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Romance et Paysages

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La petite inuit

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FINALISTE
Sélection Public

Jour premier, début de Romance.

Je marche le long des routes depuis quelques années maintenant. J'aime sentir le sol sous mes pieds, sentir la douceur du sable, la saillante pointe des gravillons ou la rondeur de l'herbe. Je suis tombé amoureux de ces routes et des paysages qui les entourent. Les kilomètres ne comptent plus tant le plaisir de découvrir est grand. J'ai vu beaucoup de paysages tous bien différents, tous particuliers. Sombres mystères, légendes mystérieuses, chacun a leur façon m'ont permis de réfléchir, de penser et d'écrire. Je suis le Romancier des Paysages. J'aime ce pseudonyme, il m'offre un lien particulier avec ces immensités. Cette relation que j'ai su créer avec toutes les belles choses que je rencontre est inexplicable. Je suis incapable d'entretenir ce genre de liaison avec les autres. A mes yeux, je ne suis pas fait pour eux et leur vie. Je préfère parcourir le monde, à la recherche de ce paysage qui me fera perdre pied, qui me fera chavirer, comme le cœur d'un homme amoureux.
Aujourd'hui, je marche en direction d'un lac irlandais dans le comté de Kerry, Lough Leane. Je suis au milieu des plaines. Les quelques conducteurs passant sur cette route me regardent et me sourient. Ils ont l'air heureux. C'est agréable de marcher aujourd'hui, il fait beau et le vent ne souffle pas encore. Je suis les panneaux pour trouver cette magnifique étendue. Je suis impatient de découvrir ce paysage enfermé dans les collines. J'ai hâte de voir si les rayons du soleil miroitent dans l'eau. Plus que quelques kilomètres indique un panneau. L'impatience me gagne encore. Je suis comme un enfant à qui l'on a promis une glace et qui s'approche de la camionnette du marchand, je redeviens le petit garçon que j'étais. Je monte doucement la colline, laissant à mes yeux le temps d'immortaliser les nuances de vert, à mes oreilles la joie de mémoriser le chant des oiseaux. Mes mains aussi se souviendront de la chaleur de ce mois de mars. Une fois au sommet de la colline, je surplombe une immense vallée, et à droite, en contrebas, je peux enfin apercevoir le lac. Je suis encore loin, mais mon corps est pris de frissons. Je suis époustouflé. Je ne veux pas encore parler, je préfère attendre. A cet instant et pendant plusieurs minutes, seul mon corps peut s'exprimer.
Je commence à descendre la vallée, j'emprunte un petit chemin de pierre. Ce sentier n'est pas très dangereux, je peux alors admirer les hautes herbes qui bordent le lac. Elles attirent mon attention par leur couleur chatoyante. Le soleil les éclaire de ses rayons les plus forts. Je n'ai jamais vu ça auparavant. J'approche de plus en plus du lac. Son nom réapparaît dans mon esprit. Lough Leane, le Lac de la Connaissance. Ces mots résonnent dans ma tête, comme un écho soudain. Leur douceur m'emplit et me laisse encore une fois sans voix. A peine ai-je eu le temps de réfléchir que je suis déjà à quelques pas du lac. Je peux entendre le clapotis de l'eau. Le lac est bordé de massifs rochers. Une pierre grise ardoise avec quelques traits d'argent. Leurs reflets brillent avec la lumière et certains m'éblouissent. Je m'assois quelques instant sur l'une des pierres. Je laisse mes sens découvrir ce lieu. Ce moment est unique et précieux. Je l'appelle la Quête du Souvenir. Chaque sens se laisse porter par ce qui l'entoure et voyage au rythme du paysage. Je deviens pendant quelques minutes l'hôte de mes sens, l'hôte de mes souvenirs puis tout s'arrête, lentement et je redeviens maître de moi-même. Je marche encore, vers le lac cette fois. L'impatience est si intense que je ne sens presque plus ma respiration. Je m'approche avec prudence. Le frisson me saisit alors. Tout mon corps est le jouet de cette sensation. Je peux sentir l'eau glisser sur mes pieds nus. Elle est très froide, quelques degrés, guère plus. Les frissons redoublent d'intensité. A présent, je me laisse guider par l'eau. Mes yeux se ferment. Ma respiration suit le mouvement des vaguelettes, elle ralentit, l'inspiration tranquille, le souffle un peu plus fort. Je ne bouge plus, mon rythme cardiaque ralentit. Je me sens apaisé. Maintenant, j'ai comme l'impression que je ne fais plus qu'un avec le lac. Je sens le soleil chauffer mon dos, comme il chauffe l'eau en surface. Mes pieds se sont habitués à la fraîcheur qui les entoure. Je ne frissonne plus. Je redeviens entièrement maître de mon corps. Je rouvre les yeux et peux encore admirer les couleurs des hautes herbes. De plus près, leur couleur est encore plus éclatante. Je n'en reviens pas, ce lac et le paysage qui l'entoure me fascinent. Je reste bouche bée devant ces images inouïes, puis les mots sont arrivés. Je suis sorti doucement de l'eau, mes pieds humides et froids sur les gravillons chauds. J'ai attrapé mon petit carnet de cuir que j'avais pris soin de cacher au fond de mon sac. Je me suis assis sur un des rochers et me suis mis à écrire. Je suis resté là des heures à griffonner le papier et à écouter mon esprit s'exprimer. J'ai passé la nuit là, dormant et écrivant, assis par terre ou au bord de l'eau. Je suis tombé amoureux de ce lac, encore plus que des paysages. Cette nuit était La Nuit, celle que j'attendais depuis toutes ces années. C'est un moment particulier que j'ai pu partager avec ce paysage, cette immensité. Quelque chose d'unique, de mystérieux, je ne saurais l'expliquer. Une courte nuit de passion, de rêve, une nuit d'amour que je n'oublierais jamais.
Mais maintenant il est temps pour moi de reprendre la route.

