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Rupture - Impressions

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Faf

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Sous la voûte bleutée, où voguent les nuées blanches, virevoltent les traits jaunes phosphorescents qui giclent du soleil et viennent mourir contre l'épais brouillard blanc qui nappe les voies bordant la Seine. Paris s'était paré de couleurs automnales, un rouge cuivré s'était emparé des arbres et dévorait le vert de l'été. Le voile blanc recouvrait la Seine, enveloppait le pont des Arts et floutait les couleurs des enseignes des commerces qui arborent les quais. Les fumées des cheminées se fondaient dans ce tissu blanchâtre. Nous étions là sur les pavés jaunis, autrefois côte à côte, désormais face à face. J'étais vert de rage, rouge de colère, devant tes grands yeux noirs qui me faisaient comprendre que ton futur était derrière mes lignes d'horizon. Là-Bas. Loin. Derrière ces lignes jaunes que tu as si souvent franchies. J'étouffais mes larmes, les retenant pour ne pas qu'elles inondent le blanc de mes yeux et laissent des traînées roses sur mes joues irritées. Désinvolte comme du haut d'un perchoir, tu semblais me regarder de haut, j'étais devenu inférieur. Ce regard arrogant me laisserait des bleus à l'âme pour mon éternité. Je rougissais de honte et d'une violence intérieure, qui éructait en moi comme la fumée sortant d'un volcan. Par bouffée blanche, annonçant les longues coulées de cette lave orange et noire qui ravageraient les alentours. Des mots saignants sont sortis au travers de mes lèvres violettes, transies par le froid et la peur, violemment, distinctement : un flot continu faisant jaillir frénétiquement un déchaînement de verbes et de souvenirs. Tu m'écoutais vociférer, sans mot dire, t'enquérant parfois, d'un regard fuyant, du quand dira-t-on des passagers éphémères, ces silhouettes sans couleur qui tournoient et s'arrêtent devant notre comédie humaine, comme devant une pièce dont on attend les bons mots. Alors que l'écume opaque se dissipait, tu m'abandonnais là, vidé de ma substance, transparent. Ma flamme intérieure autrefois si animée, nourrie par notre amour s'éteignit ce jour-là. J'errais comme une ombre au pays des Lumières, j'échouais dans une rame de métro où la chaleur des autres venait bercer ma triste solitude. Les vrombissements de la rame, les rutilements des néons brillants comme des naines blanches, me remplissaient d'une saveur réconfortante. Entouré d'autres vies que la mienne, mon chagrin et mes idées noires se mêlaient à ceux des autres, emplissant les souterrains d'une tristesse qu'on ne voit qu'à Paris.
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Utilisateur désactivé · il y a
Un texte où la synesthésie règne et entraîne le lecteur dans un tourbillon d'émotions toutes plus belles et plus pures les unes que les autres. On y sent une incroyable sincérité, l'effet n'en est que plus efficace. Pourquoi ne pas l'avoir publié en tant que poème en prose ? En tout cas, bravo !
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Alain Albaric · il y a
Y'a un truc qui cloche je crois dans "les retenant pour ne pas qu'elles inondent le blanc de mes yeux", non ?
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Alain Albaric · il y a
J'adore "ton futur était derrière mes lignes d'horizon".
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