Sauvetage inespéré

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Passionnée, depuis l'enfance, de voyages, de lecture et d'écriture, j'essaie de les vivre intensément et il arrive parfois que mes passions se rencontrent. Mes voyages nourrissent mes histoires  [+]

Image de 2017
Stella était épuisée. Depuis la mort de sa mère, ses nuits étaient faites de rêves étranges. Elle pensait que ça allait passer mais deux ans après le décès ses terreurs nocturnes persistaient. La fuite des gens fortunés, qui les abandonnaient sur cette Terre devenue trop malade pour se réfugier sur Mars, ne faisait qu’amplifier ses angoisses. Ses journées étaient devenues inutiles et la sensation d’être aspirée par ses rêves grandissait. Même son patron, compatissant au début, commençait à la menacer d’un renvoi imminent si elle ne retrouvait pas ses capacités. Stella était devenue maladroite, elle bafouillait sans arrêt voire disait n’importe quoi :
- Tu peux me passer le sel qui est sur ton bureau, s’il te plaît ?
- Le sel ?
- Oui, celui à ta droite. J’en ai besoin. C’est pour un départ imminent.
- Mais enfin, Stella, il n’y a pas de sel sur mon bureau !
Elle se leva, agacée, maugréant contre sa collègue, pour aller prendre le dossier sans réaliser à quel point son entourage commençait à trouver son comportement inquiétant.
Nuit après nuit, le même scénario se reproduisait. Il faisait nuit noire, elle marchait le long d’une route sans voir d’horizon. L’endroit était désert et une épaisse brume lui donnait la sensation de marcher au fond de l’océan. Elle avait froid. Puis elle dérivait vers la droite attirée malgré elle par cette forêt dense. La brume devenait de plus en plus épaisse, elle trébuchait à chaque pas sur ce sol rocailleux, s’éraflait bras et jambes sur des branchages secs, angoissée par des bruits étranges provenant du cœur des bois. Elle arrivait alors devant une immense porte qui semblait toucher le ciel qu’elle ne discernait pas. L’épaisse porte s’entrouvrait dans un grincement sourd et elle se mettait à courir dans les airs. Des gens au regard désespéré essayaient de la saisir par les bras mais elle continuait sa course folle. Au bout d’un moment, à bout de souffle, elle finissait par se retrouver dans un endroit familier : son bureau, la maison de ses parents, la rue commerçante de son quartier. Et c’était toujours à ce moment-là que son angoisse oppressait son cœur. Cette nuit, elle était assise sur son canapé à regarder le journal imposé : « Le dernier koala au monde, au zoo de Munich, est mort ce matin. » Et elle voyait le koala trépassé la regarder : « Vous auriez dû venir me sauver. Vous auriez dû. Regarde dans quel état je suis maintenant ! » Il se décomposait à toute allure devant ses yeux remplis de larmes. Alors elle se relevait d’un bond sur son lit sans plus savoir où elle était. Le lendemain matin, après une nuit sans sommeil, obsédée par la vision de l’animal de sang et d’os, elle partit au travail sans remarquer les griffures qu’elle avait sur les jambes.
Harassée par ses rêves, au bord de l’épuisement, elle décida de consulter une grande prêtresse. Elle ne croyait pas vraiment en leurs prophéties mais beaucoup de ses amies lui avait rapporté des prédictions qui s’étaient avérées vraies. Alors pourquoi ne pas tenter sa chance de ce côté-là, histoire de se débarrasser de ses peurs ?
A peine franchi le seuil, une femme ronde, joviale, vêtue d’une large robe grenat, la prit dans ses bras, la serra chaleureusement contre elle. Stella devait avoir l’air ahuri car la médium s’empressa de lui expliquer :
- Tu as le don ma belle !
- Le don ?
- Oui, tu es des nôtres.
- Des vôtres ?
- N’as-tu pas des visions prémonitoires ?
- Non.
- Des flashs foudroyants ?
- Non plus.
- C’est bizarre... peut-être que tu n’es pas encore capable de les identifier... pourtant... ton don est déjà palpable...très présent !
- Je rêve beaucoup la nuit.
- Continue !
- Ce sont juste des rêves mais certains commencent toujours de la même manière et me laissent une sensation angoissante. Quand je me réveille, je me sens perdue.
- C’est ça !
- "Ça" quoi ?
- Ce sont tes rêves qui te permettent d’entrer dans l’autre monde !
- L’autre monde ! Mais quel monde ? Ce sont juste des cauchemars...
