Rose est la vie

il y a
5 min
186
lectures
58
Qualifié

Ce matin, comme tous les jours, le réveil a sonné. Vite, je saute du lit, et me dirige vers la cuisine pour un solide petit déjeuner. Ensuite, quelques mouvements de gym et une bonne douche pour se réveiller. I

Un shampooing que je laisse poser quelques minutes, et pendant ce temps je me savonne.

Tout au plaisir de sentir l’eau sur ma peau, mes doigts rencontrent sous le sein gauche, une petite boule, enfin petite pas tant que ça finalement ! Mais qu’est-ce que c’est ? Une boule de graisse ? Une piqure d’insecte ? Elle ne me fait pas mal c‘est déjà çà.

Je ne m’inquiète pas plus, mais ayant une visite prévue chez le médecin deux jours plus tard, je lui en ai parlé. Je me déshabille, il m’ausculte et fronce les sourcils.

Je lui demande ce qui ne va pas, il me répond que pour éviter tout doute, il faut faire des analyses et appelle directement l’hôpital, afin de procéder aux examens adéquats.

Deux jours après, me revoilà donc dans une salle d’attente, pour une mammographie.

Radio des seins, où l’on vous presse la poitrine dans un étau ! Ne respirez plus ! Mais non madame, ce n’est pas douloureux, juste désagréable !

Enfin c’est terminé et j’attends que le radiologue examine les clichés.

La porte s’ouvre enfin et j’entends mon nom. J’entre dans le bureau, et là, oh stupeur, le docteur me dit qu’il voit une tâche et qu’il faut sans plus attendre procéder à une biopsie. C’est quoi ça ? Il me dit qu’il s’agit d’une ponction de cellules dans la lésion du sein, pour voir si la grosseur est cancéreuse. Il m’explique tout de façon clinique et professionnelle, mais je vois bien dans son regard, que ce n’est pas anodin.

Il me propose de procéder à cette ponction mammaire rapidement, car, il faut agir vite, le cancer du sein, s’il est pris au stade initial se guérit bien.

Je n’arrive pas encore à réaliser. Je me rends jusqu’au parking, récupère mon véhicule. Je ne sais pas comment je suis rentrée chez moi, mais me voilà devant la porte du garage. Je manœuvre pour me garer.

Le claquement de la portière me fait sursauter, et me fait prendre conscience de la réalité des choses.

Deux jours plus tard, la biopsie a lieu. L’infirmière douce et gentille m’explique comment elle va procéder. L’aiguille s’infiltre dans le tissu malade. Ensuite elle recueille le prélèvement dans une poche stérile qui est envoyée immédiatement en laboratoire. Les résultats me seront transmis sous huit jours.

Huit longues journées à attendre, à se morfondre, à imaginer le pire. Pour le moment, je n’ai encore rien dit à mes proches, je ne veux pas les affoler inutilement si le diagnostic est négatif.

Finalement, la semaine est passée. Je cours à la boîte aux lettres pour voir s’il y a un courrier du labo, mais non toujours rien. Et là, j’entends la sonnerie du téléphone. En consultant l’écran de mon portable, le numéro de mon médecin s’affiche. J’ai comme un grand blanc. Mon cerveau ne veut pas comprendre, ne veut pas entendre, ne veux pas savoir. S’il appelle, c’est que ce n’est pas bon.

Je prends la communication, et le verdict tombe. La tumeur s’avère cancéreuse. Il veut me voir dans la journée pour m’expliquer le protocole à suivre. 

Je me rends à son cabinet, mais l’inquiétude sournoise, s’infiltre dans tous les pores de ma peau.

Je suis au bord de la nausée. En arrivant je saute de la voiture. Il m’attend. Et commence alors un véritable chemin de croix : il faut envisager une chimiothérapie. Il me conseille alors vivement d’en parler à mes proches.

Devant mes larmes que je n’arrive pas à retenir, il me dit que tout va bien se passer.

Nous convenons de commencer le traitement à la fin du mois, ce qui me laisse le temps de préparer ma famille.

Le retour à la maison se fait comme dans un épais brouillard. Mon mari n’est pas encore rentré.

Le voilà et je ne sais comment lui annoncer la nouvelle. Il me connait bien et voit tout de suite que quelque chose ne tourne pas rond.

