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Reservoir dogs : les chiens du lac artificiel

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Un repas de famille qui s'éternise au-delà du supportable.

Alex jeune adolescent de 20 ans pianotait sur son téléphone portable pour passer le temps, en cette longue journée sans intérêt. Il entendait des bribes de discussions, notamment son grand père Armand qui parlait fort "Quand la brume arrive, mieux vaut courir". Soudain l'adolescent sentit comme une décharge électrique lui parcourir l'échine, jusqu'au bas du dos, comme si cette phrase avait déclenché en lui un souvenir lointain. En regardant son grand-père il lui demanda comme un automate

- Mais que veux-tu dire par là ?

Le vieil homme leva ses quatre-vingt-cinq ans de sa chaise, paresseusement, et s'attabla à côté de son petit-fils, le jeune homme, grand et maigre, cheveux bouclés, regardait Armand, qui ressemblait à un vieux marin Breton, tout en blanc, avec ses blessures de guerre impressionnantes.

- Écoute moi bien, je vais te raconter la seule histoire vrai que je connaisse, la seule légende qui a ravagé mon âme jusqu'alors. Le jeune homme posa son portable sur la table, le vieux posa son cigare dans le cendrier, où il allait mourir de sa belle mort. Il reprit la parole, avec sa voix suave.

- Regarde ma joue, que vois-tu ?
- Eh bien, on dirait des griffures
- Oui, et là dans mon cou ?
- Je vois des morsures
- Eh oui, ses blessures n’ont été faites il y a très longtemps, plus de quarante ans, et, elles n'ont jamais cicatrisé, et tu sais pourquoi ?
- Aucune idée,
- Et bien ce sont des créatures démoniaques qui m’ont fait cela, mais pas seulement, ces horreurs ont pris des amis à moi, je m'en suis pas encore remis.

Alex pensait que le vieux divaguait, mais il voulait poursuivre cette conversation, qui illuminait cette soirée.

Armand reprit " Dans les années 50, il existait un petit village dans la vallée, que l'on appelait, le "Le bois éternel", je n'ai jamais su pourquoi, bref, EDF et l’État, on voulut construire un barrage, une rétention d'eau. Si bien que le village était condamné à disparaître sous les eaux. Mais certains villageois irréductibles restaient sur place, dont un ancien que l'on surnommait le "Sorcier". Il vivait là-bas depuis des années, et ne voulait pas partir. Avec ses six chiens, il gardait sa propriété et personne ne pouvait approcher. Ni la diplomatie ni la force ne purent le déloger, alors, avant le tsunami le "Sorcier" lança un sort, et invoqua le démon de la brume, pour l'aider à repeupler le village englouti".

- Mais Grand-Père quel rapport avec tes blessures ?
- Ne soit pas impatient, j'y viens,
- Un jour avec un ami, et une camarade, nous avions vingt ans chacun, on décida d'aller passer la journée au bord du lac, "Du bois éternel", là où l'eau noya le village, et créa donc un lac artificiel. Baignades, bronzette. En ce mois d’Août cela était un régal, et le soir feu de camp, saucisses grillées.

Il ralluma difficilement son cigare, et poursuivit.

- Alors, tout allait bien, nous étions heureux et insouciants, un bain de minuit s'imposait pour finir la soirée en beauté.
Et là, soudain, une brume arriva, de nulle part, elle englobait tout, on sentait une humidité autour de nous, et au plus profond de notre âme, Eric regardait Sophie, qui me regardait intrigué, impossible de bouger. Eric cria "il faut partir".

Alex buvait les paroles du vieil homme, qui tira sur son cigare, la fumée faisait des nuages énigmatiques.

- C'est alors que l'on entendit un bruit étrange, comme quelque chose qui sort de l'eau, la brume était de plus en plus épaisse, nous ne voyons pas à deux mètres, et c'est à cet instant que l'on vit des lumières rouges, dans le brouillard, deux lumières, puis six, des ombres sortaient de l'infini, elles avançaient sur nous. Des créatures démoniaques arrivèrent sur la plage. Trois chiens horribles, hideux, efflanqués, les yeux rouges braises, les babines retroussées, de la fumée sortait de leurs museaux noirs abyssaux.

- Les chiens du "Sorcier", dit Alex
- Tout juste, ils étaient là pour nous prendre et nous emmener au fond de l'eau, ces créatures sautaient sur nous, j'ai évité une attaque à la gorge, mais une patte maléfique m'arracha la joue, du sang coulait, la deuxième attaque au bras, la gueule de cette bestiole se referma sur ma chair, ses crocs jaunes s'enfonçaient au plus profond, je me dégageais difficilement. La troisième attaque le molosse s'élança de front. Mais comme un joueur de football, je lui balançais un coup de pied en plein museau. La bête disparut dans un nuage de vapeur.

- Et les autres ? Demanda Alex
- Je ne voyais que des ombres, qui se battaient dans la brume, aucun son, j'arrivais à peine à marcher. Mon bras était douloureux. Puis le brouillard se dissipa. Je ne voyais plus mes amis, du sang était répandu sur la plage, le sable commençait à l'absorber.
- Que s'est-il passé alors ?
- j'ai cherché partout autour de moi, espérant retrouver quelqu'un, mais rien
- Alors, j'ai prévenu les autorités, ils ne m’ont pas cru, ils ont conclu, que mes camarades s'étaient noyés dans le lac, à cause de l'alcool.
- Il n'y a pas eu d'enquête ?
- Ils ont sondé le lac pendant deux jours, aucune trace de corps.
- Les chiens les ont emmenés, alors ?
- Au fond du lac artificiel, je pense. J'en fais encore des cauchemars.Il paraît même que certains soirs de pleine lune, au fond de l'eau, on peut voir de la lumière, comme si les maisons étaient habitées. Et le clocher de l'église sonne le glas, des disparus.
-
Le cigare s'était encore éteint, les cendres tombaient sur la nappe, et les gens commençaient à quitter les lieux, le repas de famille se terminait enfin.

- Super histoire merci, j'ai passé un agréable moment avec toi, dit Alex en se levant pour aller embrasser son grand-père.

- N'oublie pas petit, n'y va jamais, là-bas, car....
- Quand la brume arrive, mieux vaut courir, disent-ils en chœur.

Deux mois plus tard le vieil Armand cassait sa pipe, et Alex se sentait triste, et mélancolique, allongé sous un arbre, sur les bords du lac, il regardait la nuit et ses étoiles, au loin dans la galaxie, il y avait une lumière rouge brillante, lumineuse, hypnotisante. Alex fixait l'astre comme si celui-ci allait lui dire quelque chose, lui ordonner d'aller se jeter dans le lac, pour repeupler le village des damnés, retrouver son grand-Père et ses amis autour d'une table au fond des flots.

L'astre était de plus en plus rouge, on dirait un œil, perçant les ténèbres de la voie lactée. Mais pas de brume, tout allait bien.
Alex pensait, "Cela n'était qu'une légende urbaine, et pourtant..." L'œil semblait communiquer avec lui par la pensée. Alex avait un doute terrible, il sentait qu'il devait partir, cette étoile qui brillait, il la connaissait bien. Son grand-père lui avait appris à regarder dans le zodiaque. Cette dernière faisait partie de la constellation du Chien.

Alors la brume arriva.

PRIX

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Richard Laurence · il y a
Encore un grand bravo pour ce texte !

Il y a, dans cette finale, des textes de moins bonne qualité, mais le système de votes est ce qu'il est et cela fait partie du jeu... Ce système est un bon système parce qu'il récompense les gens qui votent et font des commentaires sur les textes mais il a aussi un effet pervers : il ne reflète pas réellement les goûts du public.

Je vous invite donc à venir prolonger le plaisir en participant à la "sélection du public" du Festival Off, sur le forum : http://short-edition.com/fr/forum/la-fabrique/imaginarius-2017-le-festival-off

Que la fête continue et longue vie au prix Imaginarius !

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Christopher Olivier · il y a
Je suis d'accord avec vous, c'est le jeu il faut l'accepter et prendre plaisir à écrire malgré tout
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Sabrina B · il y a
Belle imagination, les lacs une soir de brume sont donc à éviter... bonne chance pour la finale !
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Serge Debono · il y a
Un bon récit et une histoire intéressante que je découvre un peu tardivement (et pourtant ce titre Tarantinesque !!).
Je n'en rajouterai pas sur les conjugaisons, par contre, n'aurait-il pas fallu éviter de révéler la mort des compagnons au début de l'histoire ? C'est une opinion tout à fait personnel. En tout cas merci pour cette bonne lecture. A bientôt.

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Christopher Olivier · il y a
Salut en fait j'ai jamais compris le titre du film de Tarantino et je trouvais qu'il avait plus de sens dans cette histoire, que dans celle du braquage raté d'une banque. Pour la mort des amis : difficile à dire où placer cela ?
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Serge Debono · il y a
Ben il m'aurait semblé judicieux de le garder pour la fin, au moment de l'attaque des chiens. Mais c'est juste mon idée. A vous de voir. Bonne journée
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Vaucey · il y a
Merci pour ce bon moment de lecture :) Lu et apprécié !
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Christopher Olivier · il y a
A votre service
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Célestina Orn · il y a
J'aime beaucoup l'histoire même s'il est vrai que quelques erreurs (de conjugaison notamment) m'ont parfois gênée. Quoi qu'il en soit, un récit bien mené et haletant : tout l'inverse d'un repas de famille ennnuyeux, finalement !
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Christopher Olivier · il y a
Merci pour vos remarques constructives
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Venezia · il y a
Bravo Christopher, récit bien conduit et vivant. Dommage que vous mélangiez ta conjugaison du présent et du passé
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Christopher Olivier · il y a
Bonjour
Merci pour ses critiques constructives elles m'aideront dans mes prochaines aventures littéraires

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Jarrié · il y a
Une pensée pour ce brave Armand.
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Christopher Olivier · il y a
Ben oui je n'aime pas les fins heureuses
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Jarrié · il y a
Heureux quand même ?
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Christopher Olivier · il y a
Toujours
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Jarrié · il y a
C'est encore heureux !
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Yann Olivier · il y a
Cher homonyme ;
Bravo.
Je suis aussi en compétition :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/ainsi-soit-il-2

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Christopher Olivier · il y a
Je vais lire votre nouvelle. Bonne année 2018
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Antxoka · il y a
Trés sympa ! Qu'est ce qu'il ne faut pas faire pour sortir les jeunes de leurs téléphones ;-)
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Christopher Olivier · il y a
C'est effrayant de voir tout ce monde accroché à leur portable, passer à côté de choses sympa. Je ne vois plus personne parler dans les bus, les trains. Triste culture
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Antxoka · il y a
oui d'ailleurs j'ai dis les jeunes, mais en fait ça marche à tout age ;-)
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JACB · il y a
Très sympa votre histoire Christopher, j'aime beaucoup la chute qui ramène au zodiaque. Bonne chance!
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Christopher Olivier · il y a
Merci pour vos encouragements et bonne route à vous
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