Sacrés sept nains

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L’autre soir, j’ai décidé de changer d’histoire. J’en avais ma claque de lire la même depuis dix
jours. Alors j’ai pioché au hasard dans la pile de livres posés sur la table de chevet, et j’ai ouvert
le bouquin avant même de regarder de quoi il s’agissait. Grosse erreur.
Blanche-Neige et ces fichus sept nains.
Ma fille ouvrait déjà de grands yeux, hypnotisée par la robe de la princesse.
J’allais devoir édulcorer un peu la méchante belle-mère, le chasseur envoyé arracher le cœur de
cette godiche et sans doute faire sauter la sorcière au nez crochu à la fin... Bon, au moins,
l’extinction des feux viendrait plus vite.
C’est ce que je croyais.
Tout se passait comme sur des roulettes jusqu’à ce qu’on arrive à la cohabitation entre ces
satanés nains et la princesse. Enfin, cohabitation, plutôt exploitation. Entre le ménage, le
repassage, la quête de bois et d’eau, la préparation des repas... cette pauvre Blanche-Neige sue
autant que ses nouveaux amis au fond de leur mine. Mais ce n’est malheureusement pas ce qui
indigna ma fille.
« Il est où le frigo ?
— Euh... Ils n’en ont pas, ma chérie.
— Pourquoi ?
— Il n’ont pas l’électricité.
— Pourquoi ?
— Parce qu’ils vivent au fond des bois.
— Pourquoi?
— Parce que ça leur plaît de vivre dans la nature.
— Mais ils n’ont pas de frigo.
— Non, ma chérie, ils n’en ont pas.
— Pourquoi ils n’ont pas de frigo ?
— Parce qu’ils n’ont pas l’électricité, il faut du courant électrique pour faire fonctionner un
frigo.
— Pourquoi ils n’ont pas l’électricité ?
— Parce que, tu vois, il n’y a pas de poteau électrique à côté de leur maison, et il n’y a pas non
plus de prises de courant dans les murs. Ils ne peuvent pas avoir de frigo.
— Mais il est où le frigo ? »
J’inspirai un grand coup, me composai un sourire bienveillant et lançai à ma fille :
« On va résoudre le problème. »
Je me levai pour aller attraper sur son bureau des crayons de couleur.
Sous son regard scrutateur, je dessinai dans un coin de la cuisine de ces maudits sept nains un
magnifique frigo. Pas très grand, pas trop large, étant donné la taille de leur chaumière. Aux
formes plutôt arrondies, rouge avec une poignée noire. J’ajoutai même une multitude de photos
et de dessins accrochés sur la porte grâce à des aimants. Au sommet, je m’appliquai à reproduire
un panier d’osier empli d’oignons, d’ail et d’échalotes. Ainsi que trois planches à découper,
pour faire bonne mesure.
Mon œuvre enfin terminée, j’observai le visage de ma fille.
Sourcils froncés, elle étudiait le résultat.
« Et il est où le congélateur ? »
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Eva Dayer · il y a
Les contes ont besoin d'une sérieuse rénovation ...

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