Alors je lui explique l’inconcevable, l’innommable. La bête est en moi, et il va falloir beaucoup de courage et d’abnégation pour la chasser. Il me prend dans ses bras, et m’assure de son aide et de son soutien indéfectible, ce dont je ne doutais pas. Cette épreuve nous allons la traverser à deux. Mais il va quand même falloir prévenir les enfants, et cela ne va pas être facile.

Le week-end arrivant, j’appelle les enfants, pour les convier à un bon déjeuner Comme d’habitude, ils sont partants car ne se voyant pas souvent, ils aiment se retrouver dans leur cocon familial.

Le dimanche, mon époux et moi-même avons mis un soin particulier aux préparatifs du repas.  Nous convînmes de leur parler au dessert, histoire de privilégier encore un peu, ce bon moment passé ensemble.

Le gâteau (un succulent baba au rhum, mon préféré) fut servi avec le café. Une fois dégusté, je pris une grande inspiration et me jetais à l’eau. L’annonce de mon cancer fit l’effet d’un coup de massue. Les enfants ne comprenaient pas ! Ce n’était pas possible, pas leur maman ! Ils m’entourèrent de leur affection et bien sur tout le monde était en larmes.

Les jours qui suivirent furent compliqués, la chimiothérapie n’étant pas vraiment une partie de plaisir.

Mon mari m’accompagnait, à chaque fois, et c’est dans son regard que je puisais la force dont j’avais besoin.

Les séances de rayons se succédaient avec leurs lots de nausées, pertes de cheveux, etc...

A chaque retour, j’étais très affaiblie et c’est vraiment le soutien inconditionnel de mes enfants qui m’a fait tenir le coup.

Ma fille vint m’aider à choisir une perruque, et devant le miroir, nous fîmes des essayages en pouffant de rire comme des gamines.

Au bout de six mois, je m’étais habituée aux visites à l’hôpital. Les soignants s’efforçaient de me rendre les soins le plus agréable possible. Mon moral était fluctuant mais je n’ai rien lâché.

Et un beau jour, je fus convoqué par le professeur qui me suivait. Il avait quelque chose à m’annoncer. Au vu des dernières radios, la tumeur semblait avoir disparue.

Il fallait bien sûr procéder à des examens complémentaires, mais il avait bon espoir. Je ne lui ai pas sauté au cou, mais il a dû voir à ma tête que ce n’est pas l’envie qui m’en manquait.

Il me dit malgré tout qu’il fallait rester prudent, que rémission ne voulait pas dire guérison.

Je le remerciais de tout mon cœur.

Je ne rentrais pas directement à la maison, car il fallait au préalable que je digère l’information, que je me l’approprie.

Je décidais de profiter de la clémence du temps pour m’octroyer une promenade dans le parc proche du centre hospitalier.

Je déambulais dans les allées, où les rosiers exhalaient un parfum de liberté. J’avais envie de crier à la face du monde que j’avais vaincu cette saloperie de maladie ! Je m’assis sur un banc, près d’une jolie fontaine, et me décidais quand même à appeler mon mari pour lui faire part de la bonne nouvelle.

Il fut infiniment soulagé, et décida de me rejoindre immédiatement afin de partager mon bonheur.

A son arrivée, je me jetais dans ses bras. Nous nous embrassâmes longuement et rentrâmes tranquillement chez nous.

Je n’ai pas été amputée du sein, mais malgré tout, il restait très sensible au toucher, et je ne pouvais supporter de me mettre torse nu devant mon conjoint.

Ma fille décida de me relooker, et m’emmena faire les boutiques afin de renouveler ma garde-robe pour me redonner l’envie d’être une femme à part entière. Nous choisîmes des vêtements adaptés à ma nouvelle morphologie, afin surtout de cacher les cicatrices autant visuelles que morales.

Et petit à petit je reconstruis ma vie, en appréciant chaque jour les petits plaisirs qu’elle nous apporte.

Le chemin fût long et douloureux pour accepter mon nouveau corps, et accepter le contact physique.

Je repris lentement les séances de sport, notamment à la piscine, et pratiquer activement la sophrologie qui m’apporte calme et sérénité.

S’il y a une chose à retenir de cette épreuve, c’est qu’il faut se battre, quoiqu’il advienne et qu’il faut être bien entouré. Le mental étant pour moitié dans la guérison.

 

58

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,