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Réveillon

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Ericduboisdoingt

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C'était le must, le nec plus ultra des soirées, foin des fêtes bunga-bunga et autres réjouissances bling-bling, cette invitation au pied du mont Olympus après un long voyage en fusée à plasma avait un goût de découverte et de reconnaissance sociale.
Les combinaisons adaptées au froid martien, couleur aluminium, semblaient issues d'une scène disco des années 1970...
La salle embrumée pouvait accueillir une centaine d'invités, triés sur le volet, la musique battait son plein, à travers les baies géantes, les heureux élus admiraient ce volcan de tous les superlatifs. Les brumes environnantes donnaient à la structure un air de séquoia gelé.
Le couple qui venait d'arriver était ému et admiratif...
« Tu te rends compte chéri, nous avons de la chance, nous sommes dans l'Histoire !
- C'est incroyable, tu as raison, mais le voyage m'a épuisé. Je vais faire un petit somme, nous avons la cellule 47, je crois ?
- Oui 47, je vais boire un verre et je te rejoins...»
L'homme se couche, débarrassé de son encombrante combinaison et aussitôt s'endort...
Soudain on frappe à la porte de sa cellule, notre homme se lève, les yeux mi-clos...Il ouvre et n'aperçoit qu'une sorte de brouillard épais d'où émerge sa compagne..,
«Dépêche toi, le métro va bientôt arriver ! Tu as encore la tête dans les étoiles, mon doux rêveur ! »
Il est bientôt 15h20, le couple presse le pas, porté par la foule. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une heure de pointe, mais déjà, les couloirs sont encombrés, les voyageurs se bousculent, des visages gris et ternes, des corps déjà fatigués, certains de retour du travail en ce dimanche de réveillon.
À cette occasion, tout le monde s’agite, se prépare.
« Il faut changer à Chatelet, prendre le RER A, direction Marne la Vallée...Il ne faut pas se tromper, certaines rames vont à Boissy St Léger » dit la femme.
- Oui, je sais mon amour, j’ai vécu à Paris, tu te rappelles ? Cette robe te va à ravir, tu es superbe ! Combien sommes-nous ce soir ? répliqua l’homme.
- Douze d’après Cécile, le couple d’Anglais ne sera pas là. Un empêchement de dernière minute...
- C’est dommage, ils sont très sympas, j’aurais pu me placer à côté d’eux...
- Rassure-toi, je suis certaine que l’ambiance te plaira.
- Là, je suis fatigué, je t’avoue que le boulevard Haussmann m’a achevé ! J’espère être plus en forme pour la soirée...
- La chambre qu’ils nous ont réservée n’est qu’à cinq cents mètres de chez eux, tu pourras te reposer avant le réveillon. »
Ils prennent place dans la voiture du milieu, encore vingt minutes de trajet. Les paupières lourdes, l’homme ferme les yeux...Des images défilent...Des pensées se télescopent...Un réveillon à Marne la Vallée, quelle drôle d’idée ! Les Galeries Lafayette, Le Printemps, les groupes de Chinois, les vitrines, le bruit...J’aimerais être ailleurs, à Bora-Bora, le lagon, elle adorerait...
Le RER redémarre, déjà gare de Lyon...
La voix si mélodieuse de sa belle, cette voix qui l’a charmé dès leur première rencontre, lui parvient plus faiblement, lointaine.
« Elle aussi...très agréable... »
Le voilà plongé dans une torpeur irrésistible...
Un crissement métallique, une puissante secousse annoncent le terminus. Déjà Marne la Vallée ?
Les portes s’ouvrent, notre couple se retrouve sur le quai, lui à peine réveillé...
Une brume peu commune enveloppe les méandres de la station, les pas se font plus légers, les conversations se font plus sourdes, la foule dégrossit jusqu’à disparaître...
Un long escalier très pentu, tout en haut, une lumière point, presque une flamme, un souffle d’air frais, presque froid, caresse le visage...
Enfin, la sortie...Un long et doux baiser...L’homme ouvre les yeux...Elle est contre lui, nue, le corps chaud.
« Bonjour mon poète, tu as parlé dans ton sommeil.
- Bonjour Princesse ! »
À travers le velux, la montagne se montre belle, le ciel est d’un bleu intense.
« On descend déjeuner ? Martine et Gérard nous attendent ».
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