- Non ! Ce que tu vois est vrai, enfin plus ou moins. Tu arrives à franchir une dimension encore inconnue de la science mais tes visions nocturnes sont réelles. N’as-tu pas remarqué le lien entre notre monde et tes rêves ?
- Non.... enfin j’ai jamais réfléchi à ça, alors... peut-être que des choses se passent sans que je réalise le lien et...
- Forcément ! Écoute, je ne me trompe jamais et j’ai su en te touchant que tu étais comme nous. Tu vas rentrer chez toi et essayer d’analyser tes rêves à ton réveil. Être plus attentive à ce qui se passe ensuite autour de toi. Tu reviens me voir dans un mois.
- Mais je dois être attentive à quoi exactement ?
- Je n’en sais rien. C’est à toi de trouver le message que l’on t’envoie. Personne ne peut le faire à ta place.
- Vous parlez d’une histoire ! Vous ne m’aidez pas vraiment là!
- A toi de trouver la voie ! Maintenant que tu connais ton pouvoir, tu vas mieux entendre ce qu’ils te disent.
- Si vous le dites !
- Ecoute-moi bien Stella, si tu n’y crois pas très fort, tu ne comprendras jamais les messages qui te sont envoyés. L’humanité ne peut se permettre un tel gâchis en des temps si durs, tu comprends ?
- Comment savez-vous que je m’appelle Stella ?
Stella n’eut pour réponse qu’un large sourire empli de satisfaction. Elle la poussa vers la sortie et lui rappela leur prochain rendez-vous dans un mois.
La brume épaisse, le goudron gelé, la porte qui grince, le flottement...Soudain sa mère apparaît en peignoir fuchsia. Elle est en colère. Personne ne l’écoute. Même pas cet abruti d’éclaireur public ! Il est beau gosse pourtant, non ? Son patron lui tape sur l’épaule : « Bon, alors, tu m’aides, ça va pas se faire tout seul ! ». Et tous les deux se mettent à crier, hurler, leurs visages se déforment sous le coup de la colère et ils commencent à tendre des mains menaçantes vers elle, ils veulent la griffer. Elle bondit dans son lit, en sueur. Elle court à la salle de bains, allume et constate effarée, que sa joue est légèrement entaillée.
Lorsqu’elle croisa son patron ce jour-là, elle décida de lui parler :
- Dites, vous avez l’air contrarié ces derniers temps, tout va bien ?
- Non, ça ne va pas bien du tout. Les voyages pour Mars sont de plus en plus espacés. Il paraît que les conditions de vie sont très dures là-bas. Ils ne veulent plus trop qu’on leur envoie du monde. Ils préfèreraient qu’on investisse dans la recherche d’une autre planète habitable !
- Pourquoi ne pas réparer la nôtre ?
- Ah ! T’en as de bonnes toi ! Tu crois qu’on n’a pas essayé, peut-être ?
- Oui, je sais, mais on s’y est sans doute mal pris....
Elle laissa son patron bougonner dans son bureau et contacta le zoo de Munich : « Bonjour, je souhaiterais savoir comment se porte votre koala... bien mais prostré... Ah !... d’accord, merci ! ». Elle décida de rentrer plus tôt chez elle pour vérifier un dernier point. Au fur et à mesure qu’elle avançait, une brume légère glissait sur le bitume pour envelopper ses pas. Des frissons la parcoururent. Pourtant on était au beau milieu de la journée, elle ne rêvait pas ! Elle trouva l’allumeur public comme elle l’espérait. Il était occupé à brancher l’électricité comme il le faisait chaque soir depuis que notre planète bleue était devenue plutôt grise, des continents inhabitables, des océans impraticables et de forêts, elle n’en avait vues qu’en rêve. Sa mère avait raison. Il était vraiment craquant. Elle se lança :
- Vous aimez votre travail ?
- Non, pas vraiment. C’est juste un gagne-pain. Pourquoi ?
- Parce que je vous ai vu dans mes rêves.
- Pardon ?
- Ne vous inquiétez pas. Je ne cherche pas à vous allumer, sans mauvais jeu de mots ! Je voudrais juste savoir ce qui vous passionne vraiment.
- Vous êtes un peu bizarre vous... Sauver notre monde. Je sais que ça peut paraître...
- Non, c’est parfait ! Vous êtes exactement la personne dont j’ai besoin.
- Moi ?
- Oui, vous. Ça vous dirait de m’accompagner à Munich ?
A présent, une brume épaisse les enveloppait tout entier alors que la nuit tombait sur leurs jeunes vies.
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