PRIX

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Jean Calbrix · il y a
Une histoire d'amour avec un lac irlandais (dans le Connemara ?). Un texte fort poétique tout en finesse et suavité ! Bravo, La petite inuit ! Vous avez mon vote.
J'ai une nouvelle qui pourrait ne pas vous déplaire, ici : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelle/la-societe-fait-un-carton

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Juju · il y a
Tu sais très bien que la lecture n'est pas ma tasse de thé x) mais j'ai vraiment apprécié la poésie de ce texte. Bravo pour la qualification tu le mérites entièrement.
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Dimitri Mouflard · il y a
Super, enfin la finale !
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La petite inuit · il y a
Merci Keith et Eric, j'avoue que je n'y croyais pas ! c'est vraiment magique ! merci pour votre soutien, ça me touche beaucoup <3
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Eric Vain · il y a
Oui, c'est magique effectivement, profites-en en espérant que tu ailles loin ;-)
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Keith Simmonds · il y a
Félicitations, petite inuit! Vous êtes en Finale! Je revote et vous souhaite bonne chance!
Mes deux œuvres, BAL POPULAIRE et ÉTÉ EN FLAMMES, sont en lice pour
le Grand Prix Été 2016. Je vous invite à venir les lire et les soutenir si le cœur
vous en dit, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/bal-populaire
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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Eric Vain · il y a
Bravo pour ta qualification en finale, je revote bien entendu ;-)
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Dimitri Mouflard · il y a
Bonsoir la petite inuit, j'ai adoré la passion de ce texte, je me croyais pendant 5 minutes en Irlande. La façon de décrire ce que tu ressens est poignante, super travail ! <3
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Letok · il y a
Y a des truites dans le lac?
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Oak · il y a
oak alias tarraine, recit limpide, poétique,profond; vite une suite......
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Zbigniew Chamakowsky · il y a
J"adore!!! et je dis un grand oui!!!!
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