablement la femme de l’homme qui prend la photo. Ils passent des heures ensemble, la mère a voulu immortaliser ce bonheur. Le père semble gêné par la démarche, il ne comprend peut-être pas sur l’instant l’intérêt d’une tel photo, mais il pose docilement pour faire plaisir. Il ne pose pas avec sa fille mais à côté. Elle, est ravie de l’initiative de sa mère. Elle paraît grande, elle voudrait pouvoir regarder la photo juste après, mais il faudra attendre que le marchand le développe. On la voit avec son chien qu’elle nourrit tous les jours avec de l’eau et des croquettes Purina. Son chien est plus heureux que celui du paquet.(1947 environ).
Elle est bien entourée. Sa mère la surveille — la regarde — et son père est présent. Il est droit mais n’est pas sévère. Être l’enfant unique, celui qu’on protège. Celui que l’on surprotège lorsqu’on en a perdu un autre.
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