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si votre couleur est le noir...

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Villefranche

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Pour comprendre et j’espère, savourer ce qui suit, il est indispensable d’avoir lu « Le bateau au dessus des nuages »

En quittant la préfecture hier soir, Kevin a confié son projet à Loïc son collègue et ami qui le remplacera pour la journée. Celui-ci a bien essayé de l’en dissuader lui rappelant que la dernière grosse éruption avait tué trois imprudents. Peine perdue. Kevin lui a promis de l’appeler dans l’après midi avec son portable.

Kevin et Mélanie sont maintenant séparés par le fleuve de lave. Kevin, littéralement scotché par le spectacle, met un moment à réaliser le danger. Mélanie remonte la pente aussi vite que possible malgré sa cheville douloureuse puis disparait à ses yeux, avalée par un nuage de fumée et de vapeurs de soufre.
Comprenant qu’il n’y a pas une minute à perdre, il reprend le sac à dos et tache de s’éloigner de la coulée. Ce sac tout à l'heure, lui paraissait léger, léger comme l'espoir d'une belle journée, léger comme la douceur d'être là avec Mélanie, léger comme une belle photo, léger comme le bonheur. Le sac a maintenant repris son poids réel. Kévin repère un rocher aux formes caractéristiques et dépose les quatre vingt mètres de corde et tout le matériel d’escalade. Il conserve avec lui, les quelques vivres, des vêtements et bien sûr son appareil photo.
Tout en remontant à la hate, il se retourne régulièrement pour immortaliser cette fantastique et éphémère beauté.
Le brouillard monte maintenant de l’aval enveloppant tout, modifiant le paysage. Il est par endroit si dense que chaque rocher est un obstacle sournois, il est impossible de s’orienter. Maintenant Kevin est au dessus de la coulée, il va retrouver Mélanie, avec un peu de chances le brouillard se dégagera le temps de faire quelques photos et ils rentreront les yeux éblouis de lumière et brillants de leur bonheur. Il l’appelle, crie son prénom à tue tête. Le brouillard étouffe les sons. On entend seulement le bruit de l’éruption un peu plus bas.
Il croise le balisage de peinture sur le sol et se met à le suivre en courant en direction du pas de Bellecombe. Arrivé au pied de la montée, il repart en courant dans l’autre sens, espérant qu’elle a aussi trouvé le balisage. Après la bifurcation qui suit la chapelle Rosemonde, il perd le balisage., court dans un sens, dans l’autre. Il s’épuise, fouille tous les recoins mais sans aucune visibilité, revient parfois sur ses pas et se perd. Epuisé, il pense alors au GPS de son smartphone. Vite, où suis je? Où a t elle pu aller? Il se fouille frénétiquement, fouille trois fois son sac. Impossible ! il a du tomber de la poche quand il a abandonné la corde et les baudriers.
Avec sa cheville douloureuse, Mélanie a du rester juste au dessus de la coulée. Sans hésitation, Kevin dévale la pente en courant dans la direction supposée de la coulée. En arrivant près du fleuve de feu, il trébuche et...

A ce stade de mon récit, un doute effroyable m’étreint. Une petite voix m’interpelle. Villefranche, as tu le droit?
Alors que -au choix des lecteurs - tu as déjà tué successivement Kevin et Mélanie, peux tu faire une nouvelle fin en les tuant tous les deux?
Non et non, tu ne peux pas.
Si votre couleur est le noir.... allez vous rhabiller! de préférence en rose.

Donc Kevin trébuche, se relève perclus et remonte en direction du sommet. La nuit qui tombe, le trouve exténué, blotti dans cette grotte de lave nommée chapelle de Rosemont.
Au petit matin, la brume est redescendue quelques centaines de mètres plus bas. Un beau soleil réchauffe doucement l’atmosphère. Le bruit si caractéristique de l’hélico le propulse littéralement hors de son abri. Il hurle, gesticule, agite son coupe vent rouge. Le bruit enfle, l’hélico fonce droit sur lui. Merci Loïc!
A bord de l’Ecureuil, il explique la situation à l’équipe de secours et trois minutes plus tard ils aperçoivent Mélanie sans connaissance près du sommet. Avec une incroyable dextérité, Mélanie est emballée sur le brancard et hissée à bord.
Kévin regarde défiler le paysage, grandiose tel qu’il ne l’a jamais vu. Vers l’est, la coulée qui a failli l’emporter. Puis le rempart et le cassé de la rivière de l’est. A gauche, le pas de Bellecombe puis Bourg Murat, enfin le cirque de Cilaos et à sa droite le piton des Neiges, qui, du haut des 3070 m toise tout l’océan Indien. Dans quelques secondes l’Ecureuil contournera l’arête des Trois Salazes avant de plonger sur Mafatte.

Kevin est scotché. Abasourdi par le panorama qui déroule sous ses yeux, abruti de fatigue et d’émotions, sa main gauche serre celle de Mélanie. Il lui caresse le visage, lui souffle à l’oreille des mots d’amour et de réconfort. Il n’entend pas ce cliquetis bizarre et ne vois pas cette petite fumée qui s’échappe sur le coté du rotor. Quand le pilote lève les yeux, il a juste le temps de percevoir un éclair...

Là bas, sur l’océan, au delà des nuages, un porte container s’apprête à livrer sa cargaison de machines à laver et de téléviseur.

Allons bon! Villefranche, tu as encore dérapé!
Vous pouvez garder le noir.

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Joëlle Brethes · il y a
Rhhhôôôô ! Villefranche : puisque c'est comme ça, je n'irai plus vous lire, na !
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Villefranche · il y a
Alors.... au rayon "ça finit bien" , je peux vous proposer "cinquante jours de brouillard"
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Joëlle Brethes · il y a
Avec un nom pareil j'hésite et je vais attendre d'être tout à fait "remise" de vos autres textes avant d'aller de nouveau barboter dans le drame ! ;-)
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Villefranche · il y a
Je vous l'ai dit: c'est sur l'étagère "ça finit bien"
Sinon, j'ai aussi en deux épisodes "Le voyage à Vienne" et "Le voyage à Vienne chapitre II"

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Diane · il y a
Diane
Trop, c'est trop! Tu exagères

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Joëlle Brethes · il y a
Je partage tout à fait cet avis ! ;-)
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Villefranche · il y a
Il fallait pas choisir le noir
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Brigitte Frérot · il y a
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle et cette fin dramatique ...
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Villefranche · il y a
Merci.
il y a quelques lignes plus bas le commentaire d'un pervers sadique qui trouve que je ne les ai pas assez fait souffrir!

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Christopher Olivier · il y a
Bon récit mais j'aime bien les histoires qui finissent mal.
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Villefranche · il y a
ils moururent heureux ... et n'eurent pas d'enfants!
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Marc Barbier · il y a
Très bien, original ce dialogue imaginaire entre l'auteur et ses lecteurs, tu as fini par noircir la fin tout de même. Bravo. Petite remarque: la fin arrive très vite je trouve par rapport au rythme du reste du récit. Mais peut être suis je un peu sadique de vouloir ainsi le récit d'une lente agonie ???
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Villefranche · il y a
Mon pari était que la curiosité pousserait un bon nombre de lecteurs à lire deux, voire les trois fins. Il ne fallait pas que ça prenne des plombes.
A part pour les sadiques.
Peut être devrais je écrire la version: "Si vous êtes un pervers sadique, tapez 4"

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