Respirations du temps qui passe

il y a
1 min
2
lectures
0
Loin à l’est, dans la taïga des pins, les rayons du matin éclaboussent la neige à travers les épines. Le renne hume l’air froid, panaches de condensation. Le chant cristallin de l’oisillon raisonne avec la glace de la rivière. Aube blanche et bleue, intacte, vierge, un jour qui émerge. L’horizon s’illumine, la brume se lève, le jour avance.

La cité de béton se réveille. Le verre mime de reflets les nuages rougeoyant, absorbant de leur silence les premiers bruits de la rue. Carrosses de fers clinquants, rugissants, se déplaçant dans un torrent saccadé de goudron durci par ce matin d’hiver. Dans leur nids, géodésie artificielle, les âmes s’épandent de mélancolie dans leurs lits encore chauds. Les voix stridentes des radios, les lumières perçants les rideaux, déchiquètent les derniers rêves, enterrent leur souvenir dans les limbes de l’esprit.
Douceurs d’odeurs, pain grillé et café, volupté de chaleur et de vapeur, douche savonneuse des premières heures, autant de réconfort après cette sortie de l’onirique magnifique. Les corps se parent ensuite de leurs costumes, habits chamarrés ou austères, coiffure distinguée ou loufoque, parfums musqués ou florales, autant de déguisement et d’armures pour dissimuler ou protéger les cœurs.

Alors que l’horloge joue sa mélodie sans aucun raté, les heures sont des tourbillons pour les âmes fatiguées. Désorientées elle se réfugient dans les sensations, le thé brulant, l’encas gouteux, la bière enivrante. Ces journées sont creuses, vides, uniquement au service du temps qui passe inlassablement. Chacun est le rouage de cette mécanique du quotidien. Le rouage n’est pas libre, le rouage est actionné par la force des autres rouages, tous piégés. Lassitude du quotidien.

Soleil couchant dans l’infini de l’horizon des mers de l’ouest. Âmes sèches sous la pluie, ballotées par la brise glaçante comme les dernières feuilles d’automne. La dernière goutte d’espoir s’évapore doucement dans l’infini noir du ciel nocturne. Seules subsistent ces étoiles, petites lumières de vie par-delà toute dimension. Elles scintillent goguenarde au-dessus de tout, inatteignables. Elles sont pourtant l’amour, la renaissance, l’échappatoire.

Alors, demain nous construirons une grande arche pour sauver nos vies de la mélancolie. Avec génie nous forgerons un pont pour dépasser cet horizon. Avec volonté nous guiderons les nôtres vers la lumière. Avec courage nous surmonterons les fracas des turbulences et des obstacles. Dernières rengaines avant que la lourdeur du sommeil, force tellurique indépassable, absorbe les pensées dans le grand maelstrom. Un autre jour peut-être.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Suzanne

Justine Roux

Elle est plutôt jolie. Des traits fins, les cheveux légèrement en bataille et le teint encore un peu rosé des nouveaux. Elle a l'air d'avoir froid et je l'envie. J'ai tout oublié des sensations... [+]