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Sauvetage inespéré

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Helenadream

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Stella était épuisée. Depuis la mort de sa mère, ses nuits étaient faites de rêves étranges. Elle pensait que ça allait passer mais deux ans après le décès ses terreurs nocturnes persistaient. La fuite des gens fortunés, qui les abandonnaient sur cette Terre devenue trop malade pour se réfugier sur Mars, ne faisait qu’amplifier ses angoisses. Ses journées étaient devenues inutiles et la sensation d’être aspirée par ses rêves grandissait. Même son patron, compatissant au début, commençait à la menacer d’un renvoi imminent si elle ne retrouvait pas ses capacités. Stella était devenue maladroite, elle bafouillait sans arrêt voire disait n’importe quoi :
- Tu peux me passer le sel qui est sur ton bureau, s’il te plaît ?
- Le sel ?
- Oui, celui à ta droite. J’en ai besoin. C’est pour un départ imminent.
- Mais enfin, Stella, il n’y a pas de sel sur mon bureau !
Elle se leva, agacée, maugréant contre sa collègue, pour aller prendre le dossier sans réaliser à quel point son entourage commençait à trouver son comportement inquiétant.
Nuit après nuit, le même scénario se reproduisait. Il faisait nuit noire, elle marchait le long d’une route sans voir d’horizon. L’endroit était désert et une épaisse brume lui donnait la sensation de marcher au fond de l’océan. Elle avait froid. Puis elle dérivait vers la droite attirée malgré elle par cette forêt dense. La brume devenait de plus en plus épaisse, elle trébuchait à chaque pas sur ce sol rocailleux, s’éraflait bras et jambes sur des branchages secs, angoissée par des bruits étranges provenant du cœur des bois. Elle arrivait alors devant une immense porte qui semblait toucher le ciel qu’elle ne discernait pas. L’épaisse porte s’entrouvrait dans un grincement sourd et elle se mettait à courir dans les airs. Des gens au regard désespéré essayaient de la saisir par les bras mais elle continuait sa course folle. Au bout d’un moment, à bout de souffle, elle finissait par se retrouver dans un endroit familier : son bureau, la maison de ses parents, la rue commerçante de son quartier. Et c’était toujours à ce moment-là que son angoisse oppressait son cœur. Cette nuit, elle était assise sur son canapé à regarder le journal imposé : « Le dernier koala au monde, au zoo de Munich, est mort ce matin. » Et elle voyait le koala trépassé la regarder : « Vous auriez dû venir me sauver. Vous auriez dû. Regarde dans quel état je suis maintenant ! » Il se décomposait à toute allure devant ses yeux remplis de larmes. Alors elle se relevait d’un bond sur son lit sans plus savoir où elle était. Le lendemain matin, après une nuit sans sommeil, obsédée par la vision de l’animal de sang et d’os, elle partit au travail sans remarquer les griffures qu’elle avait sur les jambes.
Harassée par ses rêves, au bord de l’épuisement, elle décida de consulter une grande prêtresse. Elle ne croyait pas vraiment en leurs prophéties mais beaucoup de ses amies lui avait rapporté des prédictions qui s’étaient avérées vraies. Alors pourquoi ne pas tenter sa chance de ce côté-là, histoire de se débarrasser de ses peurs ?
A peine franchi le seuil, une femme ronde, joviale, vêtue d’une large robe grenat, la prit dans ses bras, la serra chaleureusement contre elle. Stella devait avoir l’air ahuri car la médium s’empressa de lui expliquer :
- Tu as le don ma belle !
- Le don ?
- Oui, tu es des nôtres.
- Des vôtres ?
- N’as-tu pas des visions prémonitoires ?
- Non.
- Des flashs foudroyants ?
- Non plus.
- C’est bizarre... peut-être que tu n’es pas encore capable de les identifier... pourtant... ton don est déjà palpable...très présent !
- Je rêve beaucoup la nuit.
- Continue !
- Ce sont juste des rêves mais certains commencent toujours de la même manière et me laissent une sensation angoissante. Quand je me réveille, je me sens perdue.
- C’est ça !
- "Ça" quoi ?
- Ce sont tes rêves qui te permettent d’entrer dans l’autre monde !
- L’autre monde ! Mais quel monde ? Ce sont juste des cauchemars...
- Non ! Ce que tu vois est vrai, enfin plus ou moins. Tu arrives à franchir une dimension encore inconnue de la science mais tes visions nocturnes sont réelles. N’as-tu pas remarqué le lien entre notre monde et tes rêves ?
- Non.... enfin j’ai jamais réfléchi à ça, alors... peut-être que des choses se passent sans que je réalise le lien et...
- Forcément ! Écoute, je ne me trompe jamais et j’ai su en te touchant que tu étais comme nous. Tu vas rentrer chez toi et essayer d’analyser tes rêves à ton réveil. Être plus attentive à ce qui se passe ensuite autour de toi. Tu reviens me voir dans un mois.
- Mais je dois être attentive à quoi exactement ?
- Je n’en sais rien. C’est à toi de trouver le message que l’on t’envoie. Personne ne peut le faire à ta place.
- Vous parlez d’une histoire ! Vous ne m’aidez pas vraiment là!
- A toi de trouver la voie ! Maintenant que tu connais ton pouvoir, tu vas mieux entendre ce qu’ils te disent.
- Si vous le dites !
- Ecoute-moi bien Stella, si tu n’y crois pas très fort, tu ne comprendras jamais les messages qui te sont envoyés. L’humanité ne peut se permettre un tel gâchis en des temps si durs, tu comprends ?
- Comment savez-vous que je m’appelle Stella ?
Stella n’eut pour réponse qu’un large sourire empli de satisfaction. Elle la poussa vers la sortie et lui rappela leur prochain rendez-vous dans un mois.
La brume épaisse, le goudron gelé, la porte qui grince, le flottement...Soudain sa mère apparaît en peignoir fuchsia. Elle est en colère. Personne ne l’écoute. Même pas cet abruti d’éclaireur public ! Il est beau gosse pourtant, non ? Son patron lui tape sur l’épaule : « Bon, alors, tu m’aides, ça va pas se faire tout seul ! ». Et tous les deux se mettent à crier, hurler, leurs visages se déforment sous le coup de la colère et ils commencent à tendre des mains menaçantes vers elle, ils veulent la griffer. Elle bondit dans son lit, en sueur. Elle court à la salle de bains, allume et constate effarée, que sa joue est légèrement entaillée.
Lorsqu’elle croisa son patron ce jour-là, elle décida de lui parler :
- Dites, vous avez l’air contrarié ces derniers temps, tout va bien ?
- Non, ça ne va pas bien du tout. Les voyages pour Mars sont de plus en plus espacés. Il paraît que les conditions de vie sont très dures là-bas. Ils ne veulent plus trop qu’on leur envoie du monde. Ils préfèreraient qu’on investisse dans la recherche d’une autre planète habitable !
- Pourquoi ne pas réparer la nôtre ?
- Ah ! T’en as de bonnes toi ! Tu crois qu’on n’a pas essayé, peut-être ?
- Oui, je sais, mais on s’y est sans doute mal pris....
Elle laissa son patron bougonner dans son bureau et contacta le zoo de Munich : « Bonjour, je souhaiterais savoir comment se porte votre koala... bien mais prostré... Ah !... d’accord, merci ! ». Elle décida de rentrer plus tôt chez elle pour vérifier un dernier point. Au fur et à mesure qu’elle avançait, une brume légère glissait sur le bitume pour envelopper ses pas. Des frissons la parcoururent. Pourtant on était au beau milieu de la journée, elle ne rêvait pas ! Elle trouva l’allumeur public comme elle l’espérait. Il était occupé à brancher l’électricité comme il le faisait chaque soir depuis que notre planète bleue était devenue plutôt grise, des continents inhabitables, des océans impraticables et de forêts, elle n’en avait vues qu’en rêve. Sa mère avait raison. Il était vraiment craquant. Elle se lança :
- Vous aimez votre travail ?
- Non, pas vraiment. C’est juste un gagne-pain. Pourquoi ?
- Parce que je vous ai vu dans mes rêves.
- Pardon ?
- Ne vous inquiétez pas. Je ne cherche pas à vous allumer, sans mauvais jeu de mots ! Je voudrais juste savoir ce qui vous passionne vraiment.
- Vous êtes un peu bizarre vous... Sauver notre monde. Je sais que ça peut paraître...
- Non, c’est parfait ! Vous êtes exactement la personne dont j’ai besoin.
- Moi ?
- Oui, vous. Ça vous dirait de m’accompagner à Munich ?
A présent, une brume épaisse les enveloppait tout entier alors que la nuit tombait sur leurs jeunes vies.

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Helenadream · il y a
Ce n'est pas grave. Ce qui compte pour moi c'est que les gens qui me lisent apprécient mes textes... Pour le reste... On apprend aussi de ses échecs; je ne fais aucune publicité, je ne vais pas sur les autres pages inviter les gens à venir me lire car ce système me gêne mais j'en accepte complètement les conséquences.
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Richard Laurence · il y a
Un très beau texte !
Si vous souhaitez un commentaire précis et argumenté, n'hésitez pas à demander et, de même, ne vous gênez pas pour venir commenter, critiquer ou même détester ma "Frontière de brumes"...
Tous mes vœux pour cette nouvelle année !

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Yann Olivier · il y a
J'aime. Je vote.
Je suis aussi en compétition : http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Jean Jouteur · il y a
Le plus angoissant, quand on possède le don, c'est de l'admettre et de ne pas se laisser envahir par la brume qu'il nous inspire. Un texte SF (à suivre) qui souffre peut être de se voir réduit à un si court format.
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Helenadream · il y a
Oui,un ami m'a fait le même commentaire. J'écrirai peut-être la suite du coup, juste pour le plaisir!
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Pascal Depresle · il y a
Un très bon texte. Un très bon moment de lecture. Mes voix. Si le cœur vous en dit je vous invite à découvrir mon univers avec "Le Grandpé", "L'héroïne" ou "Tata Marcelle"
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Patrick Peronne · il y a
Un récit bien mené de bout en bout. Les dialogues du début ("tu peux me passer le sel"...) sont savoureux, la suite ne faiblit pas. Tous les ingrédients sont là pour offrir une lecture de qualité.
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Helenadream · il y a
Merci beaucoup pour votre commentaire. Cela me fait très plaisir!!!
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Sylvie Franceus · il y a
Ah la grande prêtresse et ses révélations et la brume épaisse !
Ah finalement, il suffit de croire en ses rêves pour qu'ils se réalisent, c'est si simple !
Merci !

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Helenadream · il y a
Ou en tout cas suivre ses intuitions, nous nous y risquons si peu! Merci à vous!
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Keith Simmonds · il y a
Une histoire bien écrite et fascinante ! Mes votes ! Mon récit, “Croisière”, est en compétition pour le Prix 2017 Imaginarius. Une invitation à partir en voyage si vous ne craignez pas la brume en mer ! Merci d’avance et passez de bonnes fêtes!
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/croisiere-2

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Helenadream · il y a
Bonnes fêtes à vous également! Merci pour votre message... Je risque peut-être d'avoir le mal de mer?
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Keith Simmonds · il y a
Je ne crois pas, mais la brume risque de vous faire peur ! A bientôt !
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