Soir d'été

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L’après midi était chaude et lourde. Je me sentais moite et n’attendais qu’une seule chose, pouvoir rentrer chez moi et prendre une douche.
La journée n’avait pas été très productive. Comme souvent je n’attendais que les minutes dans le métro qui me séparaient de chez moi pour pouvoir m’évader dans les livres. Il me semblait que c’était les seuls moments où j’arrivais à trouver la paix.
Comme à chaque fin de journée, je me sentais vidée et esseulée comme si la réalité me sautait au visage d’un coup. Célibataire avec un chat je pouvais rarement faire moins cliché. J’essayais tant bien que mal de sortir afin de rencontrer des hommes qui pourraient me sortir de ma routine mais je ne trouvais personne qui puisse satisfaire mes attentes intellectuelles. Même si je voulais faire abstraction de leurs qualités humaines et me concentrer sur leurs attributs physiques l’envie de me retrouver au lit avec l’un d’entre eux n’arrivait jamais à surplomber celle de partir en courant à la vue de leur intelligence.
En cette soirée d’aout, je décidais de rentrer chez moi à pied. Autant profiter du soleil tant que Paris en a encore. Ainsi je commençais à marcher à pas de tortue essayant de ne pas trop suer, problème existentiel chez moi, j’avais tendance à trop transpirer. J’avais bien tenter des déodorants spéciaux, des pierres d’aluns et autre sortilège reconnus efficaces par 99% des femmes mais rien n’y faisait. Mon médecin avait eu un tact extraordinaire en me regardant droit dans les yeux et me disant que malheureusement certaines naissent avec de mauvais gènes et que je ne faisais pas exception à la règle.
Convaincue qu’il s’agissait donc d’un problème héréditaire, je m’étais mise à enquêter sur l’improbable histoire de la sudation dans ma famille. Force était de constater que certes le problème devait être héréditaire mais il commençait et s’arrêtait avec moi.
L’été devenait donc la saison redoutée et l’hiver la saison bénie. Même la disparition de soleil qui peut engendrer des dépressions chez certains ne m’atteignait pas. Je vivais la saison d’hiver comme certains vivent l’été : emmitouflée dans mes manteaux, mes pulls et mes sous pulls je vivais heureuse et sans aucune transpiration.
Au fur et à mesure que je me rapprochais de chez moi, je commençais à comprendre pourquoi en été les gens préféraient le métro. La chaleur était tellement présente qu’elle collait à ma peau et commençait à rendre mes vêtements un peu trop humides.
Afin d’éviter de rentrer chez moi trempée, je décidais de m’arrêter dans une librairie, d’une en espérant que celle-ci soit équipée d’une climatisation et l’autre car entre le supermarché et la librairie qui se tenaient devant moi, je préférais me nourrir de lecture que de gâteaux.
Je n’étais jamais rentrée dans une librairie pareille. La boutique était si exigüe, que chaque espace était mis à profit pour y ranger des livres. On aurait dit un couloir d’appartement, parquet au sol. Les livres sur les murs étaient si nombreux que je n’arrivais pas à distinguer la couleur du papier peint. Malgré la petite surface de la pièce, y régnait un calme absolu. Un léger parfum de livres anciens flottait dans l’air. Je m’y sentais bien, j’aurais voulu rester là des heures entières, connaitre chaque livre qui jonchait ce couloir et ce sol, parcourir ces œuvres en les laissant légèrement ouvertes et éventer les pages en humant le parfum si particulier de l’encre et du papier entremêlées.
Soudain sans l’avoir remarqué, un homme sorti de derrière une pile de livres. Il me dévisagea un instant. Je ne sus si ce fut l’état de sueur dégoulinant dans lequel je devais être ou la surprise que l’on pouvait lire sur mon visage, l’homme s’avança vers moi, me regarda plus attentivement, attrapa un livre dans une rangée qui m’était hors de portée et me le tendit. Je regardais le livre, la couverture, l’auteur. Non je ne connaissais pas je ne l’avais jamais lu. Je levais la tête pour pouvoir remercier l’homme. Il avait des yeux d’un vert tendre, ils vous enrobaient, vous berçaient. Sa peau était blanche et faisait ressorti ces grands yeux et ses pommettes saillantes. Ses cheveux d’un noir de jais et sa carrure imposante m’intimidait. Je me sentais rougir. Je le remerciais pour le livre et m’apprêtais à lui demandais combien je lui devais pour l’ouvrage. Mais je n’ai pas eu le temps de poser la question.
Cet homme si beau prit soudain mon visage entre ses mains et vint poser ses lèvres fines sur les miennes. Au début surprise, je finis par lui rendre son baiser, l’attirait vers moi. Nos corps ne faisaient plus qu’un. L’odeur un peu acide de son corps dans cette chaude journée d’été venait titiller mes narines et rendait mon corps électrique. La pression de ses lèvres contre les miennes et la chaleur qui émanaient de nos deux êtres me rendait extatique. Je n’avais plus l’impression d’exister. Comme si je n’attendais que le baiser de cet homme, mon corps se détachait lentement de mon âme et je perdais pied, m’abandonnait complètement et entièrement.
Lorsque nos deux corps se détachèrent je me sentais légère. Nous nous sommes regardés un instant et puis je finis par lui tourner le dos, pris le sens contraire du couloir et me retrouvait dans la rue. J’ai continué le reste de la route qu’il me restait jusqu’à chez moi, le livre sous le bras, attendant l’heure bénie ou je pourrais prendre ma douche et effacer l’odeur de cette chaude soirée d’été.
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