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Mau'Brel

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Elle court depuis peu dans une rue déserte. Tout ce qui l’entoure est plongé dans une obscurité lugubre et un silence assourdissant. De temps en temps, ce silence est perturbé par de graves miaulements de chats. Des miaulements d’intimidation, ou plutôt des cris d'intimidation et de guerre. Mais elle a du mal à les apercevoir. Ils sont plongés dans les couloirs ténébreux qui s’ouvrent de chaque côté le long du chemin. Chacun garde jalousement son couloir, sa demeure, son antre. Elle saisit bien le message, elle ne s’arrêtera pas. Cette rue lui semble familière, pourtant elle a du mal à reconnaître le quartier qu’elle traverse avec effroi. Son cœur bat frénétiquement dans sa poitrine, il cadence son pas. Ses battements s’entremêlent, elle ne contrôle plus rien, ni inspiration, ni expiration. Elle plonge malencontreusement le pied dans un des nids-de-poule dont est truffée la route. Elle trébuche lourdement contre le rigide ruban d’asphalte qui ronge légèrement ses genoux découverts. Elle se relève sans peine comme l’aurait fait une antilope ; une antilope qui cherche à échapper à une panthère. Elle saigne, mais elle l’ignore. Elle ne ressent aucune douleur physique. Mais ses chaussures talons, visiblement, ne lui permettent pas une course efficace, elle les ôte précipitamment, les yeux dressés en arrière, puis reprend sa course.
Un carrefour apparaît devant elle, là-bas. Elle aperçoit un camion stationné : c’est la patrouille de police de nuit. Enfin ! Son cœur bat moins fort. Elle sent le salut à portée de main. Elle ralentit sa course. Soudain, un gros véhicule, sorti de nulle part, lance des phares qui illuminent la jeune fille. Elle est belle. Elle est élégante, dans cette petite robe rouge. Elle transpire, mais demeure pourtant si belle. Elle adresse un sourire aux hommes en uniforme qu’elle interpelle. Mais avant même qu’elle n’ait sorti un seul mot, elle est fauchée par le dos. Elle se laisse transporter dans les airs. Elle vole quelques instants avant de s’écraser à quelques mètres. Son corps s'agite sur le sol.
Des hommes descendent du gros véhicule. Ils sont tous vêtus de vestes rouges et de pantalons noirs. Ils sont immédiatement tenus en joue par la police. « C’est bon patron ! On l’a eue, mais il y a des petits flics qui nous gênent », dit l’un d’eux au téléphone pendant qu’il retourne le corps étalé de la victime avec son pied. Ses yeux sont ouverts, ils regardent fixement...mais voient-ils? L'homme pose sont pied sur son visage de sorte à éviter de croiser le regarde ce regarde ferme, mais vide.« Tenez, monsieur le brigadier ! », dit-il avec mépris en passant le téléphone au chef des policiers, pendant qu'avec son pied, il ferme les yeux de sa victime qui tente de l'en empêcher. Mais elle gît sur le sol. Elle est presque léthargique. « Brigadiers ! R.A.S par ici ! Allez, baissez vos armes et rejoignez votre poste. Exécution ! », dit le chef de la patrouille après une longue conversation téléphonique polémique qui a eu raison de son autorité. La patrouille se retire pendant que les quatre hommes traînent le corps ensanglanté de la victime vers leur véhicule. « Elle respire encore », fait remarquer l’un des quatre. « C’est bon ainsi, lui répond un autre, ça marche mieux quand la marchandise est encore en vie. Allez, dépêchons-nous, on nous attend pour la cérémonie.»
Le gros véhicule aux vitres sombres fait vrombir un moteur qui le lance immédiatement dans une vitesse sans pareil. Il roule à vive allure sur un dos-d’âne, rebondit comme une balle sur le sol. Cette secousse éveille la jeune fille. Ses yeux et son corps sont lourds. Elle ouvre à peine les yeux, une forte lumière l’aveugle. Elle est dans sa chambre, dans son lit. Elle se redresse et regarde la pendule face à elle. Il n’est encore que vingt-deux heures. « Mais quel cauchemar ! » se dit-elle avec une mine de soulagement. Elle décide de lire une fois de plus le mot sur la carte d’invitation qu’elle tient dans sa main droite, tandis que dans l’autre elle tient son téléphone: « Mademoiselle, vous êtes conviée à la soirée que j’organise ce soir. Vous voudrez bien porter un habit rouge. C’est le code vestimentaire de la soirée». « La soirée ne commencera qu’à minuit », se plaint-elle. Mais déjà, elle est prête...
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