3
min

Restaurant d'entreprise

Image de Rafmael

Rafmael

3 lectures

0

Mais pourquoi elles crachent du sang ? Mais pourquoi leur sang est violet ? Mais pourquoi je vais bien moi ?

Je commence à avoir faim. Je vais manger. Et ici quand on a la dalle, il y a le restaurant d’entreprise. J’appelle donc mon nouveau pote. Ah oui, je vous ai pas dit je me suis fait un copain. Au pot de départ de la dernière fois, un type vient me voir et me demande si je fume. Je lui réponds que oui, dans ma profession si on ne fume pas on est mort. En même temps si on fume on est mort quand même. Toujours est-il qu’il m’a payé une clope. Nous sommes sortis, dans les locaux c’est forbiden. Si vous voulez vous tuer, tuez-vous dehors !
On commence à papoter, de tout, de rien, de ce que je fais là. Je lui explique donc mon planning de ces derniers temps... « Ca n’a pas l’air facile facile ton taf mec ! » me dit-il. Puis c’est à son tour de m’expliquer ce qu’il fait. Stéphane, divorcé, un enfant, travaille depuis cinq ans ici en qualité de documentaliste. Je lui réponds « ok ! Très bien ! Moi je dis why not ! » Bref le courant passe bien, mes blagues le font marrer et lui me plaît, une bonne bouille de rugbyman. On se donne rendez-vous depuis ce jour tous les midis devant le self, la cantine ou autre synonyme qui n’empêche pas la bouffe d’être dégeu. Je n’ai pas le droit aux tickets resto moi, donc pas le choix. Il existe trois stands : l’Equilibre, le roi du poisson et du diététique. Little Italy où les pâtes et les pizzs n’ont rien d’italiennes et enfin le Grill, viandes rouges encore congelées et andouillette avec sa sauce à la moutarde, un régal ! C’est assez étrange et inexplicable, beaucoup de femmes,... non toutes les femmes font la queue à l’Equilibre, ouais bizarre. Par contre si vous cherchez les hommes, faites donc un tour aux steaks ! Si vous êtes jeune, célibataire, que vous aimez les bons gaillards...nous nous asseyons toujours au même endroit, un lieu stratégique. Moi face à la populace pour mater les culs de dedans, lui côté fenêtre pour mater les culs de dehors. Aujourd’hui pas grand-chose, il pleut. Vous voulez savoir ce qu’on mange, pour une fois on change, poisson du jour, tanga ou penga, enfin le nouveau poisson à la mode quoi, accompagné de brocolis! Non je plaisante bien sûr ! Steak frites ! « Tiens, Steph, ta voisine saigne du nez », « du sang violet ? », «  ah ouais ! Regarde la fille là bas, elle n’a pas l’air bien non plus !». Je remarque assez vite que quelque chose cloche, toutes les femmes présentes saignent du nez, des oreilles et même des cheveux. Mais ça n’a pas l’air de les déranger. Elles poursuivent leur repas comme si de rien n’était. Essayez de visualiser la scène, tous les mecs droits comme des « i » avec leurs mentons sur les chaussettes fixant la gente féminine les cheveux dans l’assiette dévorant leur poisson. « Madame, madame, eh ho, vous saignez là !! » rien, pas même un regard, elle continue de rouler des pelles à son assiette. Je me tourne vers mon collègue et lui fais signe qu’il est peut être temps de se tirer, je ne sais pas mais si c’est contagieux c’est pas top quand même !! (Que c’est bien écrit !) On s’apprête donc à prendre la poudre d’escampette (oh !! quelle charmante expression !) quand soudain................... (Black) non, nonnnnnnnnnnnn (black) lâchez-moi, ça va (black) non, je vous en prie, je n’ai rien, (black) ne me faites pas de mal (black), euh ça c’est mon doigt, (black) euh ça c’est.......aïe mais vous me faites mal mademoiselle (black) je vais finir par être violent (black) ah ça c’est pas mal ! Euh finalement non, merci mais non, NON, aïe, RAAAAAAAAAAAAAAAAAA....Je me lève et je le bouscule, il ne se réveille pas....comme d’habitude !!!(Facile) on essaie de se frayer un chemin parmi toutes ces femmes, je tombe nez à nez avec l’une d’elles, elle commence par vouloir m’agripper le bras, j’arrive à me dégager maintenant voilà qu’elle me crache dessus, j’en ai plein la veste, c’est bizarre c’est du sang mais en même temps c’en est pas. Un liquide violet bien foncé avec une odeur de...comment vous décrire ça, vous connaissez l’odeur d’un sac poubelle rempli de couches bien pleines laissé tout le week-end dans la salle de bain, et bien c’est à peu près ça.
Je ne veux pas être violent, on sait jamais ça se guérit peut être. Je me retourne pour voir si mon collègue est toujours avec moi mais c’est trop tard, Isabelle, une de mes collègues, l’a déjà bien en bouche. Elle est couchée sur lui et l’asperge de son nectar, pauv’ Steph je vois sa peau fondre en un rien de temps d’abord ses yeux puis ses joues, ses lèvres enfin tout, il ne ressemble plus à rien le Steph ! Faut que j’agisse et vite si je ne veux pas finir en purée, j’attrape une fourchette de la main gauche et une cuillère de la main droite, je m’arrache un bout de tissu de t-shirt et m’en fais un bandeau, pourquoi, je ne sais pas je trouve ça classe dans les films, enfin surtout sur Guizmo, une légère musique monte crescendo dans ma tête, laquelle, je ne sais plus, Rocky, Rambo, peut être Dirty dancing. Et là c’est parti,
«  Eh salut toi ! » bing fourchette dans l’œil, j’avance, une autre « tiens t’es plutôt mignonne toi dommage » bong dans le cou. Merde, encerclé, « bon les filles, y’en aura pas pour tout le monde », j’essaie tant bien que mal de me dégager de là mais je pense que je suis foutu, un dernier coup d’œil autour de moi me montre que je suis le seul rescapé da la gente masculine, des corps fondus sur les tables, des jambes en moins par ci, des bras en moins par là. Je suis foutu. Et là qui je vois Bevinda, Miss Bevinda, Madame mayofrite comme on l’appelle. Elle au moins elle ne mange pas de poisson. Elle pousse un cri, fonce dans le tas et me libère.

La fin est classique, on s’en sort indemne, elle maigrit de 30 kg, je l’épouse et on mène une petite vie pépère dans le Connecticut ou le Vermont, non dans le Missouri c’est bien le Missouri.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,