Sniper

il y a
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Soutirer une larme, provoquer un sourire, faire naître une émotion. Telle est ma devise  [+]

Le sniper était posté en haut de cet immeuble en construction . Cela faisait des heures qu'il se tenait à l'affût, guettant l'arrivée du 'colis'. Il pesta contre ces pays du tiers-monde où, venir à l'heure était un signe de faiblesse. De loin, les missions dans les pays développés lui étaient préférables. Les gens là-bas étaient ponctuels et cela lui évitait de poireauter autant. Le client se présentait à la minute près, il le liquidait d'une balle dans la tète, remballait son matériel et profitait de la panique générale pour filer à l'anglaise.
Enfin, la voiture officielle apparut au détour de la rue. Il chercha à obtenir la cible dans son viseur. Le rayon laser envoyé par son arme et qu'il était le seul à voir grâce à ses lunettes infra-rouge traçait un petit point rouge sur le front de l'homme politique. Pour Empêcher sa main de trembler, il avait pris sa dose de bêta bloquant. Un anti-diarrhéique lui était nécessaire pour contrer l'effet secondaire de cet inhibiteur calcique . Rien ne devait être laissé au hasard, absolument rien ne devait venir troubler sa concentration quasi-religieuse. Au moment d'appuyer sur la gâchette, il fut pris par une furieuse envie de se gratter la tête. Ça n'était pas possible. Dans cette dernière, qui continuait à le démanger, il repassa le film des évènements récents.
Il se souvint que ce matin en prenant sa douche, le shampoing utilisé était bien  hypo-allergénique mais contenait du Paraben. Erreur fatale. Il rembobina encore plus la pellicule et se rappela qu'en entrant dans la douche, sa fille adoptive Sarah qui était revenue de son footing matinal, en sortait. Elle avait dû vider sa bouteille à lui, celle à base d'Aloé-Vera, pour laver sa longue chevelure avant d'entamer la sienne. Ils ne se parlaient presque pas. Pour elle, c'était un étranger.
Un flashback lui fit visionner la joie de sa femme quand il avait accepté de se rendre à cet orphelinat. Il refusait catégoriquement de se faire calculer le nombre de spermatozoïdes par millilitre et leur mobilité. Cela touchait à sa virilité disait-il, mais en vérité il ne pouvait supporter que l'image de tireur d'élite qu'il avait de lui même soit rognée. Se doutait-il qu'il était l'objet d'un châtiment divin, Dieu ne pouvant lui accorder le privilège de donner la vie, alors qu'il la retirait à tant d'autres. Après dix ans de vie commune, elle lui avait alors lancé un ultimatum. Soit l'adoption, soit elle le quittait. Bien malgré lui, il accepta car il avait besoin de cette couverture sociale qu'est le mariage. En contre-partie, il demanda à ces employeurs de l'envoyer en mission le pus souvent possible et aux quatre coins du monde. Il partait semer ses projectiles en Amérique latine, en Afghanistan, en attendant le coup de maître. Le tir qui changerait la face du monde, comme celui de son idole, Lee Harvey Oswald, qui avait tué à bout portant, J. F. Kennedy. Il connaissait l'histoire de ce trente cinquième président des U.S.A par cœur. Sa femme Jackeline, son aventure avec Maryline, la crise avec Cuba, l'échec du débarquement à la baie des cochons et les tentatives infructueuses d'assassinat de Fidel Castro. Voilà une tâche qu'il aurait bien aimé mener à terme. Se débarrasser de ce révolutionnaire, ce plus communiste, tu meurs. Il eût un sourire en pensant au célèbre discours de J.F.K : ''Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez vous plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays.'' En tous cas, si lui avait su quelle gratification son pays lui réservait, il aurait déchiré ce texte avant de le prononcer.
Il arrêta la magnéto pour revenir au présent. Cette irritation cutanée risquait de lui coûter cher. La proie allait échapper au chasseur. Dans un effort surhumain, il se focalisa sur son objectif ; réajusta son fusil et fit feu. La balle partit à la vitesse de mille deux cent mètres par seconde. Une demie seconde lui a suffit pour parcourir les six cent mètres séparant les deux protagonistes du drame. Une demi-seconde de trop, car entretemps, l'homme avait bougé. Le pruneau traversa le pare-brise, les lunettes ray ban de la cible, son œil gauche et alla se loger dans la nuque du chauffeur. Ce dernier s'écroula sur le volant de la BMW série cinq qui braqua, percuta quelques badauds et alla s'écraser contre la pompe d'une station Shell. L'essence gicla comme l'eau d'une fontaine publique. Le Havanne que fumait le nouveau borgne, fournit à la situation l'étincelle qui manquait. Une formidable explosion qui ferait le bonheur du plus exigeant des pyromanes, retentit. En ouvrant le feu, il n'espérait pas provoquer un tel brasier. Rapidement, il désarticula son fusil et le rangea dans sa Samsonite. Il mit ses lunettes de soleil Ralph Lauren et emprunta les escaliers de secours.
En rentrant chez lui, il trouva les flics à son accueil. Sarah avait réussi à faire un double des clés de sa cave. En y accédant en compagnie de son amoureux, ils ont découvert une caverne d'Ali Baba avec un véritable trésor de guerre. On lui retira sa montre Rolex pour lui passer les menottes. Il lança un dernier regard à l'adolescente. Sa prochaine mission à sa sortie de taule venait d'être programmée.
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Guy Bellinger · il y a
Etats d'âme d'un sniper au moment du tir fatal. Un texte plus noir que noir.
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Chbani Zaki · il y a
Merci. Ça change du plus blanc que blanc comme disait Coluche. Black nouvelle matters.
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Felix Culpa · il y a
Chbani, ce texte mériterait de concourir. Vous maîtrisez tous les ressorts du drame humain. Vous connaissez la vie, les êtres humains et leurs pensées les plus secrètes, leurs désirs les plus inavouables, et vous nous entraînez avec émotion dans une belle aventure ! Votre récit et époustouflant, jusque dans ses moindres détais et ses situations.
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Chbani Zaki · il y a
Merci l'ami, si vous acceptez mon amitié. Je l'ai soumis mais le comité de lecture l'a refusé.
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Felix Culpa · il y a
J'accepte avec grand plaisir et honneur votre amitié !
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Joëlle Brethes · il y a
Waouh... Bravo !
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Chbani Zaki · il y a
Merci Joëlle.

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