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Sale cabot

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Laurent Prum

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Il y a la cour carrée, mon royaume, cette étendue de goudron et mon logis vieilles planches de bois troués, papiers journaux trempés en paillasse. Il y a mon regard de rue sale après le carnaval, celui que j’offre narquois à ceux qui passent, ici. Rares, promeneurs que je scrute, que je guette, que j’attends sans patience, que je nargue à l’esbroufe. C’est que faut pas m’approcher, pas me toucher, pas me la faire à moi. J’ai de l’urticaire, du pus sous pli, mes sphincters qui puent la mort, un poil drue, court, délavé, tuméfié. La crasse, la galle aussi surement. Et je hurle à tout crin. Nuit et jour je dégueule ma bile sur le silence, des dormeurs, ces connards. Je suis vil, inconsolé, inconsolable, un peureux qui l’dit pas. Je suis fier de n’être rien, fier de ma fierté, fier de ma douleur. Et de mes crocs, d’la bave qui mousse, qui éclabousse sur la boue sillon de mes terres. Et je la guette ma proie, le mollet, le jarret, la gorge s’il faut. Car je croquerai crue, croquerai sang, croquerai dedans et ne lâcherait rien. Faire mal. Oui faire mal parce que c’est bon, ce mal là qu’on offre sans raison, parce que l’autre qui passe là, on va se l’faire, on va s’l’offrir, même si faut se les prendre, les coups de savate mal balancés, les coups de taloches qui dévissent le cou et brisent la nuque et même s’il faut que ça soit la piqûre, la fameuse, la létale, le coup d’arrêt, moi j’m’en contrefiche, j’m’en balance car c’est dans un chuintement dégoutant...que je partirai.
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