Roses sanglantes

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Je suis seule, assise dans un coin de ma chambre, et je rêve. Je rêve du soleil, du vrai, de celui que je ne vois jamais dans cette chambre sans fenêtre. Je songe à partir loin de tout ça, de cette petite pièce blanche. Je déteste le blanc, il me rappelle la souffrance. Je déteste cet endroit, je déteste cette vie.
La porte s'ouvre : du blanc, encore du blanc, toujours du blanc. Je ferme les yeux, j'attends la douleur. Cette fois je ne crie pas, je n'en ai pas le courage. J'entends ma porte se rouvrir puis se fermer : elle est partie. Ni bonjour ni au revoir.
Je ne parviens plus à ouvrir les yeux et je me sens glisser peu à peu dans les abysses sombres de mon esprit.

Ici au moins plus rien n'est blanc. Toutes les fleurs qui tapissent mon monde sont depuis longtemps devenues rouges. Je les caresse du bout des doigts. J'aime le rouge, c'est la couleur du sang sur mes mains. Je sens soudain une présence derrière moi, je me retourne et distingue une silhouette de femme. Qui ose s'introduire dans ma tête ? La femme
s'approche, ce n'est que ma mère. J'aurais dû m'en douter, elle veut me punir. De toute façon c'est trop tard, elle est morte et enterrée depuis un mois déjà. Je comprends alors ce qui se passe : tout recommence.
C'est au tour de mon père. Il arrive vêtu du costume qu'il portait ce soir là. Pourquoi ? Pourquoi font-ils ça ? Pourquoi me hantent-ils ? Je sens une larme chaude glisser le long de ma joue. Ce n'est pas du regret mais de la colère. C'est de leur faute, tout est de la faute de mes parents! Quand mon père s'évapore je baisse la tête et regarde mes fleurs redevenues blanches, comme elles l'étaient il y a un mois. Je relève la tête, bien sûr la porte rouge est devant moi, comme chaque fois. Je sais ce qui m'attend derrière cette porte, je sais ce que je vais voir. Je vais devoir revivre ce fameux soir, le soir où mes fleurs blanches comme la douleur, blanches comme l'innocence, se verront devenir rouges comme le sang. C'est ce soir que l'épée de Damoclès qui flottait au dessus de la tête de mes parents s'est abattue violemment sur eux, sans crier gare.

C'était un vendredi, mon père venait de rentrer, il était fatigué. Ma mère, elle, épluchait minutieusement mon bulletin de notes. Puis ce qui devait arriver arriva : une note trop basse pour elle. Si elle en avait averti mon père il m'aurait enfermée dans ma chambre, deux jours, sans manger. Mais cette fois, la punition ne fut pas pour moi. Tout se met à défiler de plus en plus vite devant moi : les cris, la lutte, le couteau... Et puis bien sûr, à chaque seconde, une fleur de mon esprit se tâchait de sang, une partie de moi disparaissait. Ce soir là l'enfant modèle que j'étais disparut pour laisser place à la folle que je suis. Je pensais que mon acte mettrait fin à la douleur, finalement je n'ai gagné qu'une vie de solitude blanche, dans cet hôpital blanc